Les Palestiniens veulent les corps de leurs martyrs

L’Organisation de libération de la Palestine demande à la communauté internationale de faire pression sur Israël pour qu’il restitue les dépouilles de quelque 300 Palestiniens.

Mélinée Le Priol, Ouest France, lundi 14 novembre 2016

Ramallah (Cisjordanie)

« C’est une torture », résume Fatima. Cette sexagénaire palestinienne du camp de réfugiés de Dheisheh, près de Bethléem, ignore où est son frère, tué lors de la guerre de Kippour, en 1973. « On attend toujours son corps, mais on ne sait pas si Israël nous le rendra un jour. » Fatima avait perdu un autre frère en 1970, mort dans une prison israélienne : son corps n’a été rendu à la famille qu’une quinzaine d’années plus tard. La pratique est ancienne et perdure. Depuis octobre 2015, elle s’est intensifiée avec l’« intifada des couteaux », qui a coûté la vie à une quarantaine d’Israéliens et à 230 Palestiniens. Les corps de 24 Palestiniens tués depuis avril attendraient dans des congélateurs en Israël. Les autres corps ont été rendus, mais souvent sous conditions : ils doivent être enterrés rapidement, si possible de nuit, sans tapage et sans autopsie. En cause, la crainte des autorités israéliennes de voir ces Palestiniens célébrés en martyrs, lors de vastes funérailles qui débouchent parfois sur des affrontements avec les soldats israéliens.

Pas de corps, pas de certificat de décès

Mais pour Issam Aruri, la volonté israélienne est de ne pas avoir à autopsier les corps. Il dirige le centre palestinien d’aide juridique qui a lancé, en 2008, la première campagne nationale de récupération de ces dépouilles. 123 ont ainsi été restituées entre 2010 et 2013. Une nouvelle pétition vient d’être déposée devant la Cour suprême israélienne pour 52 autres. Le 23 octobre, le secrétaire général de l’OLP, Saeb Erekat, a écrit à la communauté internationale, lui demandant de faire pression sur Israël. En tout, quelque 300 cadavres palestiniens se trouveraient en Israël, dont la plupart enterrés anonymement en zone militaire fermée. Outre la difficulté pour les familles de faire leur deuil et l’atteinte portée aux rites funéraires musulmans, cette « rétention de cadavres » pose aussi des problèmes administratifs, selon Issam Aruri. « Tant qu’il n’y a pas de corps, il n’y a pas de certificat de décès. Cela empêche des enfants de toucher leur héritage et des veuves de se remarier. » Dans la bande de Gaza, le Hamas retiendrait également les corps de deux soldats israéliens depuis 2014, dans l’idée de les échanger contre ses hommes emprisonnés en Israël.