Moyen-​​Orient Le monde cari­tatif arabe divisé sur l’impact de la crise financière

Irin, jeudi 23 octobre 2008

Encou­rager les ONG à rechercher des sources de finan­cement durables au lieu de compter sur des sources oppor­tunes, à court terme

Les asso­cia­tions cari­ta­tives du monde arabe ont exprimé des points de vue diver­gents au sujet des consé­quences de la crise finan­cière mon­diale sur leur travail, à l’échelle locale et internationale.

« Toutes les asso­cia­tions cari­ta­tives de la région dépendent des hommes d’affaires et des sociétés pour obtenir leurs finan­ce­ments. Si ce secteur est touché par la chute des marchés finan­ciers, les liqui­dités seront réduites et la valeur des actifs réels se dépré­ciera, ce qui dimi­nuera également les fonds sus­cep­tibles d’être donnés aux ONG [orga­ni­sa­tions non-​​gouvernementales ; de la région] », a dit à IRIN Abdul­wahab Noorwali de la World Assembly of Muslim Youth (WAMY) de Djeddah.

D’après lui, les dona­tions publiques seront également com­pro­mises. « Il y a deux raisons à cela : la pre­mière est l’inflation et le coût de la vie [dans la région], qui ont aug­menté de 25-​​30 pour cent au cours des 18 der­niers mois. La deuxième, c’est qu’un grand nombre de gens, dans la région, échangent des valeurs mobi­lières, et toute chute des marchés les amènera à réduire leurs dons », a-​​t-​​il expliqué.

Selon M. Noorwali, il est important que les ONG de la région com­mencent à envi­sager les réper­cus­sions de la crise finan­cière inter­na­tionale, qu’elles rééva­luent leurs poli­tiques et élaborent des stra­tégies à long terme. « Elles devraient rechercher des sources de finan­cement durables au lieu de compter sur des sources oppor­tunes, à court terme », a-​​t-​​il préconisé.

Selon lui, de nom­breuses ONG réduiront leur per­sonnel et/​ou leurs projets, mais les gou­ver­ne­ments devraient sou­tenir ces orga­ni­sa­tions et « assurer la pour­suite de leurs projets huma­ni­taires », a-​​t-​​il dit, ajoutant que les gou­ver­ne­ments arabes appor­taient un soutien financier minime aux ONG de la région. « Leur soutien se limite essen­tiel­lement à la logistique ».

Augmentation des coûts ?

Cer­tains huma­ni­taires du monde arabe craignent que la crise de liquidité n’aboutisse à une aug­men­tation des coûts engendrés par les projets huma­ni­taires : « Les prix des maté­riaux de construc­tions vont monter à cause de la crise », a prédit Asim al-​​Khalifa, res­pon­sable régional de la Fon­dation Waqf (Hol­lande) à Dubaï.

D’autres ONG ne sont pas de cet avis. Ibrahim Has­sa­ballah, directeur de l’Organisation cari­tative isla­mique inter­na­tionale (IICO) du Qatar, pense que les ONG de la région ne seront que très peu tou­chées par la crise mon­diale de liquidité.

« Les dons pro­venant de la “zakat” (aumône) ne seront pas com­promis, car ils sont obli­ga­toires », a-​​t-​​il dit.

Irak

En Irak, Basil al-​​Azawi, directeur de la Com­mission pour les entre­prises de la société civile, un orga­nisme d’encadrement sis à Bagdad, qui cha­peaute plus de 1 000 ONG, a dit à IRIN le 16 octobre que le pays n’était « pas direc­tement lié à la crise finan­cière mon­diale […] Mais la crise pourrait nous toucher indi­rec­tement, du fait de la baisse du cours du pétrole ».

« Nous recevons un soutien financier inter­na­tional très limité. La majorité étant absorbée par la cor­ruption qui sévit en Irak, nous n’allons pas sentir une grande dif­fé­rence », a-​​t-​​il ajouté.

« Aujourd’hui, le plus gros souci, pour nous, est l’impact de la situation sur les popu­la­tions vul­né­rables [des pays en voie de déve­lop­pement] », a indiqué à IRIN Abdul Aziz Muhammad Arrukban, envoyé huma­ni­taire spécial du Secré­taire général des Nations Unies.

« De nom­breux pays se sont engagés à verser des fonds impor­tants et nous espérons voir ces pro­messes se trans­former en argent ».