Les couleuvres de M. Obama et de M. Kouchner

Alain Gresh, vendredi 20 novembre 2009

Condam­na­tions, décla­ra­tions indi­gnées… Une fois de plus, la décision israé­lienne de construire neuf cents loge­ments à Gilo, une colonie israé­lienne au cœur de Jéru­salem, a suscité les com­men­taires attendus de la com­mu­nauté internationale.

« Washington se dit “consterné” par la décision d’Israël d’autoriser neuf cents nou­veaux loge­ments à Jérusalem-​​Est », titre LeMonde​.fr le 18 novembre.

Laurent Zecchini, le correspondant du Monde, écrit :

« Dans une réaction d’une rare séche­resse, le porte-​​parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs, a déclaré que les Etats-​​Unis sont “consternés par la décision prise”. “Au moment où nous nous employons à relancer les négo­cia­tions (de paix), de tels agis­se­ments rendent nos efforts plus dif­fi­ciles (…). Les Etats-​​Unis s’élèvent aussi contre d’autres pra­tiques israé­liennes à Jéru­salem, a ajouté la Maison Blanche, comme “la pra­tique constante des expul­sions et démo­li­tions de maisons palestiniennes”. »

« La position de Washington est claire, a rappelé le porte-​​parole de la pré­si­dence amé­ri­caine, “le statut de Jéru­salem relève de la question du statut per­manent” découlant d’un éventuel accord israélo-​​palestinien. Ce ton très inha­bituel de la Maison Blanche s’explique par la proximité de la der­nière ren­contre entre Benyamin Néta­nyahou et le pré­sident Barack Obama. »

Au même moment, M. Bernard Kouchner se rendait en Israël et, comme le titre Le Canard Enchaîné du 18 novembre, sous la plume de Claude Angeli, « aval[ait] des cou­leuvres à Tel-​​Aviv et Kaboul ». Non seulement le ministre a ren­contre le fas­ciste Avigdor Lie­berman, mais, comme le sou­ligne Angeli, il a accepté de se sou­mettre au diktat israélien, et donc de renoncer à la visite prévue à Gaza.

Bien sûr, comme M. Obama, M. Kouchner a condamné la décision israé­lienne de construire dans la Jéru­salem occupée. Selon l’Agence France-​​Presse, il a « regretté » la décision israé­lienne. C’est bien peu… Rap­pelons que le statut de la Cour pénale inter­na­tionale considère comme un « crime de guerre » « le transfert, direct ou indirect, par une puis­sance occu­pante d’une partie de sa popu­lation civile, dans le ter­ri­toire qu’elle occupe, ou la dépor­tation ou le transfert à l’intérieur ou hors du ter­ri­toire occupé de la totalité ou d’une partie de la popu­lation de ce ter­ri­toire » (article 8). Mais, pour la France comme pour les Etats-​​Unis, le gou­ver­nement israélien est autorisé à com­mettre impu­nément des crimes de guerre…

On pourrait dresser une ency­clo­pédie de cen­taines de volumes com­prenant toutes les décla­ra­tions des Etats-​​Unis, de la France, de l’Union euro­péenne condamnant la poli­tique de colo­ni­sation [1].

Et pourtant, on compte aujourd’hui 300 000 colons en Cis­jor­danie et 20 000 à Jérusalem-​​Est. Malgré cela, c’est sur l’Autorité pales­ti­nienne que l’on fait pression pour obtenir la relance de négo­cia­tions dont on sait per­ti­nemment qu’elles ne peuvent aboutir, et cela pour une raison simple : Israël refuse d’accepter les réso­lu­tions des Nations unies qui pré­voient son retrait des ter­ri­toires occupés en 1967. En l’absence de pres­sions réelles, il est peu pro­bable que Tel-​​Aviv modifie ses posi­tions. C’est ce qu’a compris le mou­vement de soli­darité qui appelle à des sanc­tions. Récemment, des orga­ni­sa­tions pales­ti­niennes ont demandé aux pays arabes, notamment à ceux du Golfe, de boy­cotter les sociétés fran­çaise Veolia et Alstom pour leur impli­cation dans la construction d’un tramway dans Jéru­salem occupée. « Plea to boycott firms with Israel link Group urges GCC states to shun Alstom and Veolia involved in Occupied Jeru­salem pro­jects », par Abbas Al Lawati, Gulf News, 17 novembre 2009).

M. Kouchner a trouvé le temps de ren­contrer les parents de Gilad Shalit, mais évidemment pas ceux de Salah Hamouri, un citoyen français empri­sonné depuis plus de quatre ans par les auto­rités israé­liennes. Pendant ce temps, selon une dépêche de l’AFP du 18 novembre, le Conseil supé­rieur de l’audiovisuel se pen­chait sur les décla­ra­tions de François Cluzet concernant Hamouri. « Le groupe de travail de déon­to­logie du CSA examine actuel­lement les propos de M. Cluzet. Une décision devrait inter­venir lors d’une plé­nière du CSA, dont la date n’est pas encore fixée. Tra­di­tion­nel­lement, les pro­blèmes de déon­to­logie se solvent par une simple lettre d’avertissement ou une mise en demeure ou une sanction finan­cière et, dans les cas les plus extrêmes, par un retrait de fré­quence. France 2 va dif­fuser un reportage sur l’affaire Salah Hamouri dans le cadre de l’émission “13H15” dimanche 22 novembre, a précisé la chaîne à l’AFP. »

[1] voir aussi dans la Croix

Jérusalem-​​​​est : appel à la "résis­tance" du Conseil oecu­mé­nique des Eglises

Le Conseil oecu­mé­nique des églises (COE) basé à Genève, a appelé "ses membres et le public à se mobi­liser pour résister à la décision d’Israël d’approuver la construction de 900 nou­veaux loge­ments" à Jérusalem-​​​​est.

Le secré­taire général du COE, le révérend Samuel Kobia a appelé les orga­ni­sa­tions membres du Conseil "à agir de concert (…) pour faire revenir le gou­ver­nement israélien sur sa décision".

Dans un com­mu­niqué, le révérend Kobia a exprimé sa "grande déception" et a indiqué que son orga­ni­sation "condamne vigou­reu­sement la décision d’Israël d’étendre la colonie illégale de Gilo".

Le ministre israélien de l’Intérieur, Elie Yishaï, a décidé d’autoriser la construction de près de 1.000 nou­veaux loge­ments à Gilo, un quartier juif à Jérusalem-​​​​est, pro­vo­quant un tollé international.

La partie orientale de Jéru­salem, où vivent quelque 200.000 Israé­liens -ins­tallés dans une dou­zaine de nou­veaux quartiers-​​​​ ainsi que 270.000 Pales­ti­niens, a été conquise durant la guerre de juin 1967 puis annexée. Cette annexion n’a jamais été reconnue par la com­mu­nauté internationale.

Fondé en 1948, le COE, qui a son siège à Genève, réunit 347 Eglises pro­tes­tantes, ortho­doxes, angli­canes et autres, repré­sentant 560 mil­lions de chré­tiens dans plus de 110 pays. L’Eglise catho­lique romaine n’en fait pas partie.

http://​www​.la​-croix​.com/​a​f​p​.​s​t​atic/…