Les com­mu­nautés pales­ti­niennes de la vallée du Jourdain menacées par l’expansion des colonies et l’accélération des démolitions

Oxfam, jeudi 5 juillet 2012

L’expansion des colonies, permise par des res­tric­tions dis­cri­mi­na­toires contre les Pales­ti­niens dans la vallée du Jourdain met à mal la via­bilité d’un futur Etat pales­tinien, selon un rapport publié aujourd’hui par Oxfam.

Le rapport, intitulé « Au bord du gouffre : les colonies israé­liennes et leur impact sur les Pales­ti­niens dans la vallée du Jourdain », sou­ligne que la vallée du Jourdain, en Cis­jor­danie occupée, a le potentiel de devenir le grenier de la Palestine. Pourtant, les Pales­ti­niens sont main­tenus dans la pau­vreté et les colonies israé­liennes se déve­loppent du fait des res­tric­tions qui pèsent sur les Pales­ti­niens en matière de construction et d’accès à l’eau et à la terre.

On estime que le revenu agricole annuel pales­tinien pourrait aug­menter d’un mil­liard de dollars si les res­tric­tions qui pèsent sur les Pales­ti­niens en matière de mobilité et d’accès à l’eau et à la terre dans la vallée du Jourdain étaient levées.

13% de la population contrôle 86 % de la vallée

Le rapport montre que les Pales­ti­niens ne peuvent avoir accès qu’à 6% des terres de la vallée du Jourdain, tandis que les colons israé­liens, qui repré­sentent 13% de la popu­lation de la vallée, contrôlent 86% de ces ter­ri­toires. Les colonies de la vallée du Jourdain – illé­gales au regard du droit inter­na­tional – ont mis en place des exploi­ta­tions agri­coles indus­trielles qui pro­duisent des récoltes à forte valeur ajoutée. Ces exploi­ta­tions vendent leurs pro­duits sur le marché inté­rieur ou exté­rieur, et béné­fi­cient de toute une série de sub­ven­tions et d’aides publiques de la part du gou­ver­nement israélien, qui facilite leur crois­sance et leur pérennité.

Pendant ce temps, le taux de pau­vreté des com­mu­nautés pales­ti­niennes de la vallée du Jourdain est presque deux fois plus important que pour le reste de la Cis­jor­danie, et nom­breux sont ceux qui peinent à vivre de leurs acti­vités d’agriculture et d’élevage, sans dis­poser d’un accès adéquat à l’eau et à la terre.

Une situation dramatique pour les Palestiniens

« Les colonies et les poli­tiques israé­liennes qui s’y rap­portent, comme les démo­li­tions sys­té­ma­tiques et les res­tric­tions pesant sur l’accès à l’eau et à la terre, créent une situation dra­ma­tique pour les Pales­ti­niens de la vallée du Jourdain, a déclaré Jeremy Hobbs, directeur exé­cutif d’Oxfam Inter­na­tional. Le gou­ver­nement israélien a l’obligation d’assurer la sécurité de sa popu­lation, mais de telles res­tric­tions exces­sives à l’encontre des Pales­ti­niens de Cis­jor­danie ne seraient pas néces­saires si les Israé­liens ne colo­ni­saient pas cette zone. Ces poli­tiques et pra­tiques dis­cri­mi­na­toires ont réduit davantage de Pales­ti­niens à la pau­vreté et éloignent la pers­pective de deux Etats voisins vivant dans la paix et la sécurité. »

Le rapport demande à l’Union euro­péenne, le plus important par­te­naire com­mercial d’Israël et prin­cipal bailleur de fonds des Pales­ti­niens, de prendre des mesures urgentes et de faire pression sur le gou­ver­nement israélien afin qu’il cesse immé­dia­tement de construire des colonies et de démolir des construc­tions pales­ti­niennes – dont des habi­ta­tions, des enclos, des citernes, et des pan­neaux solaires. L’UE a l’opportunité d’aller au-​​delà des décla­ra­tions alors que Jose Manuel Barroso, l’actuel pré­sident de la Com­mission euro­péenne, doit effectuer une visite en Cis­jor­danie dans les pro­chains jours. En outre, une réunion de haut niveau entre Israël et le Comité d’association de l’UE doit avoir lieu courant juillet.

« Les déclarations fortes ne suffisent pas »

« Le dis­cours de la com­mu­nauté inter­na­tionale va depuis long­temps dans le bon sens, mais des décla­ra­tions fortes ne suf­fisent pas à aider les agri­cul­teurs et éleveurs de la vallée du Jourdain à déve­lopper leur propre économie et construire les infra­struc­tures néces­saires à la crois­sance de leurs com­mu­nautés. », a sou­ligné Jeremy Hobbs.

L’appel d’Oxfam inter­vient peu après une décla­ration sans pré­cédent de l’Union euro­péenne, qui a affirmé le 14 mai sa position contre les démo­li­tions effec­tuées dans les zones de Cis­jor­danie sous contrôle israélien. Depuis lors, les Pales­ti­niens n’ont pas assisté à des chan­ge­ments signi­fi­catifs sur le terrain. Le gou­ver­nement israélien a démoli au moins 59 struc­tures pales­ti­niennes et a déplacé 34 familles pales­ti­niennes lorsque l’armée israé­lienne a décidé d’utiliser leurs sites d’habitation pour former un vaste terrain d’entraînement mili­taire, dans une zone de la vallée du Jourdain où Oxfam travaille.

Selon Oxfam, il est pro­bable que la situation se dété­riore encore plus à moins que des mesures ne soient prises immé­dia­tement. En 2011, la construction de nou­velles colonies en Cis­jor­danie a aug­menté de 20% par rapport à 2010. Durant la même période, le nombre de Pales­ti­niens déplacés à cause de la démo­lition de leurs habi­ta­tions a doublé. 60% de ces démo­li­tions ont été effec­tuées dans des zones proches des colonies.

Lire le rapport