Les réfugiés palestiniens au coeur de la paix

Charlotte Bozonnet, mardi 31 mars 2009

Les réfugiés pales­ti­niens se sont invités à Saint-​​Denis, à l’occasion de la confé­rence sur le droit au retour orga­nisée par l’Association pour les jume­lages entre les camps de réfugiés pales­ti­niens et les villes françaises.

Ils sont venus de Syrie, de Jor­danie, du Liban, de Cis­jor­danie (ceux de Gaza n’ont pas pu faire le dépla­cement), pour témoigner de l’exil, de cette « injustice his­to­rique » qui les prive de leur terre de puis soixante ans. Les 28 et 29 mars, s’est tenue, à Saint-​​Denis, la 2e Confé­rence inter­na­tionale sur le droit au retour des réfugiés pales­ti­niens, orga­nisée par l’Association pour les jume­lages entre les camps de réfugiés pales­ti­niens et les villes fran­çaises (AJPF). Près de 60 repré­sen­tants réfugiés pales­ti­niens y par­ti­ci­paient, mais aussi des res­pon­sables asso­ciatifs français et des per­son­na­lités poli­tiques pales­ti­niennes, fran­çaises et euro­péennes, venus exprimer leur soli­darité et dis­cuter des actions poli­tiques à mener pour que le droit au retour soit enfin appliqué. Un véri­table événement.

intimidations et discriminations

Tous ont rappelé que la question des réfugiés est au coeur de la réso­lution du conflit israélo-​​palestinien. « L’histoire de la cause pales­ti­nienne est indis­so­ciable de celle de ses réfugiés », a sou­ligné Hind Khoury, déléguée générale de Palestine en France, après que Patrick Braouezec, député de Seine-​​Saint-​​Denis, eut salué les délégués et répété son enga­gement pour la création d’un État pales­tinien auprès de celui d’Israël.

En Cis­jor­danie, au Liban ou en Syrie, tous les réfugiés par­tagent la souf­france de l’exil et la lutte pour le retour. Khadir Dibs vient du camp de Shoufat, jumelé avec Limay (Yve­lines). « Nous sommes confrontés à toute une série de mesures de dis­cri­mi­nation et d’intimidation de la part d’Israël, car notre camp est le seul qui se trouve au coeur de Jeru­salem Est », explique-​​t-​​il. Hausse des impôts, non-​​renouvellement des cartes d’identité, dis­cri­mi­nation à l’emploi, construction du mur : tout est mis en oeuvre pour la judaï­sation de Jéru­salem voulue par Israël. Milad Salameh habite, lui, le camp de Nahr El-​​Bared, au nord du Liban, jumelé avec la ville de Mitry-​​Mory. Et lieu d’affrontements très durs entre, d’une part, une faction isla­miste pales­ti­nienne, d’autre part l’OLP et l’armée liba­naise. Depuis, 13 000 per­sonnes y campent dans des abris de fortune, les autres ont été accueillies dans d’autres camps. « Le lieu était, avant 2007, une place com­mer­ciale. L’embargo, imposé depuis, y a créé une situation de grande détresse et de pau­vreté. Nous nous battons pour que le camp soit recons­truit, car il est notre identité », explique Milad. Raja Deeb, res­pon­sable de l’association Aidoun (« Nous revien­drons »), vit, lui, à Damas en Syrie, avec 450 000 réfugiés pales­ti­niens. Là, les condi­tions de vie sont assez sem­blables à celles de la popu­lation syrienne. « Notre pro­blème est poli­tique, sou­ligne Raja Deeb. Il est lié à l’exil et à l’occupation de nos terres. Toutes nos acti­vités poli­tiques sont tournées vers la question du droit au retour. »

Non respect de la résolution de l’onu

« Notre cause est d’une grande sim­plicité, a rappelé Ahmed Muhaisen, copré­sident pales­tinien, avec Fernand Tuil, de l’AJPF. Le droit au retour doit s’appliquer à tous les réfugiés pales­ti­niens sans exception. » Et ce, en appli­cation de la réso­lution 194 de l’ONU, qu’Israël a signée mais tou­jours refusée de res­pecter, et qu’il continue d’évacuer des dis­cus­sions de paix, dans un silence com­plice de la com­mu­nauté inter­na­tionale, États-​​Unis et UE en tête. Jean-​​Jacques Paris, secré­taire général de l’ANECR, a annoncé l’envoi d’une délé­gation de 103 élus français et repré­sen­tants asso­ciatifs en avril en Cis­jor­danie. Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité, qui dirige la liste du Front de gauche en Île-​​de-​​France aux pro­chaines euro­péennes, est venu sou­ligner la res­pon­sa­bilité de l’Europe, a dénoncé le rehaus­sement des rela­tions entre l’UE et Israël, et a rappelé le combat légitime pour la libé­ration du jeune Franco-​​Palestinien, Salah Hamouri, ainsi que celle de Marwan Bar­ghouti. À l’issue de la confé­rence, il a été décidé de lancer des jume­lages croisés en par­te­nariat avec des villes d’Europe.