Les chars et les soldats israéliens affrontent le Hamas à Gaza

Sakher Abou el Oun, dimanche 4 janvier 2009

A cause du veto des Etats-​​Unis, le Conseil de sécurité de l’ONU réuni en urgence à New York, s’est séparé la nuit der­nière sans par­venir à un accord sur un appel à l’arrêt de l’offensive israé­lienne. Appuyée par l’aviation et la marine israé­lienne, l’offensive ter­restre est très vio­lente, les troupes d’occupation (blindés et fan­tassins) seraient aux portes de la ville de Gaza alors que le Hamas, qui se bat pour empêcher leur avance, annonce avoir capturé deux soldats.

Les troupes israé­liennes appuyées par des chars et des héli­co­ptères sont entrées dans la bande de Gaza où elle affron­taient dimanche les isla­mistes du Hamas, mar­quant une escalade après huit jours de bom­bar­de­ments qui ont déjà fait des cen­taines de morts chez les Palestiniens.

Sur le terrain, les combats mêlaient tirs de chars, d’artillerie, de mis­siles, de mor­tiers et d’armes légères et se concen­traient dans le nord de la bande de Gaza, autour de la ville de Gaza, de Jabaliya, Beit Lahiya et Beit Hanun, selon des témoins.

Après huit jours de bom­bar­de­ments par air et par mer, l’offensive ter­restre a com­mencé samedi soir avec la péné­tration de chars et soldats dans le nord du minuscule ter­ri­toire sur­peuplé - 1,5 million d’habitants pour 362 km2 -, où ils ont essuyé des tirs de mortier du Hamas, selon des témoins. Ils ont aussi bom­bardé un dépôt de fuel à Beit Lahiya, pro­vo­quant un important incendie.

Des explo­sions et échanges de tirs étaient entendus dans plu­sieurs sec­teurs, alors que les troupes appuyées par des héli­co­ptères Apache avan­çaient. Les com­bat­tants pales­ti­niens ont fait exploser des bombes placées au bord de la route à leur passage.

Dans un premier bilan officiel israélien, un porte-​​parole mili­taire a déclaré que 30 soldats israé­liens avaient été blessés dans l’offensive ter­restre, dont deux griè­vement. Il a caté­go­ri­quement nié que des mili­taires soient morts, démentant un com­mu­niqué du Hamas qui affirmait que neuf soldats israé­liens avaient été tués.

L’armée affirme aussi avoir "tué ou blessé plu­sieurs dizaines" de com­bat­tants pales­ti­niens, alors que le Hamas ne précise pas ses pertes. De nom­breux com­bat­tants pales­ti­niens ont été blessés, selon des sources médi­cales pales­ti­niennes, mais les affron­te­ments ont empêché les ambu­lances d’arriver jusqu’à eux. Un porte-​​parole mili­taire israélien a également fait état d’une forte baisse des tirs de roquettes contre Israël. "Huit roquettes à courte portée et sept obus de mor­tiers ont été tirés depuis la déclen­chement de l’opération ter­restre", sans faire de victime, a-​​t-​​il dit.

Alors que la nuit avançait, des témoins ont vu les forces israé­liennes approcher de l’agglomération de Suda­niyah, dans le nord-​​ouest du ter­ri­toire. D’autres entraient dans un quartier de Beit Hanoun (nord-​​est), pré­cédés par des appels aux habi­tants à évacuer.

Un enfant pales­tinien a été tué et 11 blessés par un tir d’obus de char dans la ville de Gaza, le premier décès recensé de l’offensive ter­restre, selon des sources médi­cales. "Votre entrée à Gaza ne sera pas une pro­menade de santé et Gaza sera votre cime­tière avec l’aide de Dieu", a affirmé un porte-​​parole du Hamas, Ismaïl Radwane. Selon la télé­vision du Hamas, la "résis­tance a préparé des cen­taines d’hommes et de femmes pour mener des opé­ra­tions de martyr (attentats suicide)".

L’armée israé­lienne a annoncé que l’offensive ter­restre durerait de "nom­breux jours", la pré­si­dence du Conseil expli­quant qu’elle visait à "prendre le contrôle" des sec­teurs de Gaza d’où sont tirées les roquettes contre Israël.

Un "nombre important de forces" par­ti­cipent selon l’armée à l’offensive ter­restre, alors que le ministre de la Défense Ehud Barak a signé "un ordre de mobi­li­sation urgente de mil­liers de réservistes".

Depuis le début, le 27 décembre, de l’opération "Plomb durci" des­tinée à mettre un terme aux tirs de roquettes pales­ti­niennes, au moins 466 Pales­ti­niens dont 77 enfants et 23 femmes ont été tués et 2.360 blessés, selon un bilan de sources médi­cales palestiniennes.

Durant la même période, quelque 500 roquettes pales­ti­niennes tirées de Gaza ont fait quatre morts en Israël et une quin­zaine de blessés.

Pré­parant l’offensive ter­restre, l’aviation israé­lienne avait mené des dizaines de raids samedi, tuant au moins 25 Pales­ti­niens, dont 16 dans une mosquée et deux chefs locaux du Hamas, selon les secours palestiniens.

L’offensive israé­lienne a aussi pro­voqué d’importantes des­truc­tions et le secré­taire général de l’ONU Ban Ki-​​moon a appelé "à la fin immé­diate de l’opération ter­restre et demandé qu’Israël fasse tout son pos­sible pour assurer la pro­tection des civils et l’acheminement de l’aide humanitaire".

Le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas a de son coté condamné "vigou­reu­sement" l’offensive ter­restre et réclamé une réunion urgente du Conseil de sécurité.

Mais le Conseil n’a pas réussi à se mettre d’accord sur un texte appelant à un arrêt des combats, a déclaré son pré­sident, l’ambassadeur de France, Jean-​​Maurice Ripert. Il a cependant fait état de conver­gences de vues "pour exprimer notre très sérieuse pré­oc­cu­pation face à l’escalade de la vio­lence et à la dété­rio­ration de la situation" et "pour appeler à un cessez-​​le-​​feu immédiat, per­manent et respecté".

Il a aussi men­tionné la nécessité de "pro­téger la popu­lation civile" et de "per­mettre et faci­liter la four­niture d’assistance huma­ni­taire" à Gaza.

Mais l’ambassadeur adjoint des Etats-​​Unis, Ale­jandro Wolff, a rappelé la position de Washington, faisant porter au Hamas et à ses tirs de roquettes la res­pon­sa­bilité de la situation. Les efforts des Etats-​​Unis, alliés d’Israel, "visent à établir un cessez-​​le-​​feu durable, fiable, qui soit res­pecté par tous et cela implique la fin des tirs de roquettes" et de l’approvisionnement de Gaza en armes, a-​​t-​​il dit. Le dépar­tement d’Etat avait aupa­ravant réclamé "un cessez-​​le-​​feu durable" sans retour à la situation antérieure.

Une mission de l’Union euro­péenne est attendue au Proche-​​Orient dimanche. Le pré­sident français Nicolas Sarkozy doit aussi arriver lundi dans la région.