M. Bernard Kouchner est aussi Docteur Folamour

Jean Claude Lefort, mercredi 8 octobre 2008

Un champ de ruines et de morts, un monde dans une guerre mon­diale qui résul­terait d’une frappe israé­lienne de l’Iran – voilà ce que le loca­taire du Quai d’Orsay envisage froidement.

Nous avons eu l’occasion, récemment, de mettre en évidence le fait que le ministre français des Affaires étran­gères était atteint d’un syn­drome grave, celui du dédou­blement de la per­son­nalité. En demandant la libé­ration « sans condition » du franco-​​israélien, le caporal Gilad Shalit capturé sur son char à Gaza par le Hamas, et en se refusant d’exiger la libé­ration du franco-​​palestinien, Salah Hamouri condamné pour rien à 7 ans de prison par les auto­rités israé­liennes, il mon­trait que pour lui il y avait Français et Français. Son sens de l’universalité des droits de l’Homme est du même coup mis en cause fon­da­men­ta­lement et son crédit atteint. Si ce n’était que le sien cela ne serait pas spé­cia­lement important, mais c’est que, désormais ministre, c’est le crédit de la France qu’il atteint et qui est atteint. Et cela n’est pas accep­table pas plus que n’était accep­table sa non-​​condamnation de l’intervention amé­ri­caine, pourtant hors la loi, en Irak.

Mais avant de ren­contrer les diri­geants israé­liens le dimanche 5 octobre à Jéru­salem, B. Kouchner a commis une décla­ration des plus dan­ge­reuses. En effet, tout en expli­quant que ce n’était pas la « solution », il a tou­tefois et par avance donné comme un feu vert à Israël pour non pas « manger », ainsi qu’il est écrit curieu­sement dans une pre­mière version, mais « frapper » l’Iran qui se doterait de l’arme nucléaire. Cela, per­sonne ne peut le confirmer ni l’infirmer – M. El Baradeï au premier chef –, ce qui rend légitime le fait que tout le monde demande à ce pays, et exige de ses diri­geants, de res­pecter les termes du TNP dont l’Iran est signa­taire. Reste que les décla­ra­tions de Bernard Kouchner sont pure folie. Imagine-​​t-​​on les consé­quences incal­cu­lables, pour toute la région mais aussi pour le monde, d’une frappe israé­lienne contre l’Iran ?

C’est d’autant plus inac­cep­table qu’ Israël, qui dispose de l’arme nucléaire suite à la vente par la France d’une cen­trale ato­mique à des fins civiles, n’est pas signa­taire dudit traité de non-​​prolifération nucléaire et que ses diri­geants, toutes ten­dances confondues, s’y refusent caté­go­ri­quement. Mais ce pays, comme l’Inde et le Pakistan dans la même situation, possède bien l’arme nucléaire (200 têtes, dit-​​on) et non seulement il refuse d’adhérer au TNP mais il refuse également de faire du Moyen-​​Orient une zone exempte de toute arme de des­truction massive.

De « l’humanitaire » Bernard Kouchner a une bien curieuse conception. Un champ de ruines et de morts, un monde dans une guerre mon­diale qui résul­terait d’une frappe israé­lienne de l’Iran – voilà ce que le loca­taire du Quai d’Orsay envisage froi­dement. Ce Docteur Folamour des temps modernes ne doit pas laisser libre cours à sa fan­tas­ma­gorie « rédemptrice ».

Il serait plus que temps qu’on en tire toutes les conclu­sions. On ne peut pas laisser la diplo­matie fran­çaise porter le treillis et le M16 en ban­dou­lière, se trans­formant ainsi en fauteur de guerre dans le monde contem­porain. Ce n’est res­pon­sable. Ce n’est ni son intérêt ni celui de la planète.

L’esprit de res­pon­sa­bilité doit reprendre place au Quai d’Orsay dont le titu­laire ne peut être un adepte de la fameuse formule de Louis XV : « Après moi le déluge ! ». La question est main­tenant posée.