Les femmes entre les dynamiques de l’oppression et de la résistance

Nassar Ibrahim, jeudi 23 octobre 2008

Le rôle rempli par les femmes durant le combat national leur a permis de prendre conscience de leur ego et de ce rôle. Cette conscience s’est reflétée clai­rement à travers leur par­ti­ci­pation à l’Intifada et à toutes les formes de résistance.

La grande catas­trophe pales­ti­nienne de 1948 (la Nakba) et les catas­trophes qui ont suivi ont pro­voqué des cou­pures dra­ma­tiques entre les struc­tures pales­ti­niennes, poli­tiques, sociales et cultu­relles. Cependant, en raison des spé­ci­fi­cités de la structure sociale pales­ti­nienne et de l’histoire, c’est sur la situation sociale et psy­cho­lo­gique des femmes pales­ti­niennes que l’impact le plus fort s’est fait sentir. Les femmes pales­ti­niennes ont été, tant indi­vi­duel­lement que col­lec­ti­vement, les vic­times d’une oppression alté­rante à dif­fé­rents niveaux, sans avoir les oppor­tu­nités qui auraient permis de s’y adapter. Les femmes se sont soudain retrouvées au cœur d’un exil, d’une mar­gi­na­li­sation et d’une des­truction sys­té­ma­tique dont les Pales­ti­niens en général furent l’objet. A partir de ce moment, ce fut le combat des femmes pales­ti­niennes pour déve­lopper des stra­tégies per­son­nelles, fami­liales, natio­nales, en faveur des femmes, pour sur­monter cette tra­gédie et la dépasser.

Un rapide examen de l’histoire pales­ti­nienne depuis la Nakba jusqu’à nos jours illustre comment les femmes sont une partie inté­grante essen­tielle de cette his­toire, soit direc­tement soit indi­rec­tement ; les femmes y sont avec toute leur pré­sence, toute leur souf­france, et toute leur résis­tance ininterrompue.

Suite à la Nakba de 1948, les struc­tures sociales qui exis­taient se sont soudain effon­drées, tout comme les rela­tions unissant la com­mu­nauté pales­ti­nienne. De nom­breux Pales­ti­niens eurent le sen­timent d’être pré­ci­pités au fond d’un abîme immense ; per­tur­bation grave de la normale et du naturel. En rem­pla­cement, la per­tur­bation est devenue la norme, et les struc­tures et rela­tions sociales ont perdu ce qui les sou­tenait et les jus­ti­fiait. Pertes et incer­titude, autant que frus­tration psy­cho­lo­gique et oppression, ont dominé le peuple et l’ont poussé à de nou­velles situa­tions sans qu’il n’ait eu à choisir et à accepter.

Les Pales­ti­niens se sont trouvés confrontés à cette question exis­ten­tielle directe : « être ou ne pas être », et pas seulement au niveau poli­tique mais aussi au niveau per­sonnel. Comme l’instinct de survie s’est mis à dominer néces­sai­rement et est devenu la pre­mière des prio­rités, les Pales­ti­niens ne se sont pas pré­oc­cupés des autres ques­tions ou prio­rités. Pour bien com­prendre l’horrible nature du choc et ses impacts alté­rants sur les Pales­ti­niens, il est utile de rap­peler les traits essen­tiels qui carac­té­ri­saient la com­mu­nauté pales­ti­nienne avant la Nakba.

La communauté palestinienne avant la Nakba

La structure sociale pales­ti­nienne avant la Nakba se pré­sentait comme une com­mu­nauté d’hommes de la terre. Le village repré­sentait l’unité démo­gra­phique de base tant au niveau géo­gra­phique que social. Le village avait des racines pro­fondes dans l’histoire et une culture, des tra­di­tions et des cou­tumes atta­chées à sa terre et l’agriculture. Cette réalité a dominé les rela­tions et les struc­tures sociales et s’est clai­rement reflétée dans la nature de la famille pales­ti­nienne. L’une des prin­ci­pales carac­té­ris­tiques en était le domaine rural, avec sa grande surface et sa conception spé­ciale, ses murs d’enceinte et ses cours. Une telle structure répondait aux besoins rela­tionnels entre les pères et les des­cen­dants, entre les jeunes et les adultes, l’épouse et l’époux et les autres membres mas­culins de la famille. De telles rela­tions étaient dominées par des carac­té­ris­tiques cultu­relles qui avaient des racines pro­fondes dans l’histoire et un patri­moine his­to­rique. Dans un tel contexte, les valeurs sociales, les sys­tèmes et les limites des­si­naient le contour de la com­mu­nauté et for­maient sa structure patriarcale. De telles rela­tions se basaient aussi sur la dignité humaine et sur un lien fort avec la terre.

Ce tissu social com­mu­ni­quait avec les acti­vités écono­miques dans cet espace, de même l’économie natu­relle avec l’économie du travail. Ainsi, les rela­tions du travail s’accordaient avec le secteur agricole pour former une sorte de mixité entre hommes et femmes, telle une nécessité imposée par la nature du travail.

Une telle situation était régie par les valeurs de l’honneur et de la dignité, des valeurs consi­dérées comme mas­cu­lines, même si elle a permis un espace de contacts et d’ouverture. Ces valeurs et struc­tures ont permis un contrôle sur les femmes mais pas de les agresser, surtout si ces agres­sions avaient été com­mises par des per­sonnes exté­rieures au cercle de parents par le sang. Dans cette culture pales­ti­nienne, la position donnée aux femmes découlait du mythe cananéen et du rôle tenu par la déesse Anat, en plus du dyna­misme que ce mythe repré­sentait. Cette réalité se retrouve aussi dans les bro­deries des cos­tumes tra­di­tionnels pales­ti­niens, où elles vont plus loin que la seule dimension de la beauté afin de repro­duire les tra­di­tions et les mythes qui cano­nisent les femmes. Les bro­deries repré­sentent des amu­lettes et des pro­tec­tions spi­ri­tuelles des femmes et de leurs corps, ainsi que leur rôle essentiel dans la vie publique. De cette manière, on ne peut pas limiter la vie des femmes à leur domi­nation par la structure mas­culine de la communauté.

En citant cette dimension cultu­relle, je suis bien conscient de la relation dia­lec­tique entre la division sociale du travail et les impacts de la pro­priété privée et de ses réflexions sur la structure sociale et struc­tu­relle de tout groupe.

Par rapport à l’anthropologie, ces com­por­te­ments et struc­tures culturels ont des racines pro­fondes dans l’histoire, même si leurs impacts aujourd’hui peuvent être plus faibles que dans le passé. Dans l’évolution de la vie com­mu­nau­taire, de telles valeurs sont trans­férées d’un stade à un autre et font l’objet d’un pro­cessus sans fin de restruc­tu­ration et d’adaptation. Ainsi, au sein d’un stade précis, les valeurs sociales et cultu­relles et les pro­cé­dures paraissent n’avoir aucune logique dominant leur déve­lop­pement. Tou­tefois, elles sont le résultat de l’évolution et de la trans­for­mation que les groupes tra­versent au cours de leur vie, notamment les contra­dic­tions internes et celles avec le monde extérieur.

L’autre dimension qui carac­té­risait la com­mu­nauté pales­ti­nienne avant la Nakba fut le déve­lop­pement auquel on a pu assister dans les villes côtières depuis le début du siècle pré­cédent, en par­ti­culier durant la Pre­mière Guerre mon­diale. A cette époque, le com­merce était prospère et servait les puis­sances engagées dans la guerre. Une telle pros­périté écono­mique s’inscrivait clai­rement dans le déve­lop­pement qui pro­fitait aux ports pales­ti­niens, aussi bien que dans la construction de voies ferrées et de zones indus­trielles. En outre, la for­mation d’un mou­vement salarié et l’émergence de journaux locaux et d’organisations civiles consti­tuaient aussi des carac­té­ris­tiques d’un tel déve­lop­pement. En d’autres termes, la côte pales­ti­nienne jouait un rôle actif au sein de la vie écono­mique, sociale et cultu­relle et elle agissait davantage comme un lien avec le monde exté­rieur et la sphère arabe voisine. D’autre part, la zone côtière et ses exten­sions par paliers internes étaient parmi les terres pales­ti­niennes les plus fer­tiles. Les plaines pales­ti­niennes étaient célèbres pour leurs agrumes des­tinés non seulement à la Palestine, mais aussi aux pays voisins et aux autres pays du monde.

Après le déracinement des Palestiniens de leur terre

Cette brève étude a voulu décrire la situation d’avant 1948 en Palestine afin d’aider à bien com­prendre la com­pa­raison entre cette période et les cir­cons­tances apparues plus tard, après le déra­ci­nement des Pales­ti­niens de leur terre.

En 1948, la situation pales­ti­nienne évoquée ci-​​dessus a vécu un choc ter­rible qui a arraché la Palestine à elle-​​même et à son milieu envi­ronnant. Brus­quement, des cen­taines de mil­liers de Pales­ti­niens se sont retrouvés en dehors de leur terre et du temps. D’un coup, ils ont tout perdu, y compris leurs liens sociaux. Leur monde intime a été défiguré et tout le contexte écono­mique et social qui les envi­ronnait s’est effondré. Les Pales­ti­niens ont alors perdu leur envi­ron­nement, leurs biens, et leur équi­libre ; ils ont été coupés de tous côtés avec rien pour les sauver de toutes les hor­reurs de la catas­trophe. Au sein du mystère perdu, les rela­tions se sont déchirées et le tissu social s’est dissous, avec l’effondrement de l’ensemble des valeurs et des liens sociaux qui carac­té­ri­saient la com­mu­nauté pales­ti­nienne. La nature atroce de la catas­trophe s’est trouvée encore ren­forcée par la péné­tration en masse des réfu­giées dans les pays arabes voisins censés absorber le désastre et en atténuer les consé­quences pour les Pales­ti­niens, les­quels ont payé le prix de la défaite et de la col­lusion des régimes arabes officiels.

Les réfugiés se sont rués dans toutes les direc­tions, tentant de sauver leur vie. Une ruée incons­ciente qui mélan­geait les choses, les struc­tures, les valeurs et les concepts tout en essayant de redé­finir les prio­rités de la vie de façon à atténuer l’importance du passé et à se foca­liser sur l’avenir.

Dans ces cir­cons­tances, les femmes pales­ti­niennes ont été au milieu d’évènements et de chan­ge­ments qui ont posé des far­deaux sur leurs épaules ; elles n’ont pas eu le choix d’accepter ou de refuser. Les femmes se sont retrouvées en marge des villes arabes vaincues qui vou­laient échapper à cette défaite en blâmant les vic­times et en leur imputant leurs res­pon­sa­bi­lités. Les femmes pales­ti­niennes étaient au sein de familles déchirées avec des hommes censés assurer leur pro­tection ; dans le passé, les pri­vi­lèges attribués aux hommes étaient tou­jours jus­tifiés par le fait que les hommes pro­té­geaient les femmes. Mais la Nakba a détruit cette image et brus­quement, les hommes dans les camps de réfugiés ont été démunis de tout, même de leur dignité et du sens de leur mas­cu­linité. Ils ont plié sous la tempête, regardant leurs femmes (celles qui res­taient de leur famille) subir toutes sortes d’humiliations et d’insultes, la faim, la maladie et la mort, sans être en mesure de faire quoi que ce soit pour les protéger.

Cependant, les femmes pales­ti­niennes ne sont pas restées sta­tiques devant un tel chan­gement his­to­rique. Elles ont com­mencé à redé­finir des prio­rités dans leurs tâches non parce qu’elles étaient dominées par un désir de revanche, mais par celui d’une cer­taine conti­nuité qui naissait au fond d’elles-mêmes. Les mythes de la création étaient éveillés chez les femmes mais dans les limites que la nou­velle situation et la ten­dance à sub­sister et à pro­téger la famille auto­ri­saient. S’il est vrai que les femmes pales­ti­niennes ont tou­jours débattu de leur position et de leurs rela­tions avec la société patriarcale et la culture de domi­nation mas­culine, c’était tou­jours dans le cadre de cir­cons­tances sociales conti­nuel­lement évolu­tives, pas dans des condi­tions de bou­le­ver­se­ments sociaux tels que ceux pro­voqués par la Nakba.

La Nakba a poussé tout le monde, hommes et femmes, à un niveau anormal de la confron­tation. Tous se sont concentrés sur la nécessité de rétablir un certain niveau d’équilibre social tout en créant de nou­velles condi­tions poli­tiques et sociales indis­pen­sables pour assurer leur exis­tence phy­sique. La situation nou­velle n’avait aucun lien avec le passé, sauf s’agissant de la mémoire et de la culture. L’important était de trouver la voie qui per­mette à la nou­velle entité pales­ti­nienne forcée des camps de réfugiés de se donner une identité, de pro­téger son exis­tence et qui construise des rela­tions entre les indi­vidus. L’accent a été mis sur un méca­nisme de pro­tection indis­pen­sable pour les enfants vic­times de la faim et de la maladie. Ce fut, effec­ti­vement, le moment le plus dur et le plus désespérant.

Les bro­deries des cos­tumes tra­di­tionnels pales­ti­niens vont plus loin que la seule dimension de la beauté afin de repro­duire les tra­di­tions et les mythes qui cano­nisent les femmes.

Dans les camps de réfugiés

Au cours des pre­miers jours de camp, la femme pales­ti­nienne s’est trouvée au premier stade de la création, impli­quant travail et obs­curité. Elle a com­mencé par chercher le chemin dans la nuit, serrant dans ses bras ses enfants tout en com­mençant une bataille pour une exis­tence qui don­nerait priorité à ses enfants et à sa famille, mais pas à elle-​​même. Dans l’environnement du camp de réfugiés, elle a restructuré ses rela­tions pour garantir un minimum de dignité et de vie privée dis­po­nibles. A la famille élargie et défi­gurée, se sont sub­stitués d’autres milieux, tels que le village et la région. Chacun se sou­ciait de pro­téger la vie privée des autres. Ainsi, une fille a décrit la situation dans le camp ainsi : « Dans le camp, je me suis rendue compte que notre fenêtre n’était pas sim­plement notre fenêtre, mais aussi la fenêtre des autres, de même pour le mur de notre maison. »

Dans le pro­cessus de restruc­tu­ration dans le camp, de nou­velles formes et modes de rela­tions et de culture sont apparus. Ils étaient pourtant basés sur ce qui avait été le passé, refondus selon les nou­velles réa­lités et régle­men­ta­tions. Ainsi, on peut com­prendre cer­tains aspects psy­cho­lo­giques et com­por­te­mentaux de la vie dans les camps de réfugiés. Il pourrait être étrange de trouver que les femmes pales­ti­niennes (spé­cia­lement les épouses) aient profité de plus de liberté d’expression. L’espace res­treint du camp ne per­mettait pas de reformer les grandes familles étendues. Ainsi, les femmes nou­vel­lement mariées autrefois vivaient dans des maisons ou des pièces séparées qui les libé­raient du contrôle des autres hommes de la famille ou de leur belle-​​mère. Les femmes dans le camp n’avaient plus de contraintes dans la maison en tant que femmes, et les hommes ne pou­vaient sur­vivre que s’ils lut­taient soit direc­tement aux portes des magasins de l’UNRWA pour obtenir quelque aide, soit pour s’intégrer au marché du travail dans les villes arabes. A l’époque, la com­mu­nauté mas­culine en exil était défi­gurée, cher­chant à vivre, les femmes étaient laissées seules dans l’espace du camp de réfugiés. Tous lut­taient pour l’existence.

Au fil des années et avec la pro­lon­gation du conflit israélo-​​palestinien, ainsi qu’avec les dangers de la Nakba et de son extension dans le temps et l’espace, des pro­cessus d’interactions sociales et géo­gra­phiques se sont engagés dans le monde des camps et ses environs. La dyna­mique de l’interférence a repris le dessus une nou­velle fois pour reformer les consciences et les rela­tions dans le camp de réfugiés. Les Pales­ti­niens, dans le cadre d’une telle dyna­mique, ont essayé de recréer leurs liens avec le passé mais en tenant compte des nou­velles lois et régle­men­ta­tions sous les­quelles ils étaient construits, prin­ci­pa­lement sur le rêve du foyer et de retour dans leur paradis perdu.

La com­mu­nauté des réfugiés a sur­monté la phase du choc, les consé­quences de l’épouvantable des­truction se sont atté­nuées et suite aux ten­ta­tives ardues pour s’adapter à la catas­trophe sur le plan psy­cho­lo­gique et spi­rituel, la com­mu­nauté a com­mencé à passer du stade de la survie et des liens directs à celui, global, du défi et de la résis­tance. La mémoire a été trans­férée vers une force créa­trice de refor­mation de la conscience et de construction de ponts avec le passé, où de nou­veaux sym­boles étaient créés pour pro­téger le foyer et la pensée, où « l’idée » devenait une idéo­logie qui créait les liens sociaux et les besoins de résister. La nou­velle situation a créé de nou­velles dyna­miques et convic­tions, ainsi que de nou­velles valeurs qui ont touché pro­fon­dément la com­mu­nauté toute entière. Cette situation a été ren­forcée par l’année 1967 et l’occupation du reste de la terre pales­ti­nienne, là, les gens ont com­mencé à sentir que la Nakba était un évènement his­to­rique et que ses impli­ca­tions s’étendaient de la pre­mière Nakba à celle qui a suivi, surtout qu’elle était une attaque israé­lienne per­ma­nente contre la Palestine au point que les Pales­ti­niens ont compris que la Nakba et les réfugiés étaient un pro­cessus durable.

Dans ces cir­cons­tances et inter­ac­tions, les femmes pales­ti­niennes ont continué, de leur propre chef, d’agir avec les nou­velles condi­tions. Au point qu’il y avait « une dif­fé­rence entre une tente et l’autre », l’une étant pour les réfugiés pendant que l’autre était pour pro­voquer la résis­tance, il y avait aussi un chan­gement struc­turel dans le rôle et la mission des femmes. Ce chan­gement a été incarné prin­ci­pa­lement par l’enrôlement des femmes dans la bataille de la résis­tance, ainsi que par leur impli­cation dans la for­mation de la conscience et de la mémoire des enfants. S’efforçant de retrouver leur paradis perdu, les femmes devaient alors contribuer à en créer les condi­tions cultu­relles, sociales et poli­tiques et les préa­lables néces­saires à leur réalisation.

Et aujourd’hui…

Le rôle rempli par les femmes durant le combat national leur a permis de prendre conscience de leur ego et de ce rôle. Cette conscience s’est reflétée clai­rement à travers leur par­ti­ci­pation à l’Intifada et à toutes les formes de résis­tance. Les femmes ont utilisé leur par­ti­ci­pation pour prouver qu’elles recon­qué­raient toute l’histoire et les consé­quences de la Nakba, illus­trant en même temps leurs posi­tions et leurs opi­nions sur le conflit. Ainsi, grâce à leur impli­cation dans la résis­tance, les femmes mon­traient qu’elles n’accepteraient jamais une répé­tition de la Nakba.

La réalité est plus com­plexe que la volonté et les rêves des femmes. Au cours des décennies pré­cé­dentes, la culture mas­culine a réussi à digérer le choc de la Nakba et à amé­liorer ses posi­tions. Ainsi, la scène se répète en ce qu’il ré-​​existe une domi­nation mas­culine de la com­mu­nauté autant qu’une dis­cri­mi­nation et une oppression sociales qui ne s’accordent pas avec le rôle héroïque que les femmes ont tenu dans le combat national depuis la pre­mière Intifada jusqu’à aujourd’hui.

Pendant que de nou­veaux équi­libres sont créés dans la situation nou­velle, la conscience ne revient pas au même niveau que dans le passé. Peut-​​être existe-​​t-​​il une récession dans la conscience mais dans tous les cas, l’expérience acquise par les femmes à tous les niveaux conduira fina­lement à une nou­velle conscience qui assumera les nou­velles réa­lités tout en main­tenant les liens avec le passé.

Dans de telles cir­cons­tances, le rôle des orga­ni­sa­tions de femmes et des orga­ni­sa­tions démo­cra­tiques est clair, il faut défendre les droits sociaux et poli­tiques des femmes et empêcher la vio­lation des droits des femmes, ce qui pourrait affecter leur rôle novateur au sein de la com­mu­nauté. Cependant, pour y par­venir, il faut déve­lopper la conscience de ces orga­ni­sa­tions afin de tra­vailler avec des stra­tégies glo­bales inté­grant les droits des femmes comme un pro­cessus exi­geant une accu­mu­lation d’efforts afin de lancer une stra­tégie globale qui pro­meuve le statut des femmes à l’intérieur d’un pro­cessus de déve­lop­pement de la com­mu­nauté en général. Ce doit être un déve­lop­pement qui s’inscrit dans la vision d’organisations civiles pour intégrer la pro­motion du statut des femmes dans les déve­lop­pe­ments poli­tiques et culturels de la communauté.