Les faits que l’on ne peut réfuter

Joharah Baker, lundi 1er juin 2009

"Quelle insulte, que quelqu’un ose affirmer que nous n’avons jamais existé, ou que nous n’avons jamais été dépos­sédés de nos maisons, que notre terre n’a jamais été volée et que notre peuple n’a jamais été forcé à vivre une vie de réfugiés."

Parfois les com­men­taire sur des articles sont plus inté­res­sants que les articles eux mêmes. Cela permet un regard très lucide sur ce qui se passe dans l’esprit d’une per­sonne ordi­naire -en tout cas, des gens qui prennent le temps de s’exprimer réel­lement par mels. Le résultat, c’est que l’on trouve une mul­titude d’opinions, du soutien à la réaction logique ou de la haine au délire pur et simple.

Bien entendu, le conflit palestino-​​israélien génère tout ça. La plupart des com­men­taires sont com­pré­hen­sibles, calmes et rai­son­nables même s’ils sont quelque peu inexacts. En tant qu’auteur, on apprécie ces com­men­taires spon­tanés qu’offrent des gens pour qui c’est une petite contri­bution à la question abordée.

Mais depuis peu, ce qui ressort de ce genre de com­men­taires est très pré­oc­cupant, pas seulement parce que l’argument ne tient pas la route ou parce qu’il est empli d’inexactitudes, mais au vu du deux poids deux mesures auquel adhèrent ces gens qui émettent ces opi­nions, un deux poids deux mesures dont ils ne sont pas conscients ou qu’ils refusent tout bon­nement de reconnaître.

La question tourne autour de l’histoire de ce pays. Aucun rendu his­to­rique ne peut être vraiment exact car ce sont des humains qui l’écrivent. Quelqu’un a dit un jour que « l’histoire est écrite par les vain­queurs », disant ainsi que les mal­heureux qui avaient eu la mal­chance d’en sortir du mauvais bord n’auraient jamais l’occasion de raconter véri­ta­blement leur his­toire. Pour ce qui est des Israé­liens et des Pales­ti­niens, c’est ter­ri­blement vrai.

Pour les Pales­ti­niens, l’histoire est limpide. Même si leur version est sans aucun doute de parti pris, comme toute autre version de l’histoire racontée par les peuples, il existe des faits incon­tour­nables que l’on ne peut réfuter. Sauf ceux qui défendent griffe et ongle l’entreprise sio­niste. Ainsi, dans un article qui faisait allusion à l’expulsion de cen­taines de mil­liers de Pales­ti­niens lors de la guerre de 1948, un com­men­taire rétor­quait par l’argument qu’il n’y avait pas de Pales­ti­niens de toute façon, que les « Pales­ti­niens » étaient les juifs d’avant 48, selon cette per­sonne anonyme. « Israël/​ Palestine était un désert avant que les juifs ne com­mencent à revenir à la terre de leurs ancêtres ».

Ce n’est pas ce que disent les Nations unies. Selon les sta­tis­tiques de l’UNRWA, au moins 750,000 Pales­ti­niens ont été trans­formés en réfugiés par la guerre de1948, des mil­lions d’entre eux vivotant tou­jours dans de misé­rables camps de réfugiés dans les pays qui les ont accueillis. Les Pales­ti­niens aujourd’hui pos­sèdent encore la clé de leurs maisons d’alors, même quand ces maisons ne sont plus , tout comme les quelque 400 vil­lages qui furent détruits par Israël au cours de ces mois là.

Ces argu­ments, aussi détes­tables qu’ils soient, ne sont pas nés de rien. L’histoire d’Israël est basée sur les pré­misses que la Palestine était « une terre sans peuple « et que les Israé­liens (ou les juifs)avaient fait « fleurir le désert ».

Ce qui ne veut pas dire que tous les Israé­liens -et cer­tai­nement pas tous les juifs-​​ sous­crivent à cette opinion. Beaucoup d’Israéliens de conscience com­prennent qu’une grande injustice a été faite à la popu­lation autochtone de Palestine même si cela a permis qu’ils réa­lisent leur rêve d’un foyer juif.

La question qui se pose est, devant les faits irré­fu­tables que sont le nombre de réfugiés, les vieilles maisons arabes qui étaient de toute évidence habitées par des Pales­ti­niens avant qu’ils aient dû fuir ou encore les Pales­ti­niens - 1.2 million-​​ qui conti­nuent à vivre en Israël, comment pourrait on dire que cela ne s’est pas produit ?

Et c’est là qu’abondent les deux poids deux mesures. En quoi une per­sonne qui nie l’expulsion et le mas­sacre des Pales­ti­niens en 1948 est-​​elle dif­fé­rente de quelqu’un qui nie l’ Holo­causte ? Les deux événe­ments sont abo­mi­nables mais aucun d’entre eux n’aurait été pos­sible s’il n’y avait pas eu der­rière eux des forces puis­santes. Dans le cas des Pales­ti­niens, c’est la force du sio­nisme et le men­songe qui entoure la création d’Israël. Per­sonne ne nie que les juifs (et les Polonais, et les Tzi­ganes, parmi d’autres) furent les vic­times de l’un des crimes les plus bar­bares de l’histoire. Nier l’ Holo­causte est illo­gique, car nous avons les preuves irré­fu­tables de son exis­tence. Il serait pos­sible de dis­cuter de nombres et de cir­cons­tances, mais il est illo­gique et à vrai dire insultant de nier qu’il ait eu lieu.

On peut dire la même chose des Pales­ti­niens. Quelle insulte, que quelqu’un affirme que nous n’avons jamais existé, ou que nous n’avons jamais été dépos­sédés de nos maisons, que notre terre n’a jamais été volée et que notre peuple n’a jamais été forcé à vivre une vie de réfugiés.

C’est une chose de défendre ses convic­tions, telle que le sio­nisme même si cela implique la défende d’horreurs inima­gi­nables. C’en est une autre de dire que ces hor­reurs n’ont pas existé.

Et l’on en vient aux deux poids deux mesures de la communauté internationale.

Des délé­ga­tions entières ont quitté la confé­rence contre le racisme qui s’est tenue le mois dernier à Genève quand le pré­sident iranien a osé traiter Israël d’Etat raciste. Des prêtres sont excom­muniés de l’église catho­lique parce qu’ils nient l’Holocauste. Même Facebook, le réseau social sur Internet, a été l’objet d’attaques récemment pour ne pas avoir interdit l’accès à des groupes qui nie­raient l’ Holocauste.

Comment se fait-​​il alors que les sio­nistes et leurs par­tisans sont auto­risés à nier l’ exis­tence des Pales­ti­niens, l’histoire de leur expulsion ? "Il n’y a pas de Pales­ti­niens," dit un jour l’ancien Premier ministre israélien Golda Meir. Et ses paroles n’ont pas été condamnées, elles qui ont ouvert la voie à ceux qui vou­draient nier notre exis­tence, ou tout au moins à la fouler au pied en nous traitant de « ser­pents » et de « cafards ».

C’est pour toutes ces raisons que nous devons continuer à nous battre pour garder vivante notre his­toire, contre tourtes ces dis­tor­sions. Les juifs et les Israé­liens n’acceptent pas qu’on nie leur his­toire. En réalité ils rap­pellent constamment au monde entier les hor­reurs que d’autres leur ont fait subir. Nous ne demandons rien de plus, de la part d’Israël et de ceux qui le soutiennent.