Les Palestiniens et Israéliens face au défi de la violence

Jean-​​Marie Muller, lundi 16 juin 2008

A sa demande, et dans le cadre de notre réflexion sur la stra­tégie de résis­tance non vio­lente à l’occupation telle que menée à Bil’in et ailleurs, nous publions un long texte de Jean-​​Marie Muller, porte-​​parole national du MAN.
Nous le mett­trons en pers­pective en publiant deux autres textes, de Bernard Ravenel et de Claude Léostic, de l’AFPS. Premier texte donc "Les Pales­ti­niens et Israé­liens face au défi de la violence"

« Le meurtre est la question posée » (Albert Camus)

Je viens de lire atten­ti­vement les textes qui pré­sentent la cam­pagne de mobi­li­sation en faveur du peuple pales­tinien décidée par la Plate-​​forme des ONG fran­çaises pour la Palestine. Cette cam­pagne devant culminer par un grand ras­sem­blement qui se tiendra le 17 mai 2008 au Parc des expo­si­tions de la porte de Ver­sailles. En dia­logue amical avec ces ONG, je vou­drais tenter d’exprimer quelle est mon analyse de la situation actuelle au Proche-​​Orient.

Bien sûr, je partage tota­lement l’affirmation selon laquelle le peuple pales­tinien a droit à la soli­darité de tous ceux qui ont le souci de la justice. Cette affir­mation est le socle sur lequel doit être construite notre analyse. Á l’évidence, le peuple pales­tinien est victime de l’occupation et de la colo­ni­sation mises en œuvre par l’État d’Israël avec la com­plicité de la com­mu­nauté inter­na­tionale. Mais, aujourd’hui, notre analyse doit aussi être fondée sur un autre fait non moins incon­tes­table : aucune solution ne pourra être élaborée sans qu’il soit tenu compte de la pré­sence sur cette même terre de Palestine du peuple israélien. Ceci, non pour des raisons de droit, mais pour des raisons de fait.

Du point de vue pales­tinien, le maintien de l’État d’Israël n’est pas fondé sur la légi­timité, mais sur la nécessité. Sans la recon­nais­sance de cette nécessité, aucune paix ne sera jamais pos­sible. Aussi contes­table que soit, en théorie, le principe du « fait accompli », celui-​​ci est devenu incon­tes­table en pra­tique. Je n’entre aucu­nement dans l’argumentation « sio­niste », fondée sur des consi­dé­rants his­to­riques et/​ou reli­gieux, pour jus­tifier l’occupation de la Palestine par Israël. Ce ne sont donc pas les exi­gences de la justice, mais les contraintes de l’histoire qui doivent nous conduire à accepter le fait accompli de la pré­sence des Israé­liens en Palestine. Au demeurant, l’idée même que chacun des deux peuples puisse vivre dans un État libre et sou­verain suppose d’accepter le fait accompli de cette pré­sence. Dès lors, « le principe de réalité » doit s’imposer et per­mettre de dis­cerner le dési­rable, le pos­sible et l’impossible.

Le drame, c’est qu’il sub­siste encore, parmi les Pales­ti­niens, une forte minorité qui refuse toute co-​​existence avec Israël. Au demeurant, une minorité ana­logue sub­siste également en Israël qui refuse la coexis­tence avec la Palestine. Aujourd’hui, plus que jamais, ces mino­rités consti­tuent des obs­tacles dif­fi­ci­lement sur­mon­tables pour mener à son terme tout pro­cessus de paix. La paix ne sera pos­sible que lorsque Israël aura reconnu toutes les injus­tices et toutes les souf­frances que « le fait accompli » de sa pré­sence en Palestine aura causé aux Palestiniens.

Un autre principe majeur doit fonder notre analyse : aucune solution imposée par la vio­lence n’est et ne sera pos­sible. Il faut accepter ce principe dans toute sa radi­calité. Il vaut pour chacun des deux peuples adverses. Israël étant de fait l’agresseur, c’est d’abord à lui qu’il faut demander de cesser de per­sé­cuter et d’humilier les Pales­ti­niens. Sans aucun doute, il faut com­mencer par dire cela aux Israé­liens. Il ne faut pas cesser de dénoncer les vio­la­tions des droits de l’homme qui sont quo­ti­dien­nement le fait des Israéliens.

Mais le fait demeure que la résis­tance pales­ti­nienne s’enferme elle-​​même dans une impasse pour autant qu’elle croit encore devoir recourir à la vio­lence. Tout débat abs­trait sur le droit pour un peuple opprimé de recourir à la vio­lence doit être considéré ici comme hors de propos. La vio­lence ne peut que res­serrer le nœud du conflit, alors qu’il s’agit de le dénouer. Or, il nous faut convenir que ce principe n’est pas reconnu par l’ensemble des Pales­ti­niens, loin s’en faut. Et il n’est pas reconnu non plus, loin s’en faut, par l’ensemble de ceux qui, en France notamment, affirment leur soli­darité avec la résis­tance pales­ti­nienne. Peu importe, en défi­nitive, s’il s’agit d’une minorité ou d’une majorité, mais le fait est que nombre de Pales­ti­niens affirment la nécessité de recourir à la vio­lence pour faire recon­naître leurs droits face à l’État israélien.

J’insiste, la question, ici et main­tenant, n’est pas de dis­cuter la légi­timité de la vio­lence – même si celle-​​ci me semble éminemment dis­cu­table -, elle est de s’interroger sur l’opportunité poli­tique et stra­té­gique de cette vio­lence. Or le réa­lisme nous oblige à recon­naître que cette vio­lence est par­fai­tement contre-​​productive. In-​​opérante. Im-​​puissante. In-​​efficace. La vio­lence pales­ti­nienne ne peut avoir pour effet que de pro­voquer et de jus­tifier une vio­lence israé­lienne extrême. Cer­tains ne man­queront pas de répéter que c’est d’abord aux Israé­liens de renoncer à la vio­lence de l’occupation. J’en suis par­fai­tement d’accord. Mais si, par là, on veut signifier que les Pales­ti­niens ne pourront renoncer à la vio­lence qu’à partir du moment où leurs droits seront reconnus pas Israël, dire cela, c’est pré­ci­sément refuser de voir et de com­prendre la réalité.

J’ai reçu beaucoup de mails ces der­nières semaines à propos de la situation à Gaza. Chacun com­prendra que je suis tout autant que qui­conque pro­fon­dément blessé, meurtri, par la souf­france des Pales­ti­niens de Gaza. Bien sûr, là encore, la res­pon­sa­bilité pre­mière est israé­lienne. Bien sûr. Et elle est majeure. Bien sûr. Mais j’ose dire que c’est en défi­nitive tenir les Pales­ti­niens pour des gens irres­pon­sables, que de refuser de voir la res­pon­sa­bilité pales­ti­nienne. Comment s’aveugler au point de ne pas vouloir com­prendre que les quelques roquettes arti­sa­nales lancées depuis Gaza sur le ter­ri­toire d’Israël ne peuvent avoir d’autre effi­cacité que de pro­voquer un sur­croît de vio­lence de la part des Israé­liens. La vio­lence n’est pas une fatalité. Elle n’impose jamais d’elle-même ses lois. Mais, dès lors qu’on l’a choisie, ses lois sont impla­cables. Inflexibles. Acca­blantes. Cruelles. Féroces. Inhu­maines enfin.

Je pense qu’il est de la res­pon­sa­bilité de ceux qui entendent affirmer leur soli­darité avec les Pales­ti­niens de dire cela haut et fort. Pour nous mettre en règle avec la vio­lence, il faut que la raison prévale sur l’émotion. Dans un com­mu­niqué publié le 20 janvier 2008, l’Association France Palestine Soli­darité (AFPS) affirme : « Les tirs de roquettes arti­sa­nales sur Sdérot ne sau­raient jus­tifier qu’une popu­lation civile toute entière soit prise en otage par un État sur­puissant qui refuse depuis 60 ans d’appliquer le droit inter­na­tional. L’AFPS condamne vigou­reu­sement cette escalade cri­mi­nelle contre les civils pales­ti­niens sans défense. ( …) Elle demande que cesse immé­dia­tement le siège meur­trier de Gaza. » Une telle décla­ration est par­ti­cu­liè­rement significative.

Elle exprime pré­ci­sément l’erreur d’analyse qui sté­rilise toute pro­tes­tation, si indignée et si incan­ta­toire soit-​​elle, contre la poli­tique en effet inac­cep­table de l’État d’Israël. En réalité, une telle déné­gation constitue un aveu. Dire que « les tirs de roquettes ne sau­raient jus­tifier… », c’est recon­naître qu’en réalité, ils jus­ti­fient… S’il faut dire qu’ils ne devraient pas jus­tifier, c’est pré­ci­sément parce qu’ils jus­ti­fient… Et pour priver les Israé­liens de cette jus­ti­fi­cation dont ils se pré­valent devant l’opinion publique inter­na­tionale et grâce à laquelle ils béné­fi­cient de l’impunité, il faut cesser les tirs de roquettes. La simple rigueur nous oblige à cor­riger ainsi la for­mu­lation de l’AFPS : « Les tirs de roquettes arti­sa­nales sur Sdérot ne sau­raient se jus­tifier dès lors qu’ils entraînent iné­luc­ta­blement la prise en otage d’une popu­lation civile tout entière par un État sur­puissant. » C.q.f.d.

Nous concluons un marché de dupes lorsque, sous pré­texte d’être soli­daires de la résis­tance des Pales­ti­niens, nous fei­gnons d’affirmer notre soli­darité avec leur vio­lence. S’accommoder de cette vio­lence, ce n’est pas être soli­daire de la résis­tance des Pales­ti­niens, c’est être com­plice de leur malheur. En défi­nitive, ce n’est pas dans l’espérance de vaincre que les Pales­ti­niens recourent à la vio­lence, mais c’est en désespoir de cause. Nous ne sau­rions être de conni­vence avec ce désespoir. L’extrême tra­gique de la vio­lence pales­ti­nienne, c’est qu’elle est un pro­cessus sui­ci­daire. Il nous appar­tient de tout faire pour enrayer ce processus.

Sous pré­texte de ne pas vouloir déses­pérer Gaza, on ne veut pas recon­naître et, surtout, on ne veut pas dire que sur le terrain, depuis long­temps, les Pales­ti­niens ont perdu la guerre. Quand la guerre est perdue, il ne sert à rien de vouloir la continuer. Les combats attardés sont déjà perdus. Ceci étant, les Israé­liens n’ont pas gagné la paix. Pour cela, il leur faut d’abord recon­naître les droits inalié­nables des Pales­ti­niens à vivre sur leur terre.

Par ailleurs, comment ana­lyser ce que le texte de la Plate-​​forme appelle « les affron­te­ments inter-​​palestiniens » ? Ceux-​​ci, est-​​il affirmé, « ont troublé un certain nombre de mili­tants ». Il ajoute : « Pour dis­siper ce trouble, il faut appro­fondir le débat sur les ques­tions posées. » Ce débat est en effet néces­saire, alors même que cer­tains affirment que les mili­tants de la cause pales­ti­nienne ne doivent pas entrer dans un débat qui n’est pas le leur.

Tout d’abord, il est sûr que le refus de la com­mu­nauté inter­na­tionale, et tout par­ti­cu­liè­rement de l’Europe, de dia­loguer avec les repré­sen­tants du Hamas après que celui-​​ci ait rem­porté les élec­tions libres et démo­cra­tiques du 25 janvier 2006 constitue une faute poli­tique majeure. Un tel refus n’a pu qu’enfermer le Hamas dans son idéo­logie extré­miste. Au demeurant, le Fatah, pour sa part, portait lui-​​même une lourde res­pon­sa­bilité dans l’échec de sa gestion poli­tique et écono­mique des ter­ri­toires palestiniens.

Dans une décla­ration du 3 février 2006, le Pré­sident du Conseil de sécurité des Nations Unies « félicite le peuple pales­tinien à l’occasion de la consul­tation élec­torale libre et juste qui s’est déroulée dans la sécurité ». Cependant, au sujet de « l’enveloppe bud­gé­taire mise à la dis­po­sition du gou­ver­nement », le Pré­sident « note que les prin­cipaux dona­teurs ont fait savoir qu’ils réexa­mi­ne­raient leur assis­tance future au nouveau gou­ver­nement de l’Autorité pales­ti­nienne au regard de l’attachement de ce gou­ver­nement aux prin­cipes de la non-​​violence et de la recon­nais­sance d’Israël et de l’acceptation des accords et obli­ga­tions pré­cé­demment sous­crits ». On ne peut que s’étonner que le Conseil enjoigne ainsi au gou­ver­nement de l’Autorité pales­ti­nienne de conformer sa poli­tique « aux prin­cipes de la non-​​violence ».

Il serait inté­ressant de savoir pré­ci­sément ce que le Conseil de sécurité des Nations Unies entend par là. Il est pour le moins inha­bituel qu’il tienne ce langage. Peut-​​on être vraiment certain que ce même Conseil, en chacune de ses déci­sions, conforme sa poli­tique aux prin­cipes de la non-​​violence ? Il est au demeurant remar­quable que le Pré­sident ne formule pas la même exi­gence envers l’État d’Israël, ce qui, pourtant, il aurait dû faire pour être en cohé­rence. Concernant Israël, la décla­ration se contente de réaf­firmer « que la pour­suite des implan­ta­tions doit prendre fin » et de redire « la pré­oc­cu­pation que lui inspire le tracé de la bar­rière ». Ce qui est bien peu dire. Il y a donc deux poids et deux mesures. Pour ma part, je n’entends pas m’appuyer sur cet appel à « la non-​​violence » qui m’apparaît lar­gement équivoque.

Ceci étant, nous ne sau­rions dénier toute res­pon­sa­bilité aux Pales­ti­niens dans les affron­te­ments fra­tri­cides qui les opposent en se contentant d’incriminer Israël et les Occi­dentaux. Quand des Pales­ti­niens tuent d’autres Pales­ti­niens, c’est faire preuve quelque part d’une mal­hon­nêteté intel­lec­tuelle de nier toute res­pon­sa­bilité pales­ti­nienne et de se contenter de dire que « c’est la faute aux Israé­liens » ou que « c’est la faute à la com­mu­nauté inter­na­tionale ». Quand des Pales­ti­niens tuent d’autres Pales­ti­niens, que devient notre soli­darité ? N’est-elle pas aussi déri­soire qu’impuissante ? Aussi incon­ve­nante qu’inopérante ? Comme fra­cassée ? Car, enfin, de quelle cause les tués sont-​​ils les martyrs ? De quelle cause qui mérite encore notre soli­darité ? Comment être soli­daire du meurtre fra­tricide ? Et, pourtant, notre soli­darité avec le peuple souf­frant de Palestine est plus néces­saire que jamais. Mais à condition qu’elle ne soit jamais complice.

En défi­nitive, il me semble que l’urgence absolue, c’est que les Pales­ti­niens décident de renoncer à la vio­lence. Cette décision aurait d’autant plus de force qu’elle serait uni­la­térale. Pourquoi est-​​ce aux Pales­ti­niens de faire le premier pas ? Parce qu’au jeu tra­gique de la lutte armée, s’il n’y a aucun gagnant, ils sont les pre­miers per­dants. J’ai la conviction que l’annonce d’une telle décision aurait un reten­tis­sement for­mi­dable et un impact consi­dé­rable qui trans­for­me­raient radi­ca­lement le conflit qui les oppose aux Israé­liens. Nul doute que ce renon­cement à la vio­lence ferait appa­raître la cause pales­ti­nienne dans toute sa clarté aux yeux de l’opinion mon­diale et vau­drait aux Pales­ti­niens une soli­darité inter­na­tionale sans commune mesure avec ce qu’elle est aujourd’hui. Ce renon­cement à la vio­lence ne serait pas une simple trêve. Les trêves s’inscrivent encore dans la logique de la vio­lence – elles annoncent déjà à l’adversaire la reprise de la vio­lence -, elles ne trans­forment pas la nature du conflit.

Les auto­rités du Hamas ont proposé un cessez-​​le-​​feu, si Israël mettait un terme au blocus de Gaza. Mais Israël affirme vouloir pour­suivre ses raids mili­taires sur Gaza tant que le Hamas pour­suivra ses tirs de roquettes. Chacun reste dans sa logique qui est la logique de la vio­lence. Une logique de mort. Et chacun dira qu’il n’a pas d’autre choix. Que ce choix lui est imposé par le choix de l’autre. C’est ce qu’on appelle un cercle vicieux.

Le délais­sement uni­la­téral de la vio­lence de la part des Pales­ti­niens n’apparaîtrait pas comme un acte de fai­blesse, mais comme un acte de force. Reconnu comme tel, il pren­drait com­plè­tement à contre-​​pied l’État d’Israël dont la puis­sance mili­taire, qui constitue toute sa force dans un affron­tement violent, devien­drait inutile. Cela aurait également l’avantage de per­mettre aux réseaux israé­liens et juifs de militant(e)s pour la paix d’étendre lar­gement leur audience au sein de la société civile d’Israël et dans le monde. Cela pourrait s’avérer décisif. Car la vio­lence israé­lienne est aussi un pro­cessus sui­ci­daire. Au demeurant, les Israé­liens et les juifs qui, attachés à la réalité d’Israël, n’en sont pas moins révoltés contre les crimes et les des­truc­tions dont l’État d’Israël se rend cou­pable, ne devraient-​​ils pas adopter eux-​​mêmes une stra­tégie non-​​violente pour com­battre la colo­ni­sation de la Palestine ?

En outre, le renon­cement des Pales­ti­niens à la vio­lence per­met­trait le déploiement d’une force d’intervention civile de paix, dont le projet fut l’objet de la cam­pagne orga­nisée par le MAN en 2005 en par­te­nariat avec plu­sieurs ONG euro­péennes, pales­ti­niennes et israé­liennes [1] . Cette force serait com­posée de volon­taires inter­na­tionaux sans armes, ayant reçu une for­mation à la réso­lution non-​​violente des conflits, qui auraient pour mission de mener, au sein des popu­la­tions civiles, des actions d’observation, d’interposition et de médiation de proximité, afin de per­mettre aux acteurs de paix pales­ti­niens et israé­liens de se réap­pro­prier les enjeux du conflit aujourd’hui confisqués par la logique de la vio­lence et de créer les condi­tions d’une réso­lution poli­tique du conflit accep­table par les deux parties en pré­sence. Il s’agirait de déployer sur le terrain des dizaines, des cen­taines, des mil­liers de diplo­mates de proximité dont la pré­sence désarmée au sein des sociétés civiles aurait pour pre­mière finalité de faire reculer les peurs et de faire baisser le sen­timent d’insécurité et de créer des mesures de confiance entre les acteurs du conflit.

J’entends déjà tous ceux qui se récrieront en me repro­chant d’avoir l’outrecuidance de donner une leçon de morale à un peuple opprimé. Qu’ils se ras­surent, je tiens pour intan­gible le principe selon lequel c’est aux Pales­ti­niens, et à eux seuls, de décider des moyens de résis­tance qui leur semblent les plus appro­priés. Eux seuls, au demeurant, paieront le prix qu’il faudra payer. Mais l’idée que je me fais de la soli­darité n’interdit ni le dia­logue, ni le partage, ni le débat, ni même, le cas échéant, le désaccord. Je pense que cela fait partie inté­grante d’une soli­darité fraternelle.

La vio­lence, dira-​​t-​​on, les Pales­ti­niens n’en font pas le choix ; ils y sont contraints par la situation qui leur est imposée par l’agression de l’ennemi sio­niste et la com­plicité de la com­mu­nauté inter­na­tionale. Mais croire cela n’est-ce pas laisser penser que les Pales­ti­niens sont enfermés dans un destin tra­gique qui les condam­nerait à être soit des martyrs soit des meur­triers ? Croire cela n’est-ce pas leur dénier toute auto­nomie de pensée et d’action ? Refuser de débattre avec eux du choix des armes, n’est-ce pas en réalité nier l’autonomie qu’on prétend leur recon­naître ? N’est-ce pas les dépos­séder de la res­pon­sa­bilité d’être capables d’analyse et de décision ? Vouloir débattre avec eux, n’est-ce pas miser sur leur capacité d’autonomie, sur leur liberté de décision, en fin de compte sur leur dignité ? Recon­naître la res­pon­sa­bilité pales­ti­nienne dans la tra­gédie de la vio­lence, ce n’est pas mini­miser la res­pon­sa­bilité israé­lienne. L’une et l’autre n’obéissent pas au principe des vases communicants.

Non, je ne donne pas une leçon de morale, je tente de dis­cerner une analyse poli­tique qui implique un choix stra­té­gique. Non pas que le ques­tion­nement moral soit hors de propos dans ce débat – il est en défi­nitive essentiel -, mais, pré­sen­tement, ce n’est pas sur ce registre que j’entends me situer. Depuis des années et des années, la vio­lence pales­ti­nienne pollue la cause pales­ti­nienne aux yeux de l’opinion publique inter­na­tionale. Les mili­tants pro-​​palestiniens s’indignent de l’indifférence de la com­mu­nauté inter­na­tionale sans com­prendre que, pour une large part, cette indif­fé­rence se nourrit pré­ci­sément de la vio­lence pales­ti­nienne. L’idée prévaut au sein de la majorité silen­cieuse qu’« il faut bien qu’Israël se défende ». Cette idée, dont il faut au demeurant, que cela nous plaise ou non, recon­naître la part de vérité, agit sur l’opinion publique comme un chlo­ro­forme. On peut cer­tai­nement le regretter, mais on ne peut pas le nier.

Le choix poli­tique de renoncer à la vio­lence analysé ici n’est pas inspiré par le choix de la non-​​violence. Il est dicté par une analyse poli­tique qui s’efforce de prendre en compte la réalité de la situation. Pour autant, ce renon­cement à la vio­lence devrait être tout sauf un renon­cement à la résis­tance. Au demeurant, il ne s’agit pas de renoncer au droit à la vio­lence, mais de renoncer à l’exercice de ce droit. Au nom du réa­lisme poli­tique. Et c’est ici que se pose la question d’une stra­tégie de l’action non-​​violente comme alter­native à la vio­lence. Nous savons que des Pales­ti­niens, depuis plu­sieurs années, réflé­chissent sur la non-​​violence. Mais, même parmi eux, prévaut souvent l’idée que le choix de la non-​​violence ne saurait impliquer une cri­tique radicale du choix de la vio­lence. Ils s’en tiennent le plus souvent à l’idée que la nécessité de résister aux injus­tices qu’ils subissent du fait de l’occupation israé­lienne donne aux Pales­ti­niens le droit de recourir à la vio­lence. Même si eux-​​mêmes choissent l’action non-​​violente, ils acceptent le principe de la « diversité des tac­tiques » - ou de la « plu­ralité des tac­tiques » - selon lequel il convien­drait de concilier dans une même lutte des actions vio­lentes et des actions non-​​violentes. Ainsi, pour beaucoup d’entre eux, la non-​​violence peut aller de pair à tout moment avec la vio­lence. Dès lors, ils ne pro­posent pas le renon­cement à la vio­lence comme un principe politique.

J’ai suf­fi­samment d’amitié pour eux pour leur dire que ce posi­tion­nement n’est pas tenable. Si la com­plé­men­tarité entre la vio­lence et la non-​​violence a uns sens du point de vue de la vio­lence, elle n’en a pas du point de vue de la non-​​violence. Pour autant qu’ils consi­dèrent la non-​​violence comme un com­plément à la vio­lence ils se situent encore dans la logique de la violence.

Ceci étant, je com­prends la dif­fi­culté dans laquelle ils se trouvent. Ils n’osent pas affirmer le choix du renon­cement à la vio­lence parce qu’ils ont conscience qu’une telle affir­mation les ren­drait sus­pects, aux yeux de beaucoup des leurs, d’être traîtres à la résis­tance pales­ti­nienne. Et c’est vrai que d‘aucuns les accu­se­raient de faire le jeu des sio­nistes. Il faut ici prendre en compte le fait que, toutes ces der­nières années, s’est déve­loppée une véri­table « culture de vio­lence » au sein du peuple pales­tinien. Le recours à la vio­lence appar­tient à son ima­gi­naire. Il est devenu fon­dateur de son identité nationale. L’extrême tra­gique de la situation est que cette culture est en réalité une « culture de mort ». Cette « culture de mort » se fonde tout par­ti­cu­liè­rement sur le « culte des martyrs ». La tâche, mais elle est gigan­tesque, est donc de décons­truire cette culture de vio­lence et de construire une culture de non-​​violence.

Dans l’idéal, le renon­cement à la vio­lence devrait s’accompagner du choix de la stra­tégie de la résis­tance non-​​violente. Est-​​ce pos­sible ? Rien n’est moins sûr dans les cir­cons­tances pré­sentes. Pro­ba­blement que cela est même impos­sible aujourd’hui en tant que stra­tégie globale mise en œuvre sur l’ensemble du ter­ri­toire pales­tinien. Impos­sible non pas en soi, mais en fait. Cependant, l’action non-​​violente remar­quable menée par les habi­tants de Bil’in constitue un réel espoir.

Il a souvent été dit que la pre­mière Intifada, com­mencée en 1987 et qui a duré plus de quatre ans et demi, a été non-​​violente. Ce qui, en toute rigueur, est inexact. Certes, le Comité exé­cutif de l’OLP a décidé d’interdire l’usage des armes à feu et cette décision a constitué un événement dont l’importance doit être sou­lignée. Par ailleurs, de nom­breuses actions non-​​violentes ont été mises en œuvre (déso­béis­sances civiles, boy­cotts, ins­ti­tu­tions paral­lèles, …). Mais le choix de la non-​​violence n’a jamais été mis en avant. Le symbole de la pre­mière Intifada a été le lan­cement de pierres. Celui-​​ci n’était pas un symbole de non-​​violence, mais très exac­tement un symbole de vio­lence. De telle sorte que la résis­tance pales­ti­nienne n’a pas béné­ficié de l’impact qui aurait été celui d’une résis­tance non-​​violente . Un ami pales­tinien m’a dit : « Si nous avions été non-​​violents pendant la pre­mière Intifada, nous l’aurions été également pendant la seconde. » J’ai trouvé ses propos ins­pirés par une grande sagesse.

Les événe­ments qui se sont déroulés à Gaza le 25 février sont par­ti­cu­liè­rement signi­fiants. Une chaîne humaine s’est formée du Nord au Sud de la bande de Gaza sur près de 40 kilo­mètres. Les mani­fes­tants étaient pour la plupart des écoliers. Cette mani­fes­tation a été orga­nisée par le Comité popu­laire contre le siège de Gaza, dirigé par le député Jamal Al-​​Khoudari. Celui-​​ci a déclaré : « Il s’agit d’une activité paci­fique et civi­lisée qui permet aux gens d’exprimer leur rejet du siège et de la punition col­lective. Nous poussons un cri d’alarme pour que le monde réagisse. » Selon l’AFP, « l’armée et la police israé­liennes se tenaient prêtes pour faire face à tout débor­dement à la fron­tière, laissant entendre qu’elles n’hésiteraient pas à tirer des balles réelles en dernier recours. » Selon la formule consacrée, « il n’y a pas eu d’incident notable ».

Cependant, au moment de la dis­persion de la mani­fes­tation, quelques jeunes Pales­ti­niens ont jeté des pierres aux soldats israé­liens au point de passage d’Erez. C’est ce genre de débor­dement qui peut suffire à faire dégé­nérer une mani­fes­tation paci­fique. Il faut encore noter qu’au début de la mani­fes­tation deux roquettes ont été tirées du Nord de la bande de Gaza en direction du ter­ri­toire israélien. Mais n’y a-​​t-​​il pas une contra­diction irré­duc­tible entre l’organisation d’une chaîne humaine, qui est le type même de l’action non-​​violente, et le tir de roquettes ? Comment pré­tendre que le « message » envoyé par la pre­mière action est com­plé­men­taire du « message » lancé par la seconde ? Certes, les diri­geants du Hamas ont déclaré que ces tirs étaient une riposte aux tirs de mis­siles israé­liens qui avaient tué trois Pales­ti­niens dans la nuit du 24 au 25 février. C’est pré­ci­sément cet engrenage meur­trier qui fait perdre la paix à chacun des deux camps.

Le 27 février, j’ai reçu un courriel de Ziad Medoukh, fon­dateur et coor­di­nateur du Centre de la paix de l’université Al-​​Aqsa de Gaza dans lequel il m’écrivait : « Il y a beaucoup de mani­fes­ta­tions paci­fiques contre le blocus orga­nisées par des orga­ni­sa­tions de la société civile. Nous savons que la non-​​violence pourrait jouer un rôle beaucoup apprécié. » Il nous faut accueillir ce signe d’espérance.

J’ai bien conscience que ce dis­cours sur le renon­cement à la vio­lence est dif­fi­ci­lement audible pour un grand nombre des mili­tants pro-​​palestiniens français. Et, pourtant, plus je réfléchis, plus je suis convaincu que seule la décision pales­ti­nienne de renoncer uni­la­té­ra­lement à la vio­lence est capable, à terme, de changer la donne en Palestine. Sinon, la situation risque d’empirer chaque jour davantage, Et cela, en dépit des ges­ti­cu­la­tions diplo­ma­tiques actuelles. Sinon, nous conti­nuerons d’assister, impuis­sants et scan­da­lisés, à la montée aux extrêmes de la violence.

Les reven­di­ca­tions mises en avant par la Plate-​​forme des ONG fran­çaises pour la Palestine sont toutes jus­ti­fiées en théorie :
- Le retrait des Ter­ri­toires pales­ti­niens et la création d’un État pales­tinien viable dans les « fron­tières » de 1967 ;
- Le déman­tè­lement du mur ;
- Le déman­tè­lement des colonies de peu­plement, le réta­blis­sement de la liberté de cir­cu­lation des per­sonnes et des biens dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens occupés ;
- La recon­nais­sance de Jérusalem-​​est comme capitale du futur État pales­tinien ;
- La recon­nais­sance du droit au retour des réfugiés pales­ti­niens ;
- La libé­ration des pri­son­niers poli­tiques pales­ti­niens détenus de façon illégale. Mais j’ai très peur que ces reven­di­ca­tions, aujourd’hui et pro­ba­blement demain, soient hors de portée. Il faut avoir la lucidité de recon­naître qu’au regard de la situation qui, dans chacun des deux camps, prévaut sur le terrain et surtout dans les men­ta­lités, ces exi­gences sont irréa­listes. Aujourd’hui, selon toute pro­ba­bilité, elles relèvent d’une vision idéa­liste de la réalité. Continuer à les mettre en avant, comme cela se fait depuis des années, ne changera stric­tement rien à la réalité.

C’est pourquoi, au demeurant, de nom­breux obser­va­teurs pensent que la situation réelle rend de plus en plus impos­sible la création d’un État pales­tinien viable. C’est pourquoi, des Pales­ti­niens de plus en plus nom­breux réflé­chissent sérieu­sement à la création d’un seul État bi-​​national démo­cra­tique et laïc. Le malheur, c’est que ce projet est cer­tai­nement également hors de portée. Je lisais l’autre jour un dia­logue, au demeurant fort courtois, entre deux per­son­na­lités pales­ti­niennes qui avaient sur cette question des avis opposés. Ce qui m’a frappé, c’est que les argu­ments de l’un pour récuser le point de vue de l’autre étaient infi­niment plus convain­cants que ceux qu’ils s’efforçaient de faire valoir pour jus­tifier leur propre point de vue.

Ceci étant, il reste que les objectifs avancés par la Plate-​​forme sont justes au regard du droit inter­na­tional. Par principe, le respect de ces exi­gences for­mulées par les Pales­ti­niens ne dépend  [2] pas de la décision des Pales­ti­niens, mais de la décision des Israé­liens. Les Pales­ti­niens sont les deman­deurs, les Israé­liens sont les déci­deurs. Ce qui appar­tient aux Pales­ti­niens, c’est de décider quelles sont les ini­tia­tives qu’ils peuvent prendre pour créer les condi­tions poli­tiques qui per­met­traient de réa­liser ces objectifs. Doivent-​​ils, pour cela, recourir à la vio­lence ? Les faits ont déjà apporté une réponse négative à cette question. Et, comme nous le savons, les faits sont têtus. La réponse des faits, c’est non seulement que la vio­lence ne fait pas pro­gresser la justice, mais qu’elle la fait reculer.

Le renon­cement à la vio­lence apparaît donc comme l’une des condi­tions sine qua non pour atteindre ces objectifs. Mais le renon­cement à la vio­lence, au-​​delà de son impact immédiat sur l’opinion publique, ne pourrait se suffire à lui-​​même. Il per­met­trait pré­ci­sément d’inventer et d’expérimenter les méthodes d’une stra­tégie de résis­tance non-​​violente [3].

En défi­nitive, face à la situation qui prévaut actuel­lement en Palestine, quel est le choix le plus réa­liste ? Le choix réa­liste est celui qui est à la fois pos­sible, pro­bable et efficace. Le choix de la vio­lence est pos­sible et il est pro­bable. Mais il est inef­ficace. Le choix de la non-​​violence est pos­sible et il est efficace. Mais il n’est pas pro­bable. Dès lors, le choix réa­liste est de prendre toutes les ini­tia­tives pos­sibles pour aug­menter les pro­ba­bi­lités du choix de la non-​​violence. Le choix de la résis­tance non-​​violente offre une issue « idéale », mais il n’est pas idéa­liste. Les Pales­ti­niens qui la choi­siront peuvent espérer poser des jalons qui seront utiles quand crimes et ruines auront suscité, face au désastre, une prise de conscience mondiale.

Aujourd’hui, la situation est gra­vissime, pro­ba­blement davantage que nous n’osons le recon­naître. Il n’y a pourtant pas de fatalité. Á condition que nous nous effor­cions de faire preuve de lucidité. C’est ce à quoi je me suis efforcé. Sans tou­tefois pré­tendre y être parvenu.

Aujourd’hui, il s’agit d’éviter le pire. Et le pire, ce serait une explosion géné­ra­lisée de la vio­lence. Cata­clys­mique. La com­mu­nauté inter­na­tionale doit sans plus attendre se mobi­liser pour faire cesser le blocus écono­mique imposé par Israël à la popu­lation de la « Bande de Gaza ». La situation humaine et huma­ni­taire est devenue tra­gique. Abso­lument. Il faut de toute urgence, sans fixer aucun préa­lable, nouer un dia­logue diplo­ma­tique avec les auto­rités du Hamas qui contrôlent cette zone et faire pression sur les auto­rités d’Israël. L’idée, qui a prévalu jusqu’à présent, selon laquelle, « on ne dia­logue pas avec des ter­ro­ristes », n’est pas accep­table, aussi contes­tables, je crois l’avoir suf­fi­samment sou­ligné, que soient les tirs de roquettes. Ceux-​​ci ne sau­raient rester plus long­temps un pré­texte à l’inaction de la com­mu­nauté inter­na­tionale. Celle-​​ci sera d’autant plus cré­dible pour demander un « cessez le feu » aux Pales­ti­niens, qu’elle se sera engagée avec la plus grande déter­mi­nation pour que soient res­pectés envers les Gazaouis les simples exi­gences d’humanité. Toutes les condi­tions sont rem­plies pour appliquer le principe d’ingérence huma­ni­taire et démo­cra­tique. Demain, il sera trop tard.

 [4]

[1] Sur ce sujet cf. mon inter­vention à la ren­contre inter­na­tionale de Bethléem de décembre 2005, Choisir la non-​​​​violence pour rendre pos­sible un autre monde, Centre de res­sources sur la non-​​​​violence de Midi-​​​​pyrénées, 2006.

[2] Cf. sur ce sujet l’étude docu­mentée et rigou­reuse de Mohammed Abu-​​​​Nimer, Non­vio­lence and Peace Building in islam, Theory and Practice, Uni­verity Press of Florida, 2003

[3] Á cet égard le livre du Pales­tinien Mubarak Awad Non-​​​​violent struggle  –  50 crucial points est un document extrê­mement pré­cieux. Cf. également ma bro­chure La non-​​​​violence en action, éditée par le MAN, tra­duite en anglais et en arabe. Consulter aussi le site arabe : www​.maaber​.org

[4] P.S. : 29 février. Les faits sont déci­dément têtus. Depuis que j’ai fini d’écrire ce texte, les faits n’ont cessé de parler. Très fort. Vio­lemment. Mor­tel­lement. Dans la matinée du 27 février, un raid israélien frappe un minibus de la branche armée du Hamas à Khan Younès au sud de Gaza, tuant cinq d’entre eux et blessant un sixième. Un second raid mené sur le même site quelques minutes plus tard fait trois blessés. Le même jour, une roquette de la résis­tance est tirée de la bande de Gaza et frappe de plein fouet le collège Sapir, au nord de la ville de Sdérot et tue un Israélien. C’est le premier mort israélien depuis la prise de pouvoir par le Hamas à Gaza en juin 2007. Ce tir de roquette, affirme un com­mu­niqué du Hamas, est « une réponse au mas­sacre sio­niste commis par l’aviation israé­lienne ce matin à Khan Younès ». Peu après, deux Pales­ti­niens sont tués et deux autres blessés dans un nouveau raid israélien au nord-​​​​est de la ville de Gaza. Jeudi, plu­sieurs raids de l’aviation israé­lienne sont menés sur Gaza. En deux jours, trente et un Pales­ti­niens sont tués, dont quinze civils parmi les­quels huit enfants dont un bébé de six mois. Jeudi soir, le Hamas déclare avoir tiré 82 roquettes. Deux d’entre elles, ont atteint Ash­kemon, une ville de 120 000 habi­tants située à 40 kilo­mètres de Tel Aviv. Et les faits ne sont pas prêts de se taire. Et chacun des deux camps ennemis va continuer à jus­tifier ses meurtres par ses morts. La vio­lence est un engrenage aveugle. « Nous ne sau­rions rien, écrivait Albert Camus, tant que nous ne saurons pas si nous avons le droit de tuer cet autre devant nous ou de consentir qu’il soit tué. (…) Le meurtre est la question. » Oui, le meurtre est la question posée. A chacun(e) d’y répondre. En toute responsabilité.