Les régimes arabes au pied du mur

Djamel Bouatta, vendredi 2 janvier 2009

Pour les patriotes arabes, si la situation des Pales­ti­niens a atteint ce stade, c’est en grande partie à cause bien évidemment des divi­sions fra­tri­cides pales­ti­niennes mais à cause surtout de l’exploitation qui en a été faite par des pou­voirs arabes également anta­go­nistes même s’ils sont tous à l’aune du conser­va­tisme et de l’autoritarisme.

Plus de 350 morts et un millier de blessés et l’armée israé­lienne n’est pas près d’arrêter le mas­sacre. La suite de L’opération “Plomb durci” sera plus meur­trière avec son immi­nente offensive terrestre.

Les USA ont consenti, Olmert pavoise, la rue arabe grogne mais les régimes arabes se com­plaisent dans un silence assourdissant.

L’agression israé­lienne va prendre de l’ampleur et aussi para­doxal que cela puisse paraître, l’Union euro­péenne se bouge avant la Ligue arabe !

Les chefs arabes ne pour­raient se ren­contrer à Doha que ven­dredi 2 janvier, une fois qu’Israël aura achevé son forfait. Pourtant, ils savent que le temps joue contre leur propre pouvoir. La rue arabe est impon­dé­rable. Elle prend les tour­nants les plus périlleux. De l’appel à une troi­sième Inti­fadha, lancé par le numéro un de Hamas depuis Damas, qui embrase pro­gres­si­vement la Cis­jor­danie, aux mani­fes­ta­tions de colère réprimées dans plus d’une capitale arabe, ce sont tous les régimes arabes qui sont désormais pointés du doigt. Ils sont accusés de com­plai­sance, voire de com­plicité avec Israël. La poli­tique de l’autruche n’a jamais mené bien loin.

Pour les patriotes arabes, si la situation des Pales­ti­niens a atteint ce stade, c’est en grande partie à cause bien évidemment des divi­sions fra­tri­cides pales­ti­niennes mais à cause surtout de l’exploitation qui en a été faite par des pou­voirs arabes également anta­go­nistes même s’ils sont tous à l’aune du conser­va­tisme et de l’autoritarisme. La Palestine n’a-t-elle pas été perdue en 1948 à cause des men­songes et des dupli­cités arabes. Et soixante ans plus tard, la leçon n’a tou­jours pas été tirée.

Le monde arabe pourtant lié par la langue, la culture et la religion est tou­jours victime de ses propres jeux et calculs poli­ti­ciens, de son inca­pacité à exor­ciser ses pesan­teurs et des refus de ses diri­geants de s’ouvrir sur leurs sociétés les­quelles, aujourd’hui, exigent la dignité, la consi­dé­ration et la démo­cratie. Israël, bien entendu, se réjouit du dis­crédit de ses voisins, de la para­lysie de la Ligue arabe et s’emploie main­tenant à donner le coup de grâce à un Hamas certes isla­miste mais qui reste le seul à résister avec des Katioucha bri­colés par des fer­railleurs et qui, de toute évidence, ne fait pas le poids face au rouleau com­presseur israélien.

Israël prend même son temps, lar­gement. Les pays arabes aussi, qui ne se réuniront que dans trois jours, lorsque seront bou­clées les fêtes de fin d’année musulmane et chré­tienne ! Pour l’histoire, les régimes auront laissé Israël achever son sale boulot, réa­liser sa solution finale.

Quoi d’étonnant que, du Caire à Bey­routh en passant par Bagdad et la Cis­jor­danie, les mani­fes­ta­tions de rue dénoncent la “lâcheté arabe” et donnent du crédit aux isla­mistes. Du pain béni pour ces der­niers qui exploitent avec brio la fer­meture du champ poli­tique et média­tique et la liberté d’expression sur fond de répression et de vio­la­tions de toutes sortes qui carac­té­risent le monde arabe d’aujourd’hui.