Mission cueillette de l’Afps en Palestine occupée. Dernières nouvelles

AFPS, lundi 12 novembre 2007

Des mili­tants de l’AFPS sont actuel­lement en Palestine, près d’Hébron, pour par­ti­ciper à la cueillette des olives qui est entravée sys­té­ma­ti­quement par les colons et les soldats israé­liens. La pré­sence de volon­taires inter­na­tionaux permet aux fer­miers d’accéder plus faci­lement à leurs oli­ve­raies et res­treint la vio­lence des colons.

Aujourd’hui visite à Hébron car la cueillette n’a pas été pos­sible. Il y a deux ou trois ans a été créé un bureau de coor­di­nation israélo-​​autorité pales­ti­nienne (DCO) pour négocier l’accès des Pales­ti­niens aux terres proches des colonies. Ce bureau en réalité est un leurre : il crée un inter­mé­diaire sup­plé­men­taire et ne facilite pas les auto­ri­sa­tions d’accès. De plus l’autorité pales­ti­nienne s’est fait avoir parce qu’il y a deux ans le mur n’était pas si long, donc les cueillettes d’olives se fai­saient moins dif­fi­ci­lement (avocats, palabres avec l’armée et le colon en direct). Main­tenant, il y a un mur très long. Il faut passer de l’autre côté et les auto­ri­sa­tions sont lentes à venir. Ven­dredi, pas d’autorisation à cause de l’incident de mer­credi avec le gros colon.

Samedi, aujourd’hui, à dix heures, les israé­liens ne répon­daient pas au télé­phone. c’est le shabbath alors que le bureau était censé être ouvert. Alors nous sommes allés à Hébron pour observer, prendre des photos de l’horreur. Berlin avant la chute du mur, c’était une blague. Il y a des rues coupées en plein milieu par des bar­belés, blocs de béton, et à cause des jets de pierres, des grillages de plu­sieurs étages. Pourquoi ? Eh bien parce qu’il y a à l’intérieur même de la ville des îlots de maisons de colons qu’ils relient avec des pas­se­relles. Ils gri­gnotent le terrain. Gare rou­tière : dis­parue. Grand marché central : disparu dans les bar­belés, les maisons explosées, les ordures que les colons jettent de leurs fenêtres.

Oui, il y a des bou­tiques au rez de chaussée et des construc­tions israé­liennes par dessus (les colons rentrent chez eux par une rue der­rière), alors les pales­ti­niens ont tendu des grillages au dessus de leur tête, et ça fait comme une cou­verture de rue, un peu comme le souk de Mar­rakech mais c’est pour se pro­téger des pavetons et des ordures et non pas du soleil. C’est répu­gnant. Il faut passer dans un tour­niquet genre aéroport pour aller visiter la mosquée et le tombeau d’Abraham, sans compter le poste de mili­taires armés jusqu’aux dents avec un autre tour­niquet et poste de fouilles. Nous avons tenu bon. R. a été fouillé, pas nous (la ceinture, les godasses,etc.)

Les pales­ti­niens sont coincés et main­tenant, qu’on ne vienne plus me dire qu’avec le mur, ça sera plus calme. C’est l’horreur, c’est immonde. Je ne sais comment raconter. Alors nous avons pris des photos. Les Pales­ti­niens sont incroyables. Dans le secteur H1, contrôlé par l’autorité pales­ti­nienne, ça grouille de monde (n’oublions pas qu’il y a au moins 100 000 habi­tants à Hébron et 400 israé­liens qui les font chier, qui trans­forment leur ville en un trou à rats), un monde coloré et vivant. Dans le secteur H2, contrôlé par les Israe­liens depuis quelques années, depuis l’attentat commis par un colon fas­ciste de Kyriat Arba dans la mosquée, c’est indes­crip­tible, j’en ai l’estomac retourné.

Un com­merçant a voulu témoigner : sa bou­tique est vide. Il ne vend plus rien mais continue à ouvrir sa bou­tique comme un acte de résis­tance. Nous l’avons écouté, il nous a demandé de témoigner.

Ensuite nous sommes allés voir l’avocat du Comite de Défense de la Terre. Son bureau se trouve dans un immeuble ou les locaux ne sont pas chers, parce qu’il est en ligne de mire du camp mili­taire, juste sur la colline en face. L’étage en dessous est démoli et des trous de balles partout. Photos prises aussi. Je com­prends l’expression : parler a un mur

Chantal