Mahmoud al-​​Safadi plaide pour la reconnaissance de l’Histoire

Pour la Palestine n°52, lundi 26 février 2007

Politique iranienne /

Si la confé­rence néga­tion­niste de Téhéran a pro­voqué une condam­nation unanime en occident, elle a aussi suscité la dénon­ciation d’intellectuels ou de mili­tants en Iran même et dans le monde arabe.

Parmi eux, Mahmoud Al-​​Safadi, pales­tinien, ori­gi­naire de Jéru­salem occupée, détenu dix-​​huit ans dans les geôles israé­liennes « pour avoir appartenu au Front popu­laire de libé­ration de la Palestine et pris une part active dans la résis­tance à l’occupation durant la pre­mière Intifada ». Il publiait dans Le Monde daté du 5 décembre une tribune en forme de lettre ouverte à Mahmoud Ahma­di­nejad inti­tulée « Les autres vic­times d’une négation ». Nous en publions des extraits.

« Je res­pecte votre oppo­sition aux injonc­tions amé­ri­caines et occi­den­tales concernant le pro­gramme nucléaire iranien et estime légitime que vous vous plai­gniez du double langage que le monde tient à l’égard du déve­lop­pement nucléaire de cer­tains régimes. Mais j’enrage devant l’insistance que vous mettez à affirmer que l’Holocauste n’a jamais eu lieu, et devant vos doutes sur le nombre de juifs qui ont été assas­sinés dans les camps de concen­tration et d’extermination, les mas­sacres orga­nisés, les chambres à gaz - niant par là même la signi­fi­cation his­to­rique uni­ver­selle de la période nazie. (…) J’estime qu’un homme dans votre position ne devrait pas com­mettre une erreur aussi énorme, car elle pourrait se retourner contre lui et, pis encore, contre son peuple. (…) Au début des années 1990, en lisant des articles rédigés par les intel­lec­tuels pales­ti­niens Edward Saïd et Azmi Bishara, j’ai découvert des faits et des posi­tions qui contre­di­saient les miennes et celles de nom­breux Pales­ti­niens. (…) Plus j’en apprenais, plus je réa­lisais que l’Holocauste était bien un fait his­to­rique et plus je prenais conscience de la dimension monu­mentale du crime commis par l’Allemagne nazie contre les juifs, contre d’autres groupes sociaux et nationaux - et contre l’humanité en général. (…) Quel que soit le nombre de vic­times -juives et non juives -, le crime est monu­mental. Toute ten­tative de le nier prive le négateur de sa propre humanité et le renvoie direc­tement du côté des bour­reaux. Qui­conque nie le fait que ce désastre humain ait réel­lement eu lieu ne doit pas s’étonner que d’autres nient les souf­frances et les per­sé­cu­tions infligées à son propre peuple par des diri­geants tyran­niques ou des occu­pants étrangers. (…) Vous pensez peut-​​être que le fait de nier l’Holocauste vous place à la pointe du monde musulman, et que ce déni constitue un outil valable dans le combat contre l’impérialisme amé­ricain et l’hégémonie occi­dentale. Ce faisant, vous rendez en réalité un bien mauvais service aux luttes popu­laires de par le monde. Au mieux, vous couvrez de ridicule votre peuple et vous-​​même aux yeux de forces poli­tiques qui rejettent l’impérialisme mais ne peuvent prendre au sérieux vos concep­tions et argu­ments, du fait que vous niez de façon obses­sion­nelle l’existence d’une période his­to­rique abon­damment docu­mentée et étudiée et dont les consé­quences se font encore sentir et sont tou­jours dis­cutées à l’heure actuelle. Au pis, vous décou­ragez et affai­blissez les forces poli­tiques, sociales et intel­lec­tuelles qui, en Europe et aux Etats-​​Unis, rejettent la poli­tique de confron­tation et de guerre menée par George Bush, mais se voient contraintes de conclure que, vous aussi, vous mettez le monde en danger par vos décla­ra­tions niant le génocide et par votre pro­gramme nucléaire.

Concernant la lutte de mon peuple pour son indé­pen­dance et sa liberté : peut-​​être considérez-​​ vous la négation de l’Holocauste comme une expression de soutien aux Pales­ti­niens  ? Là encore, vous vous trompez. Nous luttons pour notre exis­tence et nos droits, et contre l’injustice his­to­rique qui nous a été faite en 1948. Nous n’obtiendrons pas notre vic­toire et notre indé­pen­dance en niant le génocide per­pétré contre le peuple juif, même si les forces qui occupent aujourd’hui notre pays et nous en dépos­sèdent font partie de ce peuple.