Maryam, victime d’une offensive israé­lienne, comme 58 enfants depuis janvier à Gaza

Michel Bôle-​​Richard, mardi 29 avril 2008

Maryam Maarouf avait 14 ans. C’était une écolière comme il y en tant à Beit Lahiya, au nord de la bande de Gaza, avec son foulard et sa blouse stricte. Comme ses parents, ses cinq frères et ses quatre soeurs, elle a été réveillée, samedi 26 avril, vers 1 heure du matin par le bruit assour­dissant des chars, des blindés, des bull­dozers et des héli­co­ptères. Les Israé­liens avaient franchi en force la fron­tière située à deux kilomètres.

Une incursion comme il y en a tant pour se saisir des tireurs de roquettes ou pro­céder à des inter­pel­la­tions. Jeudi, c’était à Beit Hanoun, de l’autre côté de l’enclave. Demain, ce sera peut-​​être au point de passage de Kis­soufim, au centre du ter­ri­toire, ou au sud, dans le secteur de Khan Younès. Une pra­tique rou­ti­nière. Ce samedi jus­tement, c’est la maison de Maryam Maarouf qui est visée.

Son père, Talal Maarouf, est un acti­viste du Hamas. Pas un gros poisson, mais quelqu’un qui compte loca­lement. Un homme de terrain. Tel est l’objectif de cet imposant déploiement. La maison toute récente, loin d’être ter­minée, est la cible des forces spé­ciales israéliennes.

Per­sonne ne peut dire combien il y avait de chars, de bull­dozers et d’hélicoptères. Ce qui est sûr, c’est que l’assaut est massif. " Il y en avait de tous les côtés. On a entendu des rafales, des explo­sions, c’était la guerre. Je n’avais jamais vu cela", raconte Rizik Sobeh, le beau-​​frère de Talal Maarouf.

Son fils Ahmed, 16 ans, dormait dans la maison et se sou­vient de tout. "Ils ont demandé à Talal de se rendre, disant qu’il était encerclé. Puis ils ont com­mencé à tirer. Tout le monde hurlait. Il y a eu d’énormes explo­sions. Un héli­co­ptère a tiré avec des grosses balles."

Et il ajoute : "Nous étions couchés à terre. Lorsque ça s’est arrêté, nous sommes sortis. C’est là que ma cousine Maryam et ma tante Soumir ont été tou­chées. Soumir avait un bébé de 6 mois dans les bras. Elles ne pou­vaient plus bouger. Une ambu­lance a tenté de s’approcher et on lui a tiré dessus. Puis deux jeunes ont essayé de secourir Soumir qui rampait. Ils ont été blessés par un missile. Je suis allé dans la maison du grand-​​père et je me suis caché."

Cahiers éparpillés

Lorsque, vers 6 heures du matin, les soldats décrochent, après avoir échangé des tirs avec des com­bat­tants pales­ti­niens impuis­sants face à cette armada, il est trop tard pour Maryam. Abou Sada Iyad, chi­rurgien à l’hôpital Kamel Adwan, confirme qu’elle s’est vidée de son sang. Une balle lui a tra­versé le corps péné­trant sur le côté jusqu’à la hanche opposée. Sa mère, Soumir, a reçu une balle dans le dos. Son état est jugé pré­oc­cupant. Elle ignore le sort de sa fille et de son mari, emmené en Israël. Huit autres per­sonnes ont été blessées, dont quatre grièvement.

Ahmed a échappé de jus­tesse à un missile. Il a été touché dans le dos et aux jambes. Ibrahim est sain et sauf, et avoue "on a couru après la mort et elle n’est pas venue". Il ne com­prend pas pourquoi il y a eu cette incursion juste pour arrêter un homme. Il évoque la pos­si­bilité d’un tunnel creusé depuis la maison. Dans le garage, il y a effec­ti­vement une mon­tagne de sacs de gravats.

Les Israé­liens savaient-​​ils ? Aucune mention offi­cielle n’en a été faite. La maison a été tota­lement dévastée. Un incendie a ravagé une grande partie du premier étage. Les murs sont constellés d’éclats. Les cahiers d’écoliers de Maryam sont répandus dans les décombres. La vigne qui pro­curait de l’ombre sur la ter­rasse a été tranchée net. Un bull­dozer a réduit en amas de fer­raille la four­gon­nette. Les cabanes, le four tra­di­tionnel ne sont plus qu’un tas de débris.

Dans un rayon d’un kilo­mètre, les cultures ont été labourées par les blindés. Le réseau d’irrigation et les pompes ont été écrasés. "Pourquoi détruisent-​​ils tout sys­té­ma­ti­quement ? Pourquoi veulent-​​ils nous empêcher de vivre décemment ? Pourquoi tant de dégâts pour arrêter une per­sonne ?" Rizik Sobeh ne com­prend pas. Dans les champs, les vil­la­geois récu­pèrent ce qui peut l’être.

Maryam est morte sur un chemin de terre sans com­prendre pourquoi l’enfer s’est abattu sur sa maison. Ce qui n’empêchera pas, lors des obsèques, un député du Hamas, Mushir Masri, de "récu­pérer" sa mort et de rendre hommage à "cette résis­tante" et "martyre".

Lundi matin, à Beit Hanoun, un obus de char israélien a, selon les habi­tants, fauché quatre frères et soeurs âgés de 1 à 5 ans. Selon l’ONU, 58 enfants pales­ti­niens ont été tués depuis le début de l’année dans la bande de Gaza.