Les colons juifs de Cisjordanie rejettent l’appel au gel d’Obama

Reuters, mercredi 20 mai 2009

Les diri­geants des colonies juives de Cis­jor­danie ont rejeté mardi le rappel du pré­sident amé­ricain Barack Obama aux obli­ga­tions d’Israël de stopper toute activité de colo­ni­sation dans les ter­ri­toires occupés.

Après un long tête-​​à-​​tête - leur premier - avec le chef du gou­ver­nement israélien, Ben­jamin Neta­nyahu, lundi à Washington, Barack Obama a sou­ligné que la "feuille de route" pour la paix de 2003 imposait un tel gel.

Dani Dayan, pré­sident du Conseil Yesha, qui fédère les orga­ni­sa­tions de colons de Cis­jor­danie, a réagi en déclarant mardi à Reuters que les Pales­ti­niens devaient préa­la­blement mettre fin au "terrorisme".

Il s’est déclaré assuré que la grande majorité de l’opinion israé­lienne, qui a porté en février la droite israé­lienne au pouvoir, sou­tien­drait le droit des colons à continuer à vivre en "Judée et Samarie" (Cisjordanie).

"L’électorat israélien a fixé une ligne à ce gou­ver­nement : nous jouissons d’un fort soutien à la Knesset et ce que nous entendons dans la classe poli­tique nous donne à penser qu’elle nous sou­tien­drait" (au cas où Neta­nyahu céderait à Obama), a-​​t-​​il dit.

"Les propos d’Obama sont inexacts quant aux faits. Il s’appuie sur la feuille de route, mais elle n’impose pas à Israël de cesser de construire en Judée et Samarie, car les Pales­ti­niens n’ont pas honoré leur obli­gation, préa­lable, de mettre fin au terrorisme."

Un demi-​​million de Juifs regroupés dans une cen­taine de colonies vivent au beau milieu des trois mil­lions d’Arabes qui peuplent la Cis­jor­danie et la partie orientale de Jéru­salem conquises par Tsahal durant la guerre de 1967.

"Ce sont nos amis"

La com­mu­nauté inter­na­tionale ne reconnaît ni l’annexion de Jérusalem-​​Est ni l’occupation de la Cis­jor­danie par Israël et les Etats-​​Unis consi­dèrent que leur colo­ni­sation consti­tuent un obs­tacle à la paix régionale.

Même s’il voulait com­plaire à Obama, Neta­nyahu devra, pour se main­tenir au pouvoir, tenir compte de l’hostilité de ses par­te­naires de coa­lition à toute ces­sation des acti­vités de colo­ni­sation, estiment les com­men­ta­teurs israéliens.

"Nous allons continuer à nous que­reller (…) sur la question des colonies", prédit ainsi l’éditorialiste en vue Nahum Barnea dans les colonnes du quo­tidien à grand tirage Yedioth Ahronoth.

"Toutes les admi­nis­tra­tions amé­ri­caines ont été mécon­tentes d’Israël sur cette question, mais l’administration Obama diffère de celles qui l’ont pré­cédée en ce qu’elle considère cela comme le vrai pro­blème", relève Barnea.

Pour lui, la seule manière pour le chef du Likoud de s’épargner les pres­sions amé­ri­caines sera de faire valoir que s’il y cédait son gou­ver­nement tomberait.

Le gou­ver­nement israélien "n’a d’autre choix que de tenir compte des desi­derata des Amé­ri­cains car ce sont nos amis", a estimé Pinhas Wal­ler­stein, un autre repré­sentant des colons, en jugeant qu’un conflit avec les Etats-​​Unis serait "trop grave".

"Mais ils doivent aussi tenir compte des sou­haits israé­liens (…) Il ne faut pas que nous les pro­vo­quions, mais nous devons continuer à vivre au quo­tidien", a-​​t-​​il ajouté.

Mais une diri­geante plus radicale des colons, Nadia Mattar, a déclaré que ceux-​​ci n’accepteraient jamais un "gel". "Per­sonne ne peut ’geler’ un peuple vivant dans sa propre patrie. Per­sonne ne nous dira de ne pas vivre ici. Et per­sonne ne nous signi­fiera de ne pas nous y épanouir."