N’est-il pas temps de revoir – enfin sérieu­sement– le plan de partage de la Palestine

Daniel Vanhove, mercredi 24 juin 2009

Une fois encore, les diri­geants occi­dentaux se féli­citent d’un « important pas en avant » que constitue la décla­ration poli­tique du 1er Ministre israélien, B. Neta­nyahu. Ce dernier ayant susurré dans son premier dis­cours de poli­tique étrangère, sa vision d’un futur État pales­tinien indé­pendant. Mais de quel « pas » s’agit-il donc ?

Jamais en reste, les médias occi­dentaux relayaient en chœur les propos de B. Neta­nyahu, allant même jusqu’à titrer que cet État projeté par le nouveau pro­phète hébreu n’était soumis à quasi aucune condition « préa­lable ». Ce qu’il faut lire parfois !

Or, à la lecture détaillée de la pro­po­sition du 1er Ministre israélien, force est de constater qu’il en va de son exact contraire, sinon que les condi­tions au lieu d’être préa­lables se suc­cé­daient les unes aux autres.

Ainsi, cette vision – il convien­drait de dire ce cau­chemar – d’État moribond, croupion, mort-​​né tel qu’envisagé pourrait obtenir de son occupant – merci pour tant de magna­nimité – son drapeau et son hymne national. Mer­veilleuse bien­veillance… sauf qu’il a déjà l’un et l’autre.

En revanche, il ne pourra béné­ficier d’aucun contrôle sur son propre espace maritime, ni aérien et devra être démi­li­tarisé. L’ensemble de ces matières relevant tou­jours du strict contrôle des forces israé­liennes d’occupation. Quelle aubaine pour les Pales­ti­niens de pouvoir ainsi compter sur les atten­tions pro­tec­trices de leur voisin.

Ce futur État ne pourra pas plus envi­sager d’alliance avec l’Iran qu’avec le Hezbollah.

De même, inutile de revenir sur la Réso­lution 478 du Conseil de sécurité dénonçant l’annexion de Jérusalem-​​Est lors de la guerre de 1967 comme vio­lation du droit inter­na­tional, la ville sainte étant une fois encore et pour toutes – com­prenez, pour l’éternité – déclarée indi­vi­sible et sous sou­ve­raineté… du peuple élu.

Dans la foulée, le Droit au retour des innom­brables réfugiés – Réso­lution 194 de l’ONU – est lui aussi une nou­velle fois, exclu. Tout comme le gel – illu­soire – de l’extension des colonies… malgré l’insistance de la Maison Banche sur la question.

Sans oublier, l’inévitable ren­gaine de la recon­nais­sance par l’Autorité pales­ti­nienne, du caractère juif de l’État d’Israël… etc, etc…

Bref, cette vision cau­che­mar­desque, résulte mani­fes­tement de la per­pé­tuation d’une men­talité s’apparentant vraiment à ce qui se pra­ti­quait de pire sous le régime de l’apartheid en Afrique du Sud, mais condamné alors par l’ensemble des nations, alors qu’elle semble cette fois, encensée par nos éminences. Ce patchwork de vil­lages épars, divisés, écar­telés, empri­sonnés entre les colonies ten­ta­cu­laires et leurs murailles de sépa­ration res­semble à tout sauf à un quel­conque État viable, digne de ce nom.

Il n’est qu’une condition qui n’ait pas encore été offi­ciel­lement adressée aux Pales­ti­niens : un État qui exis­terait sans le moindre habitant arabe sur son territoire !

Mais patience, avec Avigdor Lie­berman comme chef d’une diplo­matie israé­lienne de couleur de plus en plus brune, dont nos repré­sen­tants à la probité exem­plaire n’hésitent pas à serrer la main, cela ne saurait tarder…

Qu’en tirer comme perspectives pour le peuple palestinien ?

Que loin de se rap­procher, l’émergence de leur État semble tou­jours promise à de funestes et sor­dides calculs qui enté­rinent d’autant son éloignement.

Que malgré les pres­sions de Washington, l’envahisseur israélien mène bien son jeu et teste les réac­tions d’un Occident tou­jours aussi servile et complaisant.

Que rien, ab-​​so-​​lu-​​ment rien ne change dans la poli­tique menée par Israël à l’encontre de son voisin, quels que soient le parti, la coa­lition et les res­pon­sables à la tête du pays.

Qu’en marge de ces décla­ra­tions péremp­toires, la situation dans la Bande de Gaza – dont presque plus aucun média ne parle – ne cesse de se dégrader depuis les deux ans que le siège israélien impose len­tement mais sûrement son asphyxie, son agonie à un peuple à exténué ne sur­vivant que par appro­vi­sion­nement clan­destin à travers un réseau de galeries sou­ter­raines telles des ratières – mais n’allez surtout pas qua­lifier cet enfer­mement inhumain de camp d’extermination, vous seriez tout aussi tôt méprisé, voire traité d’antisémite.

Que pour maquiller ce qui n’est fina­lement qu’une énième décla­ration hostile et mépri­sante au peuple pales­tinien, le 1er ministre israélien a sour­noi­sement détourné l’attention de la com­mu­nauté inter­na­tionale sur le résultat contes­table des élec­tions ira­niennes et des menaces qui en résultent.

Et que face à ce qui n’est qu’une série de dictats imposés par l’occupant, et l’engouement honteux que ceux-​​ci semblent avoir sus­cités auprès des diri­geants de nos pays tou­jours enclins à envi­sager le rehaus­sement de l’UE avec cet État pro­fon­dément raciste, les Pales­ti­niens devront se rap­peler, encore et tou­jours, qu’ils ne peuvent vraiment compter que sur eux-​​mêmes pour résister à leur brutale occupation.

Il ne faudra pas s’étonner que lorsque quelque désespéré n’ayant plus rien à perdre, se radi­ca­lisera et se révoltera vio­lemment face à cet état de choses, nos médias et nos grands pen­seurs – aux petites idées – ne résis­teront pas à stig­ma­tiser ces Pales­ti­niens déci­dément incor­ri­gibles et défi­ni­ti­vement terroristes.

Comme déjà écrit à plu­sieurs reprises, tant au travers d’articles que de livres, la situation des Pales­ti­niens, loin de s’améliorer, n’a de cesse de se dété­riorer, jour après jour, dans une indif­fé­rence quasi générale.

Qu’en tirer comme conclusion, sinon que depuis les décennies d’efforts et de sacri­fices consentis par la popu­lation opprimée de Palestine pour aboutir à une solution équi­librée, aucun progrès ne semble à l’ordre du jour du côté israélien ? Aucune concession sérieuse, aucune réelle ouverture, pas le moindre sens d’une élémen­taire justice. Que du contraire, puisque son étreinte sur les ter­ri­toires pales­ti­niens se fait de plus en plus cruelle, vio­lente et odieuse et que le nombre de vic­times aug­mente quotidiennement.

Dès lors, et avant que le pire n’advienne, n’est-il pas temps de conclure que les accords de partage de la Palestine pour l’établissement de ces deux États vivant côte à côte tels que décidés en 1947 ne sont mani­fes­tement pas viables et défi­ni­ti­vement caduques ?

Et d’avoir enfin le courage poli­tique de les revoir de fond en comble avec cette fois, la pré­sence des pre­miers inté­ressés – c’est-à-dire les Pales­ti­niens dont on veut confisquer une part impor­tante du ter­ri­toire – autour de la table…