Mur à Abous Dis

Home Notre Dame des Douleurs, dimanche 18 janvier 2004

Témoignage d’une soeur de la maison de Notre Dame des Douleurs
Chers amis, Je vous informe de ce qui se passe dans notre quartier et autour de notre maison : le nouveau mur de sépa­ration d’une hauteur de 9 mètres est en cours de construction depuis le 11 janvier 2004 .

Il rem­place un mur qui était beaucoup moins haut, d’une hauteur qui per­mettait encore de le franchir alors qu’il n’y avait déjà plus de passage autorisé pour ceux qui se ren­daient de Béthanie et d’Abou Dis à Jérusalem.

Ce premier mur dit de sécurité a été placé en août 2002. Ce mur a désor­ganisé et affecté pro­fon­dément la vie de la popu­lation et la nôtre aussi .

Il sépare ainsi Jéru­salem de la Cis­jor­danie, lon­geant aussi notre route et passant en face de notre portail d’entrée. Ce mur, ce sont des mil­liers de per­sonnes qui l’ont déjà franchi : des enfants, des col­lé­giens, des mamans avec leur bébé, des per­sonnes âgées…les chutes ont été nom­breuses et parfois mor­telles. Il y a deux mois, nous avons appelé l’ambulance pour un homme de 65 ans environ qui est tombé à la ren­verse sur la tête et qui a perdu connais­sance. L’ambulance est venue après plus d’une demi-​​heure et au retour, au niveau du car­refour de Béthanie, l’armée a fouillé l’ambulance et fait des­cendre la femme de ce blessé, retardant encore les soins. Ce qui se passe au pied de ce mur est devenu intolérable !

Des cen­taines de per­sonnes ont tra­versé chaque jour et pendant des mois notre pro­priété en passant par-​​dessus les clô­tures pour échapper aux contrôles mili­taires car beaucoup tra­vaillent à Jéru­salem alors qu’ils n’ont pas de permis.

Les gens autour de nous vivent dans la peur, peur de se faire arrêter, peur de recevoir des gaz lacry­mo­gènes, peur d’être mal­traités comme cela arrive fré­quemment. La tension est per­ma­nente pour toute la popu­lation dont les condi­tions de vie sont de plus en plus difficiles.

C’est un combat de chaque jour pour tous ces gens qui subissent humi­lia­tions et vio­lences. Nous nous sentons vraiment seuls et démunis face à l’inertie générale.

Nous nous faisons le porte -parole de tous ceux qui sont sans voix et qui, chaque jour depuis deux ans, entre­prennent un véri­table par­cours du com­battant pour se rendre sur leur lieu de travail , au collège etc….sans parler de tous les malades qui meurent faute de soins.

Pour accomplir notre mission, nous ren­con­trons aussi beaucoup de dif­fi­cultés quand il nous faut hos­pi­ta­liser des per­sonnes âgées qui sont de Cis­jor­danie car les ambu­lances pales­ti­niennes n’ont pas le droit de cir­culer en Israël et nous devons trouver les moyens nous per­mettant de les ache­miner de l’autre côté du mur mais en évitant les bar­rages afin que les familles puissent les conduire à l’hôpital .

C’est le même pro­blème pour les gens qui meurent et pour les familles qui doivent se "débrouiller" pour faire trans­porter le corps de l’autre côté. La vie est très com­pliquée depuis deux ans et elle va le devenir plus encore aujourd’hui avec la construction de ce nouveau mur. Les per­sonnes âgées qui sont auto­nomes ne peuvent plus aller faire leurs courses depuis déjà de nom­breux mois car toutes les bou­tiques se trouvent de l’autre côté du mur. Combien de fois n’ont-elles pas appeler les com­mer­çants en se plaçant au pied du mur pour passer leur com­mande à travers une fente entre deux blocs de béton.

Les per­sonnes âgées ori­gi­naires de Cis­jor­danie sont très isolées car beaucoup de familles ne peuvent plus venir les visiter. Depuis la construction de ce mur, nous devons redoubler de vigi­lance pour assurer la sécurité de nos per­sonnes âgées.

Autre désa­grément :nous avons été obligés de changer de four­nis­seurs. Cela repré­sente un coût sup­plé­men­taire car la vie est plus chère à Jérusalem.

Aujourd’hui, nous ne savons vraiment pas ce qui va se passer si la construction de ce mur arrive à son terme car dans notre maison la plupart de nos per­sonnes âgées sont ori­gi­naires de la Cis­jor­danie et la majorité de notre per­sonnel aussi.

Sur nos 18 employés, trois seulement ont la carte de Jéru­salem. Pendant ces deux années, eux aussi ont été obligés de franchir le mur et changer souvent de trajet pour échapper aux contrôles car même avec un laissez-​​ passer les mili­taires ne les lais­saient pas tou­jours entrer dans notre maison.

Ce mur de 9 mètres nous obligera :

- 1°/ à prendre du per­sonnel de Jéru­salem et donc à licencier la majorité de notre per­sonnel en fonction aujourd’hui.
- 2°/ à renoncer à accueillir les per­sonnes âgées habitant aussi en Cis­jor­danie c’est-à-dire les plus pauvres.

Nous sommes inquiètes. Ce sont aussi des mil­liers de per­sonnes qui aujourd’hui vivent dans l’angoisse alors que le mur se construit sans résis­tance et sans pro­tes­tation sur le lieu même de la construction.

Nous n’avons pas été pré­venus et la maison est plus que jamais isolée à cause de l’état de la route.

Il nous faut chaque jour aller récu­pérer le per­sonnel à dif­fé­rents endroits car le quartier est devenu zone mili­taire. L’approvisionnement est devenu très com­pliqué et nous passons notre temps à gérer les imprévus et nous espérons ne pas avoir à hos­pi­ta­liser des per­sonnes âgées tant l’ accès à la maison est dif­ficile à cause de la boue .

Il y a eu cette semaine beaucoup de jour­na­listes et de pho­to­graphes dans ce quartier qui est devenu une terre de déso­lation et d’humiliation. Nous espérons tous que les inter­views orga­nisés par dif­fé­rents journaux, chaînes de radio et TV ici et là aler­teront l’opinion publique et réveilleront aussi la conscience des politiques.

Nous espérons que vous pourrez être, à votre tour, notre porte-​​parole pour que ce mur de la honte soit détruit. Nous comptons sur votre action et sur votre prière afin que le dia­logue reprenne entre les res­pon­sables des deux peuples, et d’avance nous vous remer­cions de bien vouloir dif­fuser ces informations .