Les scénarios d’implantation

Morsi Attalla, vendredi 19 juin 2009

Les dis­cours qui se répètent der­niè­rement sur la pos­si­bilité d’implanter les réfugiés pales­ti­niens dans leurs pays d’accueil… émanent d’une volonté d’engendrer un dif­férend arabo-​​palestinien

Les dis­cours qui se répètent der­niè­rement sur la pos­si­bilité d’implanter les réfugiés pales­ti­niens dans leurs pays d’accueil ne sont pas de simples tests pour connaître la réaction arabe et pales­ti­nienne. Ils émanent d’une volonté d’engendrer un dif­férend arabo-​​palestinien afin d’isoler et d’affaiblir la position pales­ti­nienne dans sa bataille acharnée de négo­cia­tions pour le statut final. L’objectif serait même d’engendrer un heurt où se mêleront toutes les cartes entre les pro­ta­go­nistes de l’implantation des Pales­ti­niens dans leurs pays d’accueil et entre ceux qui y répondent en bran­dissant l’arme de l’expulsion. Le résultat sera l’ébranlement du droit au retour qui est l’essence même de la cause pales­ti­nienne depuis 61 ans.

Lancer ces dis­cours ces jours-​​ci n’est pas le fruit du hasard. Ils coïn­cident avec l’apparition d’indices évidents sur le sérieux du pré­sident Obama de ranimer le pro­cessus de paix selon l’idée des deux Etats. L’objectif est de donner à Israël le pré­texte pour échapper à l’une des plus impor­tantes obli­ga­tions du règlement final, soit le droit au retour des réfugiés de 1948 et des déplacés qui ont fui leurs terres en 1967 ou du moins de lui per­mettre de mar­chander le nombre de Pales­ti­niens qui pourront revenir sur les ter­ri­toires de l’Etat pales­tinien prévu. Et cela, de sorte qu’il soit le plus limité pos­sible ne repré­sentant qu’une partie minime des déplacés de 1967 dont le nombre s’élève à plus de 800 000 Pales­ti­niens. Quant aux réfugiés de 1948, Israël parie sur sa capacité à ne pas per­mettre leur retour. Bien que la réso­lution n° 194 du Conseil de sécurité de l’Onu soit claire et nette sur le droit au retour et à la com­pen­sation des Pales­ti­niens, les Israé­liens conti­nuent cependant à pré­tendre qu’ils doivent se contenter de l’un des deux droits seulement.

En suivant des rap­ports amé­ri­cains et israé­liens relatifs aux éven­tuels scé­narios concernant cette question épineuse dans les pour­parlers du statut final, on réalise immé­dia­tement qu’Israël continue à parier sur une paix boi­teuse. Il continue à baser ses comptes sur une entité pales­ti­nienne limitée ne s’élevant pas à un Etat intègre géo­gra­phi­quement et écono­mi­quement. Le point de départ dans la réa­li­sation de ce plan sera d’établir une contre­partie entre l’acceptation d’Israël d’instaurer un Etat pales­tinien et entre le renon­cement au droit au retour des réfugiés de 1948 et des déplacés de 1967, de sorte qu’Israël veuille bien ne pas s’opposer à ce que l’Etat pales­tinien prévu soit un Etat pour les Pales­ti­niens, où qu’ils soient. Un Etat pales­tinien qui leur octroie la natio­nalité et les pas­se­ports pour qu’ils s’installent dans les pays d’accueil avec des pas­se­ports pales­ti­niens et des cartes de séjour dans les pays de la dia­spora, que ce soit des pays arabes ou étrangers.

L’intensification des scé­narios d’implantation des Pales­ti­niens dans leur pays d’accueil ces jours-​​ci, avant que ne com­mencent les négo­cia­tions du règlement final avec le soutien et le par­rainage de la nou­velle Admi­nis­tration amé­ri­caine, est un moyen de pression précoce. Et ce sous pré­texte de l’opposition du judaïsme de l’Etat avec l’acceptation de citoyens non-​​juifs d’une part et de l’incapacité de l’Etat pales­tinien prévu avec sa super­ficie limitée d’assimiler des réfugiés et des déplacés d’autre part.

Per­sonne ne peut obliger les Pales­ti­niens à signer un règlement final ne répondant pas à leurs demandes légi­times et ne cor­res­pondant pas aux réfé­rences fon­da­men­tales du pro­cessus de paix.

Selon le principe le plus simple de la justice poli­tique, le retour des réfugiés sur leurs terres doit avoir la priorité sur ceux qui s’en sont appro­priés sans aucun droit. Il doit y avoir au moins une égalité entre le droit au retour des Pales­ti­niens et la pré­tention d’implantation des Israé­liens sous l’ombrelle d’une étrange loi inventée par Israël sous le nom aussi de droit au retour. Cette loi donne le droit à tout juif au monde de quitter son pays et d’obtenir, en plus de la natio­nalité israé­lienne, un logement et un emploi dès son arrivée en Israël.