Les sans papiers palestiniens

des étudiantes de Gaza, mercredi 19 septembre 2007

Que sentez vous si on vous prive de votre droit à la citoyenneté ? Que pensez vous de gens qui n’ont pas la carte d’identité dans leur propre pays ? Est-​​ce que les droits de l’homme garan­tissent ce droit là pour tout le monde ou pas ?

Les Pales­ti­niens vivant en Palestine qui n’ont pas une carte d’identité sont nom­breux soit à Gaza soit en Cis­jor­danie et dans cet article on essaye un peu de faire le point sur leur souf­france parce que c’est un pro­blème très grave pour n’importe quel citoyen dans le monde entier et à notre avis c’est le moindre droit qu’on peut avoir dans un pays mais comme on dit tou­jours ; en Palestine il y a tou­jours des excep­tions…

Karmel, Asma, Yasser et Islam sont des exemples concrets des jeunes Pales­ti­niens, surtout des étudiants, qui vivent dans la bande de Gaza sans carte d’identité et qui souffrent beaucoup de ce pro­blème qui change beaucoup de choses dans leur vie et qui influence leurs déci­sions concernant leur avenir.

"L’identité c’est moi, mon exis­tence, c’est ma liberté de se déplacer et de voyager" Voici ce que l’identité repré­sente pour Yasser Hegazy, un étudiant en "com­mu­ni­cation et médias" en 2ème année, fils d’un père pales­tinien et une mère égyp­tienne. La famille de Yasser a quitté l’Egypte en 1998 pour s’installer fina­lement à Gaza mais ce n’était pas le cas de Yasser lui-​​même qui avait l’intention de revenir en Egypte pour faire ses études uni­ver­si­taires d’aviation mais il ne savait pas qu’il allait être obligé de changer tous ces plans et de choisir un autre domaine et bien sûr d’ oublier ses rêves d’être pilote " mon étude n’est pas mon choix c’est une contrainte à laquelle j’essaie de m’adapter".

A part ça, il a raté plu­sieurs bourses et par­ti­ci­pa­tions dans des fes­tivals et des ren­contres inter­na­tio­nales qui peuvent lui donner la chance à connaître de nou­veaux gens et de cultures dif­fé­rentes.

"J’ai eu la chance de voyager en Tunisie pour repré­senter la Palestine dans une ren­contre pour les jeunes mais j’ai pas pu partir, la carte d’identité est tou­jours l’obstacle". Le plus grave c’est qu’il avait besoin de voyager pour se soigner hors de la Palestine parce qu’il était malade mais ça non plus ne mar­chait pas.

Et quand on lui a demandé de nous citer la situation qui l’a beaucoup touché puisqu’il n’a pas de carte d’identité, il nous a répondu avec beaucoup de tris­tesse qu’il n’a pas vu sa grande mère avant sa mort, il était très impres­sionné en disant que "ce petit papier m’empêche de voir ma grande mère que j’ aime beaucoup".

Les parents de Yasser étaient pré­sents dans son témoi­gnage :"au moins je suis parmi ma famille et mes amis mais Maman n’a pas le droit de voir les siens et avec le temps sa peine augmente".

Et pour son père il a de l’argent dans une entre­prise en Egypte mais il ne peut pas voyager pour le récupérer.

En parlant du papier qu’on lui donnait avec ses sem­blables comme carte tem­po­raire il a dit que ça ne sert à rien mais en même temps avec cette carte on lui a donné l’espoir qu’il y a des gens qui s’intéressent à nous et à notre souf­france. "J’ai tou­jours l’espoir que ça va se régler un jour mais je ne peux qu’attendre, je n’ai pas d’ autre choix. Je suis pri­sonnier et je ne peux rien faire".

Et pour le rôle des médias, concernant leur pro­blème il a dit : "je vois que les médias n’abordent pas notre pro­blème sauf si les res­pon­sables acceptent et per­mettent de le faire" et quand on lui demande ce qu’il va faire s’il devient un jour­na­liste connu il a répondu en sou­riant " j’espère qu’on trouvera la solution avant même d’avoir mon diplôme".

Karmel Salama est une jeune fille née en Algérie, son père était militant et pri­sonnier en 1967, au bout d’ un an il a été libéré et il a quitté la Palestine sous la contrainte israé­lienne et bien sûr quand il est rentré avec sa famille en 1998 après une longue nos­talgie pour la patrie il se trouve sans carte d’identité.

Karmel avait 20 ans et après avoir terminé ses études sco­laires elle avait envie de partir étudier les médias soit en Egypte soit à Cuba mais c’était le premier choc pour elle …c’est impos­sible de voyager et à l’université Al-​​ Aqsa elle a choisi le même domaine mais elle savait très bien que son envie de continuer ses études supé­rieures allait rester comme un rêve loin d’être réalisé puisqu’elle n’a pas la carte d’identité.

Et comme jeune fille motivée et active elle était sélec­tionnée pour par­ti­ciper dans une ren­contre en Italie pour l’échange culturel entre les jeunes de plu­sieurs pays euro­péens : "Toute ma vie j’ai attendu une chance comme celle-​​ci mais mal­heu­reu­sement je ne peux pas voyager". Pour elle c’était pas la seule chance parce qu’il y avait un autre voyage pour faire connais­sance avec les Pales­ti­niens qui vivent dans les camps libanais. " j’ai pleuré des nuits et des jours mais tout sim­plement je suis impuissante".

Elle ajoute "quand on m’a donné la carte tem­po­raire …je me suis dit une fois vaut mieux que jamais et ça sera sans doute le premier pas pour avoir la carte réelle et je com­mence à ima­giner et à rêver mais mal­heu­reu­sement c’était une grande illusion et ça n’a pas avancé. Fran­chement avec le temps et la situation actuelle j’ai perdu l’espoir que ce pro­blème pourra être réglé".

Et pour son avis sur les médias, elle dit : " je trouve qu’on parle de ce pro­blème mais per­sonne n’écoute sinon on ne trouve que des paroles seulement des paroles. Si j’ai le pouvoir je vais créer une asso­ciation qui repré­sente cette caté­gorie de la société pales­ti­nienne et on va consacrer les acti­vités à faire des mani­fes­ta­tions et des grèves pour montrer notre souf­france et faire entendre notre voix aux res­pon­sables et surtout je vais pro­poser de faire un comité spécial pour négocier avec ces responsables" .

Et à la fin, elle invite les citoyens du monde à s’imaginer sans une carte d’identité et sûrement on va com­prendre leur souffrance.

Dans la partie sui­vante on demande à deux étudiants du dépar­tement de français qui n’ont pas la carte d’identité de répondre à nos ques­tions.

Et voici les réponses de Asma Abu Teer en 3ème année :

Pourquoi tu n’as pas de carte d’identité ?

Ma famille était en Algérie et en 1967 et on est venu à Gaza avec le retour de l’Autorité pales­ti­nienne en 1994.

Quelles sont les dif­fi­cultés que tu trouves avec ta famille à cause de ce problème ?

D’un part, je ne peux pas rentrer en Algérie ni moi ni ma famille et mon père ne peut pas toucher son salaire de la retraite. D’autre part, mes parents vou­draient bien faire le pèle­rinage mais ils y sont privés à cause de la carte d’identité. Moi, je suis privée de mon droit de continuer mes études ou tra­vailler en dehors de Gaza. Et comme étudiante de français, j’ai perdu plu­sieurs chances de voyager en France pour par­ti­ciper aux sorties de mon dépar­tement et déve­lopper mon niveau en français, ça me désespère beaucoup.

Tu peux nous décrire tes sentiments quand tu as eu une carte temporaire ?

Au début, j’étais très contente parce qu’elle me donne l’espoir de sortir et de voyager, mais mal­heu­reu­sement elle n’as pas aucune impor­tance que cir­culer dans la bande de Gaza. L’identité, qu’est ce que cela repré­sente pour toi ? Pour moi, l’identité c’est mon caractère comme Pales­ti­nienne, parce que sans elle je me sens que je n’ai rien de tout. Quand vous êtes sans identité et sans natio­nalité, alors, vous n’existez pas.

Est-​​ce que tu as l’espoir que ce problème va être régler un jour ?

Oui, bien sûr il y a tou­jours un espoir. Peut être si un grand res­pon­sable poli­tique fait des efforts pour résoudre ce pro­blème dont beaucoup de Pales­ti­niens souffrent.

Et pour Islam Dheer en 3eme année :

Pourquoi tu n’as pas une carte d’identité ?

J’étais en Egypte avec ma famille qui aim­migré en 1967 et je suis venu à Gaza en 1998.

Quelles sont les dif­fi­cultés que tu trouves avec ta famille à cause de ce problème ?

Quand j’étais au lycée je ne pouvais pas continuer mes études scien­ti­fiques parce qu’il n’y a pas de spé­cia­lités que j’aimais étudier à Gaza et je ne pouvais pas sortir en dehors de Gaza, alors, j’ai changé mes études scien­ti­fiques pour des études lit­té­raires qui ont plu­sieurs domaines à Gaza. Et à l’université, car je suis étudiant au dépar­tement de français, j’ai perdu plu­sieurs occa­sions pour voyager en France. Mais, je ne suis pas désespéré parce que j’ai un principe que" le coup qui ne vous tue pas vous ren­force". Deuxiè­mement, la fille que je vau­drais épouser est hors de Gaza, alors, je ne pouvais pas l’épouser..

Qu’est ce que tu as ressenti quand on t’a donné la carte temporaire ?

Cette carte n’as pas aucune impor­tance, pour moi elle ne m’aide pas dans ma vie et elle ne fait rien de tout.

l’identité, qu’est ce qu’elle représente pour toi ?

L’identité, c’est ma vie et mon avenir. J’ai besoin d’elle main­tenant parce que j’aimerais bien continuer mes études en France. Donc, mon avenir s’attache à l’identité.

Est ce que tu as l’espoir que ce problème va être réglé un jour ?

Moi, je vis avec l’espoir que je ne peux pas perdre, car à ce moment là je vais mourir. Alors, je vivrai de cet espoir en attendant qu’il se réalise !