Les partis palestiniens dépassés par la jeunesse

La moyenne d’âge des dirigeants historiques est très éloigné de celle de la population, dont 70 % ont moins de 30 ans, et la mobilisation de la nouvelle génération pourrait bien redessiner la carte politique.

L’Orient le Jour avec AFP, dimanche 25 octobre 2015

Historiquement, ce sont eux qui ont mené la lutte et même commandité les attentats. Mais, depuis trois semaines, les partis politiques palestiniens sont dépassés par une jeunesse dont la mobilisation pourrait redessiner la carte politique, estiment les experts. Les partis fondés dans les années 1960 et jusqu’aux années 1980 ont à peine renouvelé leurs directions depuis. Leurs leaders ont entre 65 et 80 ans, l’âge du président Mahmoud Abbas, lui-même un des fondateurs en 1959 du Fateh. Une moyenne d’âge bien éloignée de celle de la population palestinienne : sur les 4,6 millions d’habitants de la Cisjordanie occupée et de la bande de Gaza, 4,4 % ont plus de 60 ans, 70 % ont moins de 30 ans. C’est cette génération qui, aujourd’hui, manifeste devant les barrages israéliens et jette des pierres sur les soldats. C’est aussi de ses rangs que sont venus les assaillants qui sèment la terreur parmi les Israéliens à coup d’attaques au couteau. Pour ces jeunes, ce sont les partis qui sont responsables de la division qui dure depuis les élections de 2006. L’année suivante, le mouvement islamiste Hamas a pris le pouvoir par la force dans la bande de Gaza au prix d’une quasi-guerre civile avec le Fateh, le parti du président Abbas. Depuis, l’Autorité palestinienne, basée à Ramallah et mise en place pour gouverner les Territoires en attendant un État indépendant, n’exerce plus ses prérogatives que sur la Cisjordanie occupée, séparée de la bande de Gaza par le territoire israélien. « Si la mobilisation perdure, il est possible qu’apparaisse un nouveau cadre qui dépasse les partis politiques palestiniens existants, car non seulement ces derniers ont vieilli, mais en plus ils représentent une force d’inertie » face à ce mouvement « mené par une jeunesse en colère qui a des rêves et le regard tourné vers l’avenir », explique le politologue Samih Chabib.

Nouvelles forces

Treize partis politiques sont regroupés au sein de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), l’entité dont émane l’Autorité palestinienne et qui est reconnue internationalement comme seule représentante des Palestiniens des Territoires et de la diaspora. Le Hamas et le Jihad islamique, les deux principales forces dans la bande de Gaza, sont également présents en Cisjordanie, mais ils n’ont pas intégré l’OLP. Certains dans les manifestations et les heurts se réclament de ces différentes formations. Mais, dans un climat de défiance généralisée vis-à-vis des politiciens largement discrédités et considérés comme corrompus, la grande majorité des manifestants assurent agir de leur propre chef. Quant aux attaques, si de nombreux partis les ont saluées, aucune n’a été clairement revendiquée. « Parmi les jeunes manifestants, il y a une vraie volonté de refuser une quelconque tentative des partis politiques de diriger le soulèvement, pour qu’ils n’en prennent pas le contrôle », affirme M. Chabib. Or, rappelle-t-il, le dernier test pour ces partis remonte aux élections de 2006 et a été cruel : ils n’ont obtenu que la moitié des sièges au Parlement. « C’est le signe qu’il ont perdu en popularité et n’incarnent plus les espoirs du peuple », dit-il. Le renouvellement des cadres et des structures « dépendra de la durée de la mobilisation », explique de son côté le politologue Ali Jarbaoui. Il estime possible « la formation de nouvelles forces ». Dans certaines manifestations, les jeunes refusent désormais les drapeaux des partis et ne brandissent que le drapeau palestinien au cri de « Union nationale ». Les cadres des partis traditionnels ne l’entendent pas de cette oreille. Pour Wassel Abou Youssef, dirigeant du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), la gauche historique, « les partis ne participent peut-être pas à 100 % à la contestation, mais ils y sont ». Même son de cloche au Fateh, où les officiels assurent y être aussi. Pour les jeunes du syndicat étudiant du Fateh, il n’est pas question d’attendre une solution venue d’en haut. Ils ont installé une table à l’entrée de Ramallah, là où jeunes et soldats israéliens s’affrontent quotidiennement près du checkpoint de Bet El. « Nous allons forcer le gouvernement d’occupation (israélien) à venir négocier avec les jeunes, à cette table même », disent-ils.