Moshé Feiglin, symbole de la droitisation du Likoud

Gilles Paris, mercredi 10 décembre 2008

Ce colon prône le " ’transfert’ non seulement des Pales­ti­niens des ter­ri­toires mais de toutes les popu­la­tions arabes pré­sentes dans le ’Grand Israël’ ".

Il est le cau­chemar de Benyamin Néta­nyahou, le chef de file du Likoud. Elu en position éligible (20e position), lundi 8 décembre, lors des pri­maires du parti natio­na­liste israélien en vue des légis­la­tives anti­cipées du 10 février, Moshé Feiglin, ani­mateur du courant Man­hi­goute Yéhoudite ("direction juive"), cris­tallise plus que tout autre un glis­sement à droite qui pourrait sin­gu­liè­rement com­pliquer la tâche de "Bibi" Néta­nyahou aux élec­tions. Le résultat des pri­maires valide en tout cas la stra­tégie d’entrisme observée par ce fils d’émigrants aus­tra­liens, dont deux proches figurent également en bonne posture, aux 35e et 36e places.

Simple ingé­nieur en infor­ma­tique dans les années 1980, passé par l’armée pendant la guerre au Liban, Moshé Feiglin est entré en poli­tique avec les accords d’Oslo, en 1993. Il crée alors Zou art­zeinou ("C’est notre terre"), un petit groupe d’activistes qui bloquent les car­re­fours d’Israël, pro­vo­quant d’énormes embou­teillages, pour pro­tester contre la recon­nais­sance de l’OLP et le principe de l’échange de la paix contre les ter­ri­toires pales­ti­niens. Moshé Feiglin estime alors que le judaïsme doit suc­céder au sio­nisme comme moteur de l’Etat d’Israël. Après quelques déboires avec la justice, il fonde Man­hi­goute Yéhoudite, hésite à se pré­senter aux élec­tions anti­cipées de 1996 rem­portées par Benyamin Néta­nyahou, puis se concentre sur son orga­ni­sation. Au lieu de s’isoler parmi les autres grou­pus­cules de l’extrême droite israé­lienne clas­sique issus du kaha­nisme (courant créé par le rabbin Meïr Kahane, assassiné aux Etats-​​Unis et dont le parti Kach est hors la loi en Israël), il choisit alors d’investir le Likoud.

"Transfert"

Aux élec­tions internes de 2002, les mili­tants de Man­hi­goute Yéhoudite, pour l’essentiel des colons, font ainsi leur entrée au comité central du parti. Moshé Feiglin tient ce cap en résistant à la ten­tation de la nota­bi­li­sation. Dans les entre­tiens qu’il accorde, notamment au Haaretz, le 11 juin 2004, il célèbre ainsi "l’acte de résis­tance" qu’a constitué, selon lui, l’assassinat par l’extrémiste juif Baroukh Gold­stein, en 1994, de 23 musulmans en prière dans la mosquée ins­tallée au caveau des Patriarches, à Hébron, un lieu saint reven­diqué à la fois par les juifs et les musulmans.

Il estime aussi qu’après le lyn­chage de deux soldats israé­liens à Ramallah, au tout début de la deuxième Intifada, en octobre 2000, Israël aurait dû chasser les habi­tants de cette ville de Cis­jor­danie pour les rem­placer par des juifs, pre­mière étape du "transfert" non seulement des Pales­ti­niens des ter­ri­toires mais de toutes les popu­la­tions arabes pré­sentes dans le "Grand Israël". Moshé Feiglin réside dans la colonie de Karnei Chomron, près de Naplouse.

Can­didat à la direction du Likoud en 2005, il avait obtenu 15 % des suf­frages, puis plus de 20 % en 2007. Sa ving­tième place obtenue lundi, ajoutée au retour de Benny Begin, et aux bons scores de "Ruby" Rivlin, de Limor Livnat ou de Youval Steinitz, empêche Benyamin Néta­nyahou de pré­senter le Likoud comme un parti prag­ma­tique assez peu éloigné, sur le fond, des cen­tristes de Kadima. Cette radi­ca­li­sation pourrait évidemment obérer sa capacité d’attraction lors du scrutin du 10 février.