Liban : Encore plus de difficultés prévues pour les réfugiés de Nahr al-​​Bared

Irin, lundi 10 novembre 2008

Le camp de Nahr al-​​Bared a été dévasté l’année der­nière, lors de 15 semaines de conflit entre l’armée et les insurgés du Fatah

Tandis qu’il ramasse des mor­ceaux de plas­tique et de papier sur un tapis roulant couvert de gravas, Issam Sayyed indique une maison blanche der­rière lui, dont les murs sont criblés d’impacts de balle et dont le toit s’est effondré.

« C’est ma maison », explique ce réfugié pales­tinien, père de neuf enfants, déplacé du camp de Nahr al-​​Bared, dans le nord du Liban, dévasté l’année der­nière, au cours d’une guerre de 15 semaines qui a opposé l’armée aux insurgés islamistes.

Bientôt, les bull­dozers qui déblaient les ruines vont démolir la maison blanche ainsi que les autres, et les restes du domicile de M. Sayyed lui pas­seront entre les mains, à mesure qu’il triera les décombres pour un salaire de 13 dollars par jour.

De l’autre côté du camp, dans un lieu d’hébergement tem­po­raire connu sous le nom de la caserne, la femme de M. Sayyed pleure la mort de leur dixième fils, encore bébé. L’enfant est décédé pour n’avoir pas reçu les soins médicaux qu’il lui fallait, quatre jours à peine après sa nais­sance, selon son père.

Parce que la com­mu­nauté inter­na­tionale en général, et les pays arabes en par­ti­culier, n’ont pas répondu à l’appel huma­ni­taire d’urgence lancé au nom des habi­tants de Nahr al-​​Bared, la vie des réfugiés comme M. Sayyed va devenir encore un peu plus difficile.

L’appel d’urgence lancé par l’agence des Nations Unies pour les réfugiés pales­ti­niens (UNRWA) pour sol­li­citer la somme de 42 mil­lions de dollars afin de couvrir les besoins huma­ni­taires immé­diats des 30 000 Pales­ti­niens déplacés de Nahr al-​​Bared reste presque sans réponse.

Seuls les Etats-​​Unis et la Norvège se sont mani­festés ; l’UNRWA devra donc ce mois-​​ci réduire de 200 à 150 dollars par mois les aides au logement versées à 3 200 familles déplacées, et diminuer le nombre de pro­duits qui com­posent les paniers ali­men­taires reçus par chaque famille.

En juin, l’UNRWA a annoncé qu’elle avait besoin d’environ 445 mil­lions de dollars pour recons­truire le camp de réfugiés (à la fois le Nouveau Camp ainsi nommé, qui a subi de graves dégâts, et le Vieux Camp initial, plus petit, aujourd’hui entiè­rement détruit).

Jusqu’ici, l’UNRWA dit avoir reçu à peine 70 mil­lions de dollars, dont 88 pour cent pro­viennent de dons occidentaux.

L’OPEP, l’Organisation des pays expor­ta­teurs de pétrole, com­posée de 13 membres dont les revenus devraient atteindre cette année la somme record de plus de 1 000 mil­liards de dollars, a donné à peine cinq mil­lions de dollars pour financer la recons­truction de Nahr al-​​Bared. Six membres de l’OPEP sont des pays du Moyen-​​Orient.

L’opération prévue de déblayage des décombres, d’une durée de 18 mois et d’un coût de 20 mil­lions de dollars, n’a été qu’à moitié financée par l’Union euro­péenne (UE). En juillet 2007, l’Arabie saoudite a donné 12 mil­lions de dollars à l’UNRWA pour aider les familles déplacées à payer leur loyer et à acheter des vivres, mais jusqu’ici aucun gou­ver­nement arabe ne s’est engagé à financer la recons­truction du camp, à long terme.

« Les rêves et les accom­plis­se­ments d’un peuple qui attend depuis 60 ans une solution juste à son sort sont ense­velis sous ces mil­liers de tonnes de décombres », a déclaré Filipo Grandi, Com­mis­saire général adjoint de l’UNRWA, au cours d’une confé­rence de presse tenue à Nahr al-​​Bared, le 29 octobre, à l’occasion du lan­cement de l’opération de déblayage.

« Les finan­ce­ments consti­tuent le plus grand défi auquel nous nous trouvons confrontés […] Je suis abso­lument sûr que les bailleurs occi­dentaux et orientaux ver­seront les fonds dont nous avons tant besoin. Il en va de la sta­bilité de la région et du bien-​​être et de l’avenir de 30 000 per­sonnes. C’est trop important pour être ignoré ou oublié ».

Tandis qu’il s’exprimait, une poignée de Pales­ti­niens mani­fes­taient bruyamment devant le lieu de la confé­rence de presse, accusant la com­mu­nauté inter­na­tionale de les abandonner.

« Pour ceux qui croient aux droits humains, ce que fait l’UNRWA est un crime contre l’humanité », s’est écrié Arkan Bader, un repré­sentant furieux du Front popu­laire de libé­ration de la Palestine (FPLP), une faction implantée à Nahr al-​​Bared.

« Ils ont réduit de 15 pour cent la cou­verture des frais médicaux. Les pays du Golfe ont promis en juin de verser la moitié des sommes qu’ils se sont engagés à donner [pour Nahr al-​​Bared], mais jusqu’ici, ils n’ont rien payé ».

L’ampleur de la tâche qui incombe à l’UNRWA et à d’autres orga­nismes chargés des opé­ra­tions de recons­truction et de réta­blis­sement à Nahr al-​​Bared a été mise en exergue par l’évaluation d’un démineur, qui dirige l’opération d’enlèvement des muni­tions non-​​explosées (UXO) qui se trouvent parmi les ruines du camp.

Paul Leader, res­pon­sable des opé­ra­tions à Nahr al-​​Bared pour Han­dicap Inter­na­tional, que l’UNRWA a engagé pour retirer les UXO, estime qu’il faudra peut-​​être deux ou trois ans pour ter­miner le travail, bien que le contrat initial se limite à un an.

« Jamais un travail d’une telle ampleur, face à un tel degré de conta­mi­nation, n’a été réalisé », a déclaré le démineur che­vronné, fort d’une expé­rience en Irak et aux Balkans. « Dans toute guerre conven­tion­nelle, 10 à 15 pour cent des explosifs n’explosent pas. Et beaucoup ont été lancés, ici ».