Lettre à Monsieur le Ministre de la Justice et Garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas

Jean-Pierre Jeudy, vendredi 25 novembre 2016

Jean-Pierre Jeudy
Maire Honoraire de Carhaix
Chemin de roz ar gall, 29270 Carhaix

à Monsieur le Ministre de la Justice et Garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas

Monsieur le Ministre,

Je prends connaissance de votre réponse à Mme la Députée Nachury à propos de la pénalisation des appels au boycott des produits israéliens.

J’ai toujours en tête la lettre parfaitement argumentée que vous aviez adressée à votre prédécesseuse Mme Taubira pour lui demander l’abrogation de cette inique circulaire Alliot Marie. Quelle volteface ! Il faut une bonne dose de mauvaise foi pour assimiler à de la discrimination d’un groupe ethnique une action citoyenne non-violente qui se fixe clairement comme objectif la lutte contre la politique de colonisation et d’apartheid du gouvernement israélien.

Je reviens d’un séjour en Palestine. Comment ne pas parler d’apartheid quand s’éternise une occupation illégale ? Quand dans leur propre pays, à Hébron, des rues entières sont interdites aux Palestiniens, comme hier certains quartiers des villes d’Afrique du sud l’étaient aux Noirs ? Quand un jeune Palestinien de 16 ans peut être tué par le tir d’un soldat israélien pour avoir jeté une pierre en direction de son véhicule ? C’est ce qui vient de se passer le 2 octobre dernier à El Arroub, le camp jumelé avec Carhaix ?

Devant tant d’injustices et de brutalités et aussi l’impunité de cette politique qui sont l’une des causes du chaos dans lequel s’enfonce cette région, comment rester indifférent ?

L’appel au boycott des produits Israéliens est-il moins légitime que celui dirigé hier contre le régime raciste d’Afrique du Sud, ou aujourd’hui celui auquel appellent les gouvernements occidentaux contre la Russie après l’annexion (l’occupation ?) de la Crimée ?

Même si la solidarité gouvernementale vous contraint à ne pas reconnaitre la légitimité de l’appel au boycott, comment peut-elle conduire à criminaliser cette pratique par un détournement de la loi ? Laisser poursuivre des militants qui agissent au nom des meilleures valeurs de la gauche : la lutte contre le racisme, pour le respect du droit international, pour la justice, la liberté et l’égalité entre tous les peuples, c’est rappeler les plus mauvais souvenirs des gouvernements de gauche de l’époque de la guerre d’Algérie. On a vu ce qu’il en est advenu : la gauche disqualifiée et la droite au pouvoir pour plus de 30 ans.

Au moment où le Premier Ministre appelle au rassemblement de la gauche toute entière, comment peut-il être entendu lorsqu’il s’obstine à poursuivre une partie de ses meilleurs militants ?

Comment, même à un deuxième tour, aller voter pour un gouvernement qui choisit de nous poursuivre en justice quand il reste sans réagir devant ce crime de guerre perpétré par ce soldat franco-israélien qui au printemps dernier à Hébron a achevé d’une balle en pleine tête le blessé Palestinien qui gisait sans défense à ses pieds. Franco-Israélien, donc passible de la Justice Française.

En espérant que vous reste à l’esprit ce que vous écriviez à Mme Taubira en tant que Président de la commission des lois à l’Assemblée Nationale : « l’incitation à punir ce militantisme constitue une atteinte à la démocratie et aux libertés fondamentales » et sachant aussi le sujet complexe, je suis à votre disposition, si vous le souhaitez, pour en discuter avec vous à l’occasion d’une de vos venues dans le Finistère.

Je vous prie de recevoir, Monsieur le Ministre la Justice et Garde, mes respectueuses salutations.

Carhaix le 24 novembre 2016
Jean-Pierre Jeudy

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