Liban-​​Israël : La guerre du pétrole aura-​​t-​​elle lieu ?

Paul Khalifeh, samedi 3 juillet 2010

Le Liban a vivement réagi à l’annonce par Israël de la décou­verte d’importantes quan­tités de gaz et de pétrole, à l’Est de la Médi­ter­ranée. Il soup­çonne l’Etat hébreu de vouloir lui « voler » sa part et promet de reven­diquer ses droits par tous les moyens. Un nouveau sujet de dis­corde qui vient se greffer aux nom­breux conten­tieux qui séparent, déjà, les deux pays.

Cette carte de PGS montre les gise­ments pro­met­teurs de Tamar et Dalit. Petroleum Geo-​​Services

L’occupation des terres et l’exploitation des eaux ont tou­jours été une source de conflit entre le Liban et Israël. Ces der­nières semaines, un nouveau sujet, bien plus explosif, est apparu : celui des hydro­car­bures [1]. Après l’annonce par Nobel Energy, une com­pagnie basée aux Etats-​​Unis, de la décou­verte d’un potentiel de 453 mil­liards de m3 de gaz au « large d’Israël », le Liban s’est mobilisé pour « reven­diquer ses droits. » Les enjeux sont d’autant plus impor­tants que l’Est de la Médi­ter­ranée pourrait ren­fermer d’énormes quan­tités de pétrole et de gaz dans des eaux non déli­mitées, où trois pays, le Liban, Israël et Chypre, peuvent faire valoir leurs droits.

Dès 2001, le gou­ver­nement libanais avait ordonné un balayage sis­mique des fonds marins libanais. Deux com­pa­gnies étran­gères, Spectrum et Petroleum Geo­Ser­vices (PGS), avaient alors procédé à des pré­lè­ve­ments, res­pec­ti­vement en 2002 et 2006, et les études sis­miques géo­lo­giques avaient révélé la pré­sence pos­sible de gaz et de pétrole.

« Les résultats en 2D com­binés avec ceux en 3D pré­cé­demment acquis par PGS, ont iden­tifié de nom­breux indi­ca­teurs associés à la pré­sence d’hydrocarbures. Ceux-​​ci confirment l’extension d’un système pétrolier actif au large des côtes du Liban », peut-​​on lire sur le site de PGS. Un rapport de l’USGS (US Geo­lo­gical Survey) estime le potentiel au large des eaux liba­naises à près de 608 mil­lions de barils de pétrole, 44 560 mil­liards de pieds cubiques de gaz et 1 107 mil­lions de barils de gaz naturel liquide. De quoi réveiller toutes les convoitises.

Côté israélien, Tamar -qui se trouve à 90 km au large du port de Haïfa-​​ possède une capacité de 238 mil­liards de m3 de gaz. Il s’agit du plus important champ gazier découvert au niveau mondial ces trois der­nières années. Pro­ductive dès 2012, cette nappe répond aux besoins de l’Etat hébreu pour les 35 pro­chaines années.

Pour le projet appelé Léviathan, l’estimation est de 16 000 mil­liards de m3. D’autres sites alen­tours auraient une capacité totale de 850 mil­liards de m3. Pour com­prendre l’importance des enjeux, il suffit d’écouter les propos du ministre israélien des Infra­struc­tures natio­nales, Uzi Landau, qui a récemment déclaré lors d’un voyage en Chine qu’« Israël est devenu une super­puis­sance gazière. Ces décou­vertes ont le pouvoir de faire d’Israël un acteur prin­cipal sur le marché du gaz international ».

[1] cette question de l’appropriation par Israël des res­sources natu­relles de la région n’est pas nou­velle. Voir Le rapt des réserves natu­relles de Gaza par Israël (partie 1)