Motifs et obstacles de la réconciliation palestinienne

Hassan Abou-​​Taleb, jeudi 26 juin 2008

Cet accueil favo­rable mani­festé par le Hamas[à la pro­po­sition de M. Abbas d’amorcer un dia­logue national] ne signifie pas que les événe­ments vont bouger dans le sens d’une détente rapide, ou bien que le dia­logue national inter­pa­les­tinien engen­drera des résultats satis­fai­sants en un temps record.

Il va sans dire que lorsque le Hamas a mis la main sur les orga­nismes gou­ver­ne­mentaux à Gaza, il y a un an, il a infligé un coup dur à l’unité pales­ti­nienne. Du coup, la lutte se fait dans deux sens opposés. D’abord, il s’agit de continuer à lutter pour la libé­ration nationale, de mettre fin à l’occupation et d’instaurer un Etat indé­pendant et viable. Un objectif dont la réa­li­sation nécessite de négocier avec les forces de l’occupation. Ensuite, il est question de faire pré­valoir les situa­tions poli­tiques légi­times, y compris l’unité de la Cis­jor­danie et de Gaza.

La division pales­ti­nienne a porté une grave atteinte aux négo­cia­tions de Mahmoud Abbass avec Tel-​​Aviv sous le par­rainage amé­ricain. Et ce confor­mément aux recom­man­da­tions de la Confé­rence d’Annapolis tenue en novembre 2007 durant laquelle le négo­ciateur pales­tinien donnait l’impression d’être le porte-​​parole d’un demi-​​peuple, inca­pable de faire un quel­conque accord avant la fin de l’année cou­rante. Cependant, l’Autorité du Hamas et le gou­ver­nement du fait accompli à Gaza ne sont pas dans une meilleure position. Malgré la résis­tance du peuple pales­tinien à Gaza face à l’embargo et aux agres­sions israé­liennes quo­ti­diennes, il est dif­ficile de fermer les yeux sur l’ampleur de la souf­france et des sacri­fices que les Pales­ti­niens ont endurés l’année der­nière. En même temps, le gou­ver­nement du Hamas semble inca­pable d’améliorer la situation dans le sens d’une réelle détente consistant à mettre fin à l’embargo et aux agres­sions israé­liennes et à effectuer des négo­cia­tions réelles dans le sens d’un Etat pales­tinien. Même si l’accalmie entamée jeudi dernier aboutit, elle n’est en fin de compte qu’un trai­tement partiel des causes vitales quo­ti­diennes, ni plus ni moins.

Tous ces fac­teurs dévoilent l’impasse dans laquelle se trouve l’Autorité pales­ti­nienne et expliquent l’appel d’Abou-Mazen à amorcer un dia­logue national confor­mément à l’initiative yéménite. Ce, deux jours avant le premier anni­ver­saire de ce que l’Autorité pales­ti­nienne a considéré comme un ren­ver­sement mili­taire du Hamas. Ils expliquent également la position du Hamas qui a favo­ra­blement accueilli l’appel et l’a considéré néces­saire à l’ombre des conjonc­tures pales­ti­niennes et régio­nales en cours. En consé­quence, une trêve média­tique réci­proque s’est ins­taurée entre le Fatah et le Hamas. Pourvu que cela apaise la situation entre les deux camps.

Cet accueil favo­rable mani­festé par le Hamas ne signifie pas que les événe­ments vont bouger dans le sens d’une détente rapide, ou bien que le dia­logue national inter­pa­les­tinien engen­drera des résultats satis­fai­sants en un temps record. Il existe effec­ti­vement des dif­fi­cultés, et la pre­mière est celle du dia­logue national et qui com­porte des inter­pré­ta­tions opposées de l’initiative yéménite. Nous devons prendre en consi­dé­ration dans ce contexte les inter­ven­tions amé­ri­caines et israé­liennes qui ne sou­tiennent guère l’assimilation du Hamas — qu’ils consi­dèrent comme un mou­vement ter­ro­riste — à un pro­cessus poli­tique pales­tinien sous le label de la récon­ci­liation nationale. C’est cette récon­ci­liation pales­ti­nienne qui confère au négo­ciateur pales­tinien une force sup­plé­men­taire et par consé­quent une capacité d’améliorer les condi­tions d’un futur accord sur un Etat palestinien.

L’élément le plus important dans ce contexte est les bases sur les­quelles reposera la récon­ci­liation entre les deux pôles du projet national sur le sol pales­tinien. Au moment où le pré­sident Abbass insiste sur le fait que l’OLP soit l’ombrelle du dia­logue, le Hamas considère que le dia­logue est assuré avec le Fatah et non pas avec l’organisation. Et au moment où l’Autorité nationale estime que l’objectif du dia­logue est le retour à la situation qui pré­do­minait avant le ren­ver­sement mené par le Hamas. Ce dernier estime que ce qui est requis, c’est un dia­logue suivant la règle : ni vain­queur ni vaincu. C’est-à-dire sans condi­tions préa­lables, tel qu’il a été déclaré par Ismaïl Haniyeh, chef du gou­ver­nement du Hamas à Gaza. Il n’en demeure pas moins que des sources au sein du mou­vement se demandent si le fait de faire pré­valoir les situa­tions d’avant le 14 juin 2007 signi­fierait que le Hamas préside encore une fois le gou­ver­nement d’union nationale, confor­mément à l’accord de La Mecque en mars 2007.

Selon des sources au sein du mou­vement Fatah et de l’Autorité nationale, l’objectif de l’amorce d’un dia­logue national du pré­sident Abbass est de chercher à mettre en vigueur l’initiative yéménite. Le second objectif est celui de prouver que le pré­sident Abou-​​Mazen n’a pas l’intention de former un nouveau gou­ver­nement à cette heure-​​ci. L’initiative d’Abou-Mazen sous-​​entend également que l’actuel gou­ver­nement est celui d’une entente nationale et non pas d’union nationale sem­blable à celui qui gou­vernait avant le 13 juin 2007. Pour lui, ce gou­ver­nement doit s’attirer l’appui arabe et inter­na­tional, et la par­ti­ci­pation du Hamas n’est pas une condition essen­tielle. Dans cet ordre d’idées, l’objectif du dia­logue national est de créer une issue adé­quate au mou­vement Hamas pour faire en sorte que l’Autorité nationale contrôle la situation à Gaza.

Abou-​​Mazen pla­nifie également pour que le Hamas ne par­ticipe pas néces­sai­rement à un futur gou­ver­nement, quel qu’il soit, et pour amener le mou­vement à accepter le principe des élec­tions légis­la­tives pré­ma­turées qui auront lieu à la suite de la tenue des élec­tions pré­si­den­tielles prévues en janvier prochain.

Ces condi­tions et ces inter­ro­ga­tions ne sont pas pas­sa­gères parce qu’en réalité, elles touchent à l’essence de tout dia­logue pales­tinien. D’autre part, elles révèlent l’ampleur du fossé existant entre les deux parties et les prio­rités de chacune. Cependant, un grand pro­blème apparaît à l’horizon. Il est pro­bable, théo­ri­quement, de par­venir à un accord de prin­cipes palestino-​​israélien qui sera rendu public à la fin de cette année. Et il est pro­bable également que le Hamas le désap­prouve. Car si le Hamas détient une majorité par­le­men­taire et ne par­ticipe pas au pro­chain gou­ver­nement et si on suppose la réussite du dia­logue national pales­tinien, comment sera-​​t-​​il alors approuvé par le peuple pales­tinien ? Surtout qu’il sera facile à l’ombre de telles conjonc­tures de pro­voquer les sen­ti­ments contre n’importe quel accord ne satis­faisant pas le minimum des droits pales­ti­niens, tels que le droit au retour et de Jérusalem-​​Est comme capitale à l’Etat palestinien.

En outre, le facteur de l’accalmie convenue qui est entré en vigueur depuis le 20 juin dernier peut engendrer des résultats contra­dic­toires. Si l’accalmie a lieu, suivie de l’ouverture des points de pas­sages et de la levée gra­duelle de l’embargo qui étouffe Gaza, le Hamas pourrait alors se vanter de sa force et de sa capacité à gérer le conflit avec l’occupation israé­lienne. Par consé­quent, il serait dif­ficile qu’il renonce à la par­ti­ci­pation au pro­chain gou­ver­nement. Mais si l’accalmie est avortée et si le blocus per­siste, il sera pro­bable que cela ne soit pas en faveur de n’importe quel dia­logue national pales­tinien. Cependant, le Hamas peut sembler plus intran­si­geant malgré l’ampleur de la souf­france que vivent les Pales­ti­niens à Gaza. A ce moment-​​là, il sera dif­ficile de parler d’un quel­conque accord palestino-​​israélien, ou bien d’élections pré­si­den­tielles en Palestine. Et dans ce cas-​​là, le choix d’élections légis­la­tives pré­ma­turées sera tota­lement irraisonnable.