Les Palestiniens dénoncent une « provocation » supplémentaire d’Israël

Le gouvernement de l’Etat hébreu a annoncé le prolongement d’une ligne ferroviaire pour aboutir par un tunnel au Mur des Lamentations à Jérusalem-Est et celui de la ligne de tramway vers des colonies en Cisjordanie

Serge Dumont, Le Temps, jeudi 3 novembre 2016

Les dirigeants israéliens profitent de ce que la communauté internationale focalise son attention sur la guerre en Irak et en Syrie pour renforcer l’emprise de leur pays sur les territoires occupés. Il ne s’agit pas seulement de construire des habitations dans les colonies existantes mais également de renforcer les infrastructures.

Le ministre des Transports, Israël Katz, un faucon du Likoud qui passe pour le successeur potentiel de Benyamin Netanyahou, a ainsi annoncé lundi que la ligne de train rapide qui reliera Tel-Aviv à Jérusalem en vingt-huit minutes à partir d’avril 2018 sera prolongée par un tunnel ferroviaire de deux kilomètres de long et aboutissant au pied du mur des Lamentations (le Kotel, en hébreu). Une « gare du Kotel » sera d’ailleurs érigée afin, dit le ministre, « de permettre aux pèlerins et aux touristes de se rendre plus facilement sur le lieu le plus sain du judaïsme ».

Le lendemain de cette première annonce, Israël Katz a jeté un autre pavé dans la mare en révélant que la ligne de tramway qui traverse actuellement Jérusalem sera prolongée jusqu’à atteindre plusieurs colonies de Cisjordanie occupée : Maaleh Adoumim, Adam, ainsi que le bloc de Goush Etzion situé entre Jérusalem et Hébron.

Colère des députés arabes

A en croire le ministre, les voyageurs pourront donc s’y rendre et en revenir sans payer de supplément. Comme s’ils se trouvaient en Israël et en utilisant simplement leur « pass » quotidien, hebdomadaire, mensuel ou annuel. « Quel que soit l’endroit où il se trouve, chaque Israélien doit pouvoir bénéficier d’un même service que tous les autres. Cela, même s’il réside dans nos communautés de Judée-Samarie [la Cisjordanie occupée, ndlr] », a-t-il déclaré.

En tout cas, le fait que ces colonies ne fassent pas partie du territoire israélien « n’est pas un problème » aux yeux d’Israël Katz. Ce qui déclenche les foudres des députés arabes israéliens à la Knesset, ainsi que du petit parti progressiste Meretz pour lesquels « le gouvernement de Benyamin Netanyahou se livre à une annexion rampante par le biais du Ministère des transports ».

« Les extrémistes de droite au pouvoir mettent tout en œuvre pour arrimer davantage les territoires palestiniens à leur pays, fulmine le député Ahmed Tibi. Ils veulent créer une situation inextricable sur le terrain afin que l’on ne puisse jamais délimiter les frontières de deux Etats vivant côte à côte si un accord de paix était signé. »

Violences à craindre

Les commentateurs israéliens reconnaissent une certaine efficacité au ministre Katz puisque les réseaux d’autoroute et ferroviaire se sont fortement développés depuis qu’il est en charge. En outre, le projet du métro de Tel-Aviv a été lancé et les travaux progressent à un rythme soutenu.

Cependant, le chantier du « train du Kotel » et celui du tramway vers les colonies sont d’un autre ordre. Beaucoup plus politique, donc plus sensible. Ils risquent en tout cas, de susciter de nouvelles violences puisque l’on imagine mal que les villageois palestiniens de Cisjordanie laisseront filer sous leur nez un tramway israélien reliant Jérusalem aux colonies sans réagir.

Même constat à propos de la prolongation de la ligne Tel-Aviv-Jérusalem jusqu’au Mur des lamentations puisqu’une partie du chantier se déroulera dans les quartiers arabes de la vieille ville annexé au lendemain de la guerre des Six jours (juin 1967).

Certes, pour l’opinion israélienne, le projet de train rapide Tel-Aviv-Jérusalem est un chantier prestigieux et bienvenu. Le plus important de l’histoire ferroviaire de leur pays. Mais pour les habitants de Jérusalem-Est et pour les Palestiniens en général, la prolongation de cette ligne est ressentie comme « une provocation supplémentaire ». Parce que des habitants risquent d’être expropriés alors que les Palestiniens de Jérusalem rencontrent généralement les plus grandes difficultés à trouver un logement dans la partie arabe de la ville. Et parce que la « gare du Kotel » sera érigée à quelques mètres du Haram al Sharif, l’Esplanade des mosquées qui passe pour le troisième lieu saint de l’islam.