Les réalités de la campagne présidentielle en Palestine occupée.

Claude Léostic, mercredi 29 décembre 2004

Le Figaro, Le monde… sou­lignent la bonne volonté israé­lienne concernant la cam­pagne élec­torale pour l’élection pré­si­den­tielle du 9 janvier 2005 en Palestine…

Le Figaro titre sur Internet :« Israël fait son pos­sible pour faci­liter la tenue, le 9 janvier, de l’élection pré­si­den­tielle pales­ti­nienne » , pré­cisant qu’« Israël se veut irré­pro­chable pour l’élection pré­si­den­tielle pales­ti­nienne. Le gou­ver­nement d’Ariel Sharon a ainsi donné hier son feu vert à une série de mesures des­tinées à faci­liter le bon dérou­lement du scrutin et surtout prouver sa bonne volonté ». [1]

Le Monde cite le général Sharon et com­mente : « "Il est important qu’il soit clair pour le monde entier qu’Israël a permis des élec­tions libres, justes et effi­caces", a affirmé dimanche M. Sharon, dont les propos tenus lors du conseil des ministres heb­do­ma­daire ont été retransmis par la radio publique. M. Sharon a fait ces décla­ra­tions peu avant que son gou­ver­nement n’adopte une série de dis­po­si­tions, mises au point ces der­nières semaines par des res­pon­sables israé­liens et pales­ti­niens sur l’organisation du scrutin, qui doit per­mettre de désigner le suc­cesseur de Yasser Arafat, décédé le 11 novembre.

Parmi les mesures figure un retrait de l’armée israé­lienne des villes de Cis­jor­danie pendant 72 heures avant, pendant et après l’élection, a-​​t-​​on indiqué à la pré­si­dence du conseil. » Le jour­na­liste ajoute qu’« Israël va également assurer la libre cir­cu­lation des 7 can­didats en lice et de ceux qui par­ti­cipent à leur cam­pagne, ainsi que des quelque 500 obser­va­teurs inter­na­tionaux qui doivent super­viser le scrutin. […] » pour conclure qu’ « à Jérusalem-​​est, les Pales­ti­niens ne pourront mener une cam­pagne élec­torale que dans des "lieux privés et non publics" et voteront dans cinq bureaux de poste, [comme l’] a indiqué la pré­si­dence du conseil. [2] »

Oui, mais…

S’il est vrai que Mahmoud Abbas semble pouvoir cir­culer sans dif­fi­culté, même après son premier dis­cours « dur » qui appelle à la fin de l’occupation, à la libé­ration des pri­son­niers et au droit au retour, cela n’est pas le cas d’autres candidats.

Ainsi, alors que des assas­sinats extra-​​judiciaires [3] main­tiennent une atmo­sphère de peur et d’insécurité, les dépla­ce­ments en Palestine occupée restent très limités, y compris pour des candidats.

Par exemple, Abdel­karim Shubair et Sayed Baraka ne peuvent tou­jours pas entrer de Gaza en Cis­jor­danie ni se déplacer de l’une des 16 cir­cons­crip­tions à une autre [4].

Mustafa Bar­ghouti, can­didat de l’Initiative Nationale Pales­ti­nienne, deuxième dans les son­dages, a été arrêté par l’armée israé­lienne à Jéru­salem -est hier 27 décembre, détenu à la prison de la Mos­kobieh à Jéru­salem avant d’être amené de force au check-​​point de Ramallah. Déjà mal­traité par les soldats israé­liens à Jénine et interdit d’entrée à Hébron avant le début officiel de la cam­pagne élec­torale début décembre [5] , Mustafa Bar­ghouti n’avait le droit que de « passer par Jéru­salem ». Pra­tique pour y tenir une réunion…

Le can­didat du Parti du Peuple [6], Bassam Al Sahi, frappé par les soldats d’occupation au check-​​point de Ramallah début décembre, s’est également vu interdire de dépla­cement à Jérusalem.

En outre, dans la Bande de Gaza, le ter­minal de Rafah à la fron­tière égyp­tienne est tou­jours fermé depuis le 13 décembre et des mil­liers de Pales­ti­niens sont dans l’impossibilité de rentrer à Gaza. A la situation sani­taire et écono­mique gra­vement dété­riorée s’ajoute le risque, si cette fer­meture se poursuit, de priver ces Pales­ti­niens du droit de voter [7].

Toutes ces mesures sont une inter­vention fla­grante dans l’élection pales­ti­nienne et montrent le véri­table visage de la « bonne volonté » israé­lienne qui ose demander la trans­pa­rence des élections.

Michel Rocard, qui mènera la mission d’observation des élec­tions pour l’Union Euro­péenne, reçu par le PCHR aujourd’hui 28 décembre, a pris connais­sances de la réalité de la situation à Gaza. Le PCHR a affirmé que pour que des élec­tions libres et justes puissent se dérouler, il est impé­ratif qu’Israël mette fin aux vio­la­tions des droits humains à l’encontre des Pales­ti­niens, aux attaques aériennes et incur­sions mili­taires répétées [8]et qu’il lève les entraves à la liberté de cir­cu­lation qui sont lar­gement répandues dans les Ter­ri­toires Pales­ti­niens Occupés.

Le PCHR a exprimé l’espoir que M. Rocard et sa délé­gation pourront, dans le cadre de leur mandat, inter­venir auprès des auto­rités israé­liennes afin qu’elles rouvrent le ter­minal de Rafah, faci­litent les dépla­ce­ments des obser­va­teurs pales­ti­niens dans les Ter­ri­toires Occupés y compris al Mawasi and al Sayafa [9].

Il y a actuel­lement 25 orga­ni­sa­tions de la société civile pales­ti­nienne, dont l’Association des Juristes Pales­ti­niens, al-​​Dameer (une asso­ciation de défense des droits humains), le Centre des Affaires des Femmes, et l’Institut Péda­go­gique Cana’an qui se coor­donnent dans le cadre du pro­gramme de sur­veillance de l’élection mis en place par le PCHR. Des ONGs inter­na­tio­nales vien­dront bientôt se joindre à ce travail. Au total 300 per­sonnes qui ont reçu une for­mation intensive sur le pro­cessus de sur­veillance d’élections, se déploieront dans la Bande de Gaza et d’autres en Cis­jor­danie, pour sur­veiller le dépouillement des résultats [10].

Quant aux quelque 600 obser­va­teurs étrangers qui arrivent en Palestine occupée, ils auront une res­pon­sa­bilité majeure : vérifier que les Pales­ti­niens sous occu­pation peuvent voter dans les condi­tions démo­cra­tiques prévues par leurs ins­ti­tu­tions alors que les troupes d’occupation, sous couvert de décla­ra­tions men­son­gères clai­ron­nantes de leur diri­geants, relayées par nos médias, tentent de miner le pro­cessus électoral.

[1] édition du 27 décembre 2004

[2] 27 12 2004

[3] cinq en quatre jours, le dernier hier à Naplouse au camp de réfugiés de Balata où une unité mili­taire en civil, des soldats israé­liens camouflés en Pales­ti­niens, a assassiné un membre des Bri­gades des Martyrs d’al Aqsa

[4] PCHR, 28 12 2004

[5] la cam­pagne offi­cielle a com­mencé le 25 12 2004 et finira le 7 janvier 2005

[6] ex parti communiste

[7] PCHR 28 12 2004

[8] aujourd’hui 28 décembre, un char a tiré sur des Pales­ti­niens à Gaza et en a blessé 9, tandis que des drones tiraient des mis­siles sur la voiture de mili­tants du Hamas, qui sont indemnes

[9] dans le sud et le nord de la Bande de Gaza, deux régions qui sont depuis des années sous siège israélien. Même l’ONU et la Croix Rouge ne peuvent y accéder qu’avec beaucoup de dif­fi­cultés. Les habi­tants sont coupés du reste de la Bande de Gaza et y mener cam­pagne ou sur­veiller le dérou­lement des élec­tions est quasi impossible.

[10] PCHR 28 12 2004