Lettre depuis une prison israélienne

Cynthia McKinney, mercredi 8 juillet 2009

Une mili­tante états-​​unienne pour les droits humains, ancienne séna­trice, a été empri­sonnée en Israël pour avoir, avec le navire de Free Gaza, tenté de briser le blocus israélien inhumain qui étrangle Gaza [[elle a été libérée le 7 juillet. Ses cama­rades du Spirit of Humanity l’ont été également].

Je suis Cynthia McKinney et je parle depuis ma cellule, dans une prison israé­lienne à Ramle. [Je fait partie] des 21 acti­vistes des droits humains du Free Gaza Movement incar­cérés actuel­lement pour avoir essayé de trans­porter de l’aide médicale, des maté­riaux de recons­truction - et même des crayons pour enfants ; j’avais une valise remplie de crayons pour les enfants. Pendant notre tra­versée, en route pour Gaza, les Israé­liens ont menacé de tirer sur notre bateau, mais nous n’avons pas fait demi-​​tour. Les Israé­liens ont arrai­sonné le bateau et nous ont détenus parce que nous vou­lions offrir des crayons aux enfants de Gaza. Nous sommes détenus et nous voulons que les citoyens du monde sachent comment on nous a traités parce que nous vou­lions livrer de l’aide huma­ni­taire au peuple de Gaza.

Au début de l’opération israé­lienne, inti­tulée « Plomb Durci » [en décembre 2008], je suis montée à bord d’un bateau du Free Gaza Movement, avec un jour de préavis, et j’ai essayé, en tant que repré­sen­tante des États-​​Unis dans une délé­gation multi-​​nationale, de livrer 3 tonnes d’aide médicale à Gaza déjà assiégée et ravagée.

Pendant "Opé­ration Plomb Durci", des avions F-​​16, fournis par les États-​​Unis, ont lâché leurs feux infernaux sur un peuple pris au piège. Le net­toyage eth­nique s’est trans­formé en un génocide géné­ralisé, purement et sim­plement. Du phos­phore blanc, de l’uranium appauvri, de la tech­no­logie robo­tique, des muni­tions DIME et des armes à sous-​​munitions, fournis par les États-​​Unis - des nou­velles armes pro­vo­quant des bles­sures encore jamais traités par les médecins jor­da­niens et nor­vé­giens. Les médecins, qui pré­sents à Gaza pendant le mas­sacre israélien, m’ont dit plus tard que Gaza était devenue le vrai labo­ra­toire d’Israël pour tester ses armes, les per­sonnes étant uti­lisées comme cobayes pour tester et amé­liorer l’efficacité du taux de mor­talité de ses armes.

Grâce à Al Jazeera, dif­fusée en arabe et en anglais, et à Press TV, dif­fusée en anglais, le monde a pu voir la vio­lence mépri­sable d’Israël. J’ai vu ces trans­mis­sions, jours et nuits en direct, non pas aux États-​​Unis mais au Liban où ma pre­mière ten­tative pour rentrer à Gaza s’était ter­minée car les mili­taires israé­liens avaient éperonné, dans les eaux inter­na­tio­nales, le bateau à bord duquel j’étais… C’est un miracle si je suis ici pour écrire sur ma deuxième ren­contre avec les mili­taires israé­liens, une autre mission huma­ni­taire avortée par les mili­taires israéliens.

Les auto­rités israé­liennes ont essayé de nous faire confesser que nous avions commis un crime .. Je suis main­tenant connue comme la pri­son­nière d’Israël numéro 88794. Comment puis-​​je être en prison pour avoir ras­sembler des crayons pour les enfants ?

Le sio­nisme est sûrement arrivé au terme de sa légi­timité si ceci est sa réponse aux per­sonnes croyant tel­lement pro­fon­dément dans les droits humains pour tous qu’ils mettent leur propre vie en jeu pour les enfants de quelqu’un d’autre. Israël est l’expression du sio­nisme à son summum, mais si Israël a peur pour sa sécurité car des enfants de Gaza ont des crayons, alors non seulement Israël a perdu son dernier lambeau de légi­timité mais Israël doit aussi être déclarée un état défaillant.

Je risque d’être déportée par un état qui m’a amenée ici sous la menace des armes après avoir réqui­si­tionné notre bateau. J’ai été amenée en Israël contre mon gré. Je suis retenue dans une prison car j’avais un rêve, celui que les enfants de Gaza puissent colorier et peindre, que les bles­sures de Gaza puissent être soi­gnées et que les maisons bom­bardées de Gaza puissent être reconstruites.

Mais j’ai appris une chose inté­res­sante en étant dans cette prison. Pre­miè­rement, la popu­lation est majo­ri­tai­rement noire : peuplée prin­ci­pa­lement par des éthio­piennes qui, elles aussi, avaient un rêve… comme mes com­pagnes de cellule, dont une d’elles est enceinte. Elles ont toutes une ving­taine d’années. Elles pen­saient qu’elles venaient en Terre Sainte. Elles avaient un rêve, que leurs vies soient meilleures… L’Éthiopie, autrefois fière et jamais colo­nisée, [s’est retrouvée] sous la coupe des États-​​Unis et est devenue un lieu de torture, de "ren­dition" (transfert et détention secrète) et d’occupation. Les éthio­piens doivent libérer leur pays car les poli­tiques des super-​​puissances [sont] devenues plus impor­tantes que les droits humains et l’autodétermination.

Mes com­pagnes de cellule sont venues en Terre Sainte pour se libérer des exi­gences des poli­tiques des super-​​puissances. Elles n’ont commis aucun crime à part celui d’avoir eu un rêve. Elles sont venues en Israël car elles pen­saient qu’Israël leur offrait un espoir. Leur voyage pour Israël, passant par le Soudan et l’Égypte a été très ardu. Je peux seulement ima­giner ce que se fût pour elles. Et il n’était pas donné. Beaucoup d’entre elles sont le symbole des efforts col­lectifs impor­tants de leurs familles. Elles se sont frayées un chemin jusqu’à la Haute Com­mission aux Réfugiés de l’ONU. Elles ont reçu leurs papiers d’identité jaunes. Elles ont eu leurs cer­ti­ficats pour la pro­tection de la police. Elles sont des réfu­giées de la tra­gédie et elles sont arrivées en Israël et seulement après qu’elles soient arrivées, Israël leur a dit "il n’y a pas d’ONU en Israël".

La police, ici, est libre de les attraper et de les donner en pâture à un sem­blant de système judi­ciaire. Chacune de ces femmes, superbes, dili­gentes et fières, est l’espoir de toute sa famille. L’image d’Israël les a bien eu et nous avec. Dans une cam­pagne de publicité astu­cieuse et dif­fusée à grande échelle, Israël s’est repré­sentée lui-​​même comme le premier lieu de refuge et de sécurité pour les juifs et les chré­tiens. Moi aussi, j’ai cru en cette publicité et j’ai manqué de regarder plus en profondeur.

La vérité est qu’Israël a menti au monde. Israël a menti aux familles de ces jeunes femmes. Israël a menti aux femmes elles-​​mêmes qui main­tenant sont prises au piège dans le centre de détention de Ramle. Et qu’allons nous faire ? Une de mes com­pagnes de cellule a pleuré aujourd’hui. Elle est ici depuis 6 mois. En tant qu’Américaine, pleurer avec elles n’est pas assez. La poli­tique des États-​​Unis doit être amé­liorée et alors que le pré­sident Obama donne 12.8 mil­liards de dollars aux élites finan­cières des États-​​Unis, il devrait être clair que l’espoir, le chan­gement et le "oui, nous pouvons" furent de très fortes images de dignité et d’accomplissement de soi, indi­vi­duel­lement et natio­na­lement en les­quelles, de partout, les per­sonnes assiégées ont réel­lement cru.

C’était une cam­pagne de publicité ron­dement menée, habi­lement vendue au monde et aux élec­teurs amé­ri­cains, tout comme la publicité d’Israël le fut au monde. Nous nous sommes tous fait avoir, mais plus tra­gi­quement, ces jeunes femmes.

Nous devons voter en toute connais­sance de cause pour de meilleurs can­didats désireux de nous repré­senter. J’ai lu et relu la lettre du Dr. Martin Luther King Junior écrite depuis une prison de Bir­mingham. Jamais dans mes rêves les plus fous, je n’aurais imaginé que moi aussi, un jour je devrais en écrire une. Il est clair que les contri­buables en Europe et aux États-​​Unis ont beaucoup à se repentir pour ce qu’ils ont fait à d’autres autour du monde.

Quelle ironie ! Mon fils rentre à l’école de droit sans moi car je suis en prison, en essayant de faire de mon mieux, à ma manière, pour les enfants d’autres per­sonnes. Par­donne moi, mon fils. Je suppose que je suis en train de connaître la dure réalité, la raison pour laquelle les gens ont besoin de rêver. [Mais] j’ai de la chance. Je sor­tirai de cet endroit. Est-​​ce qu’Israël est devenue le lieu où les rêves meurent ?

Demandez-​​le au peuple pales­tinien. Demandez-​​le à la file inin­ter­rompue d’hommes noirs et asia­tiques que je vois arriver à Ramle. Demandez-​​le aux femmes de ma cellule. [Demandez-​​vous :] Qu’êtes-vous prêts à faire ?

Chan­geons le monde ensemble et réapproprions-​​nous ce dont nous avons tous besoin en tant qu’êtres humains : la Dignité. Je demande aux Nations Unies que ces femmes, qui n’ont rien fait de mal sinon d’avoir cru en Israël comme gar­dienne de la Terre Sainte, soient réins­tallées dans des maisons pai­sibles. Je demande au dépar­tement d’État des États-​​Unis d’inclure la situation déses­pérée des réfugiés cer­tifiés par le HCR et détenus dans le rapport sur Israël lors de son rapport annuel sur les droits humains. Je demande, une fois encore, au pré­sident Obama d’aller à Gaza : dépêchez votre envoyé spécial, Georges Mit­chell, là-​​bas pour qu’il ren­contre le Hamas en tant que parti élu par les palestiniens.

Je dédicace ce message à celles et à ceux qui se battent pour une Palestine libre, et aux femmes que j’ai ren­contrée à Ramle.

Je suis Cynthia McKinney, connue comme pri­son­nière de Ramle numéro 88794, le 2 juillet 2009.