Mais où est donc passé Barack Obama ?

Patrick Seale, al Hayat, jeudi 4 février 2010

Le règlement du conflit israélo-​​palestinien était l’une de ses prio­rités. Aujourd’hui le pré­sident amé­ricain semble avoir renoncé à jouer un rôle moteur face à l’intransigeance de Tel-​​Aviv.

Dans une cas­sette vidéo dif­fusée par la chaîne satel­li­taire Al-​​Jazira, le 24 janvier, le chef d’Al-Qaida, Oussama Ben Laden, a menacé les Etats-​​Unis de pour­suivre les attaques contre eux tant qu’ils main­tien­draient leur soutien à Israël. "Il est injuste que vous meniez une vie tran­quille alors que nos frères à Gaza vivent dans les pires condi­tions", a-​​t-​​il déclaré. Les auto­rités amé­ri­caines ont aus­sitôt dénoncé ces propos comme une opé­ration de pro­pa­gande. Cer­tains estiment que Ben Laden n’est plus à la tête d’Al-Qaida. D’autres, parmi les­quels figure David Axelrod, le conseiller poli­tique du pré­sident Barack Obama, ont promis de faire le maximum pour l’abattre ou le cap­turer. Mais, comme d’habitude, les Amé­ri­cains n’ont pas voulu admettre qu’en tolérant pendant des décennies l’occupation de ter­ri­toires pales­ti­niens par Israël, ils avaient contribué à exa­cerber le terrorisme.

Barack Obama avait pourtant fait exception au début de son mandat. A son entrée en fonction, il avait annoncé qu’il com­prenait par­fai­tement que la pour­suite du conflit israélo-​​arabe ne faisait qu’alimenter l’hostilité des Arabes et des musulmans envers les Etats-​​Unis. Il avait ajouté qu’il était dans l’intérêt du pays de par­venir à un règlement global du conflit dans les meilleurs délais. Dans ses dis­cours pro­noncés en Turquie et en Egypte, il avait tendu la main au monde arabo-​​musulman. Il s’était engagé à œuvrer pour un règlement du conflit qui per­mette à un Etat pales­tinien de coha­biter avec Israël dans la paix et la sécurité. Mais ces efforts ont jusqu’ici été vains. Dans un entretien paru dans l’édition du 21 janvier de Time, le pré­sident amé­ricain a concédé que ce conflit était le plus dif­ficile qu’il ait jamais connu. Les Israé­liens et les Pales­ti­niens ont beaucoup de mal à engager un dia­logue constructif, a-​​t-​​il expliqué. Puis il a eu cette phrase révé­la­trice : "Je pense que nous avons sur­estimé notre capacité à les convaincre de dia­loguer." A travers ces mots, il a donné l’impression de baisser les bras. Le pro­cessus de paix qu’il avait relancé avec éclat il y a un an semble sur le point d’être lâché.

Mais Washington ferait bien de prendre au sérieux le message d’Oussama Ben Laden. Si les Etats-​​Unis ne par­viennent pas à imposer la paix - et il semble bien que Barack Obama ait échoué dans cette tâche -, il faut s’attendre à l’apparition d’un profond sen­timent de désespoir chez les Pales­ti­niens, à une inten­si­fi­cation des ten­sions dans les Ter­ri­toires occupés, à des opé­ra­tions de ter­ro­risme et de contre-​​terrorisme, voire à une guerre totale. Les va-​​t-​​en-​​guerre israé­liens parlent ouver­tement de la nécessité d’"une autre inter­vention" contre le Hez­bollah au Liban et contre le Hamas à Gaza. Israël pourrait bien décider de frapper à nouveau ces mou­ve­ments s’ils lui offrent le moindre pré­texte. Pour l’heure, les rela­tions israélo-​​palestiniennes sont au point mort. Mahmoud Abbas, le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, ne peut envi­sager de reprendre les négo­cia­tions - comme les Etats-​​Unis et Israël le pressent de le faire - tant que le Premier ministre Benyamin Néta­nyahou ne gèlera pas les acti­vités de colo­ni­sation dans les ter­ri­toires occupés. Or il ne faut rien attendre de tel du Premier ministre israélien. Son "gel partiel" de dix mois n’a pas empêché Israël d’achever la construction de 2 500 loge­ments dans les ter­ri­toires occupés de Cis­jor­danie, ni de pour­suivre celle d’édifices publics tels que syna­gogues, écoles et centres de soins. Autant dire qu’il n’y a eu aucun gel. Pendant ce temps, le gou­ver­nement israélien a ren­forcé sa mainmise sur Jérusalem-​​Est et les loca­lités arabes envi­ron­nantes, d’où des Pales­ti­niens sont régu­liè­rement expulsés. Les Etats-​​Unis ont exprimé leur "indi­gnation" face à la démo­lition de maisons pales­ti­niennes, mais n’ont rien fait pour y mettre un terme.