Les Palestiniens commémorent le 68e anniversaire de la Nakba

L’Orient le Jour avec AFP, mercredi 18 mai 2016

Hier, à Ramallah, en Cisjordanie occupée, s'est tenue la traditionnelle marche commémorant la Nakba. Cette manifestation était le point d'orgue d'une mobilisation lancée il y a plusieurs jours, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Abbas Momani/AFP

Des centaines de Palestiniens ont défilé hier à Ramallah, en Cisjordanie occupée, pour la traditionnelle marche commémorant la Nakba (catastrophe en arabe) qu’a constitué pour eux la création d’Israël il y a 68 ans. Cette marche était le point d’orgue d’une mobilisation lancée il y a plusieurs jours et qui a été marquée par des défilés à travers la Cisjordanie et la bande de Gaza, parfois émaillés de heurts entre manifestants palestiniens et soldats israéliens. Des commémorations ont également eu lieu dans les villes arabes d’Israël, menées par les Arabes israéliens, descendant des 160 000 Palestiniens restés sur leur terre en 1948.

« Non à l’occupation, nous resterons Palestiniens, nous résisterons et nous reviendrons », a lancé un des organisateurs, Mohammad Aliyane, devant des centaines de personnes réunies dans le centre-ville de Ramallah. La foule brandissait des clés géantes, devenues le symbole de cet anniversaire et rappelant les clés de leurs maisons gardées par les réfugiés qui, pour beaucoup, pensaient revenir chez eux après le conflit israélo-arabe. La famille de Maha Abou Sourour, installée dans le camp de réfugiés d’Aïda à Bethléem, a gardé cette clé. « Nous venons du village de Beit Natif. Je ne l’ai jamais vu, j’en ai seulement entendu parler par mes grands-parents, mais je sens que je dois y retourner », dit cette femme d’une quarantaine d’années.

À Gaza, le Hamas et le Jihad islamique ont appelé à une nouvelle intifada, du nom des soulèvements populaires de 1987-1993 et 2000-2005. Le chef du Hamas en exil, Khaled Mechaal, a appelé à « l’unité » alors que les Palestiniens sont dirigés depuis dix ans par deux directions rivales : le Hamas dans la bande de Gaza et l’Autorité palestinienne, reconnue internationalement, en Cisjordanie occupée.

Les Palestiniens commémorent chaque année l’exode de centaines de milliers de personnes ayant été expulsées ou ayant pris la fuite en 1948. Plus de 12 millions de Palestiniens vivent à travers le monde, dont la moitié dans les territoires occupés et en Israël, selon des chiffres officiels palestiniens. Plus de 5,5 millions sont enregistrés comme réfugiés auprès de l’Onu. En 1948, accuse Hanane Achraoui, membre de la direction palestinienne, Israël a commis « une grave injustice historique » en détruisant « 531 villes et villages palestiniens et en commettant au moins 33 massacres ». Israël n’a jamais reconnu de massacre et conteste les chiffres des destructions. L’injustice se poursuit car « Israël recourt délibérément et systématiquement à des actes de violence, de colonialisme et de destruction », a ajouté Mme Achraoui.

Le « droit au retour » des réfugiés sur leur terre reste une exigence palestinienne fondamentale et l’une des questions les plus épineuses d’un éventuel règlement du conflit. La perspective d’un tel règlement semble actuellement très lointaine.