Loi Egalité et citoyenneté : oui aux boycotts, ils constituent un moyen d’expression

Dix parlementaires français ont déposé deux amendements précisant que l’appel au boycott des produits ou services concourant à la politique contestée d’un Etat ne pouvait être assimilé à une quelconque forme de discrimination, dans le cadre de la loi Egalité et citoyenneté. Du bon sens estime Taoufiq TAHANI, président de l’Association France Palestine Solidarité.

Tribune de Taoufiq Tahani, Le Plus de L’Obs, mercredi 29 juin 2016

La loi Egalité et citoyenneté est présentée comme un ensemble de mesures pour lutter contre les inégalités et discriminations qui minent l’exercice d’une réelle citoyenneté.

C’est donc tout naturellement que dix parlementaires [1], dont Alexis Bachelay, André Chassaigne et Noël Mamère, ont déposé deux amendements précisant que l’appel au boycott des produits ou services concourant à la politique contestée d’un Etat ne pouvait être assimilé à une quelconque forme de discrimination.

Précision utile après un très étonnant arrêt de la Cour de cassation du 20 octobre dernier, entérinant la condamnation de militants pour une distribution de tracts invitant au boycott d’Israël jusqu’à ce qu’il se conforme au droit international.

Une campagne d’intox lancée depuis Israël

Ces amendements de bon sens ont une portée générale : les appels au boycott constituent un moyen d’expression citoyenne qui peut s’appliquer à bien des Etats autres qu’Israël, comme l’a montré l’actualité de ces dernières années, avec des cas aussi différents que le Mexique, la Chine, la Russie ou l’Iran… ou naguère, la belle victoire mondiale de la société civile contre l’apartheid en Afrique du Sud.

À peine a-t-il été connu qu’une campagne d’intox a été lancée depuis Israël par des franco-israéliens qui n’hésitent pas à faire état d’informations sur le retrait de l’amendement.

Informations qui leur auraient été transmises par… Patrick Maisonnave, l’ambassadeur de France en Israël ( !).

Les élus ne doivent pas plier sous les pressions étrangères

On est coutumiers des ingérences directes de l’ambassade d’Israël dans la politique française : à force de mensonge et de désinformation elles ont récemment amené Bernard Cazeneuve et Manuel Valls, puis le président de la République à des déclarations hautement surréalistes désavouant le vote de la France à l’Unesco à propos du patrimoine palestinien de Jérusalem-Est.

Les soutiens inconditionnels d’Israël sont tellement sûrs de leurs réseaux d’influence qu’ils n’hésitent pas pour leur part à "mouiller" la diplomatie française pour tenter de s’immiscer dans le débat parlementaire.

Ce n’est pas notre conception du rôle des représentants du peuple. Ils doivent pouvoir débattre et légiférer, en toute conscience et hors des pressions étrangères. Razzi Hammadi, rapporteur du projet de loi, a fort justement annoncé un débat "totalement décomplexé", c’est en effet une condition élémentaire d’exercice de la démocratie et de crédibilité des élus du peuple.

[1Pouria Amirshahi, Alexis Bachelay, Jean-Jacques Candelier, André Chassaigne, Yves Daniel, Hervé Féron, Jacqueline Fraysse, Michel Ménard, Noël Mamère, Gabriel Serville