Les Palestiniens commémorent la « Nakba »

Serge Dumont ; Karim Lebhour, vendredi 16 mai 2008

En Cis­jor­danie et dans la bande de Gaza, le 60e anni­ver­saire de la « catas­trophe » a été rappelé dans la pro­tes­tation et le deuil.

« La sécurité d’Israël dépend de notre indé­pen­dance et de notre propre sécurité. La pour­suite de l’occupation n’apportera jamais la sécurité à per­sonne. » S’exprimant à Ramallah à l’occasion de la com­mé­mo­ration offi­cielle de la Nakba (la « catas­trophe » que repré­sente pour les Pales­ti­niens la création de l’Etat hébreu le 14 mai 1948), Mahmoud Abbas a déclaré jeudi que « soixante ans de rancœur et de frus­tration ne doivent pas faire perdre espoir au peuple pales­tinien ». Il a estimé que « le moment est arrivé de créer un Etat indé­pendant » et il a réaf­firmé le droit au retour des réfugiés de 1948 et de 1967.

Au même moment, sur la place Al-​​Menara (le cœur de la ville) des réfugiés venus du camp d’El-Hamari ont défilé en com­pagnie de mili­tants du Fatah et d’une série d’autres orga­ni­sa­tions pales­ti­niennes (sauf le Hamas). Ils bran­dis­saient la clef de leur domicile aban­donné en 1948 ou en 1967. « Je n’ai plus revu Salameh (ndlr : un village englobé dans le grand Tel-​​Aviv) depuis soixante ans et je me demande ce que la ferme de mes parents est devenue, explique cette pay­sanne habillée de la robe brodée tra­di­tion­nelle. Lorsque nous avons quitté nos murs dans une char­rette tirée par un âne, je ne me suis pas rendu compte que l’on partait pour tou­jours. Je me sou­viens encore de l’odeur du jasmin et du coucher de soleil sur la plage. Je don­nerais beaucoup pour revoir cela un jour. »

Quant à Mohamad, son époux ori­gi­naire de Jaffa (une ville arabe faisant désormais partie de Tel-​​Aviv), il focalise ses sou­venirs sur un arbre qui a bercé toute sa jeu­nesse. « Mon grand-​​père l’avait planté pour moi et j’aimais l’arroser, dit-​​il. Est-​​il encore en place ou a-​​t-​​il été rem­placé par des hôtels de luxe ? »

A l’occasion de la Nakba, l’Autorité pales­ti­nienne a érigé un village de tentes rap­pelant que les réfugiés ont vécu de longs mois dans ces habi­ta­tions som­maires. Sym­bo­li­quement leurs des­cen­dants y habitent depuis le début de la semaine « pour rap­peler ces souf­frances méconnues ». Parmi ceux-​​ci, Nadia, une étudiante à l’Université de Bir Zeit, guide les visi­teurs devant le monument rap­pelant les 420 vil­lages pales­ti­niens rasés après la création de l’Etat hébreu. Elle dis­tribue également un com­mu­niqué de la Com­mission nationale de com­mé­mo­ration de la Nakba exi­geant « la récu­pé­ration de nos pro­priétés et de nos biens spoliés ». « Il n’y aura jamais de paix véri­table sans droit au retour, assène-​​t-​​elle. Après tout, les Juifs vic­times des nazis ont exigé que leurs biens spoliés soient res­titués. Pourquoi cette pré­ro­gative et le devoir de mémoire seraient-​​ils refusés aux Palestiniens ? »

Dans d’autres grandes villes de Cis­jor­danie, des dizaines de mil­liers de per­sonnes ont également défilé pour com­mé­morer la « catas­trophe ». A Kal­kiliya, à quelques mètres du mur de sépa­ration, la mairie contrôlée par le Hamas a inauguré une clef métal­lique géante dans le parc muni­cipal. Dans les vil­lages voisins, des voi­tures de colons ont été atta­quées à coups de pierres.

Dans la bande de Gaza, les radios-​​télévisions contrôlées par le Hamas ont appelé les Pales­ti­niens à marcher en direction d’Erez, le prin­cipal point de passage avec l’Etat hébreu, mais ces mots d’ordre n’ont pas vraiment été suivis d’effet. Quelques cen­taines de Pales­ti­niens se sont effec­ti­vement approchés des posi­tions israé­liennes, mais les soldats de Tsahal les ont repoussés en ouvrant le feu et en blessant trois protestataires.

Enfin, en Israël même, des bagarres ont éclaté sur plu­sieurs campus uni­ver­si­taires entre des étudiants juifs et des arabes israé­liens vêtus de noir « pour marquer la perte de notre terre ». « Il nous était dif­ficile de ne pas com­mé­morer cette journée, déclare Aroud, le leader des étudiants arabes de l’Université de Haïfa. Après tout, nos racines sont ici. Nos ancêtres sont enterrés dans les alen­tours et les Juifs qui célèbrent les 60 ans de l’existence d’Israël ont trop souvent ten­dance à l’oublier. » [1]


Sur RFI [2] :

Des ballons noirs pour la Nakba

Les Pales­ti­niens ont com­mémoré jeudi à leur façon le 60e anni­ver­saire de l’Etat d’Israël en mani­festant dans la rue, en actionnant des sirènes et en lâchant des mil­liers de ballons noirs dans le ciel. Mais, le défilé organisé à Gaza par le Hamas pour la Nakba (la catas­trophe de la création de l’Etat hébreu) n’a pas eu le succès escompté.

La grande mani­fes­tation annoncée par le Hamas n’a pas tenu ses pro­messes. C’était fina­lement une mani­fes­tation limitée : pas plus de quelques mil­liers de per­sonnes, dans un lieu sym­bo­lique, Erez, le point de passage avec Israël.

« Nous sommes là pour montrer que nous avons le droit de rentrer chez nous », disait l’un des manifestants.

Des femmes lançaient des insultes

Plu­sieurs autres ras­sem­ble­ments pour le droit au retour des réfugiés ont eu lieu à Gaza, orga­nisés par le Jihad isla­mique ou par le Hamas, à chaque fois pour marquer l’intransigeance sur le droit au retour. Le Hamas se pose en garant du droit au retour, celui qui ne fera pas de concession.

« Mahmoud Abbas est un homme faible, mais la popu­lation n’est pas avec lui », a dit l’un des députés du Hamas à propos des négo­cia­tions en cours entre Israël et l’Autorité palestinienne.

A côté du député, des femmes lan­çaient des insultes à l’intention du pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne jugé res­pon­sable du blocus qui frappe Gaza.

Le sou­venir de la Nakba n’est pas parvenu à unifier les fac­tions poli­tiques palestiniennes.


Voir al-​​Ahram hebdo [3] :

Chronologie

1947

Février : Le gou­ver­nement bri­tan­nique, ne par­venant plus à main­tenir l’ordre en Palestine, décide de remettre son mandat à l’Onu.

Mars : La Ligue arabe rend la Grande-​​Bretagne et les Etats-​​Unis res­pon­sables de la dété­rio­ration de la situation en Palestine.

Mai : L’Onu désigne les membres d’un comité, l’UNSCOP (United Nations Special Com­mittee On Palestine), composé de repré­sen­tants de 11 Etats.

Sep­tembre : Publi­cation du rapport de l’UNSCOP. La majorité des membres recom­mande la par­tition de la Palestine et la minorité recom­mande la création d’un Etat fédéral.

Octobre : L’agence juive accepte l’idée de la partition.

Novembre : L’Assemblée générale de l’Onu adopte la réso­lution 181 sur le partage de la Palestine. La Haganah appelle les juifs de Palestine âgés de 17 à 25 ans à s’inscrire pour le service militaire.

Décembre : La Haganah lance son plan destiné à chasser la popu­lation pales­ti­nienne et occupe des posi­tions stra­té­giques dans le pays.

Les Arabes forment l’Armée de la Libé­ration pour aider les Pales­ti­niens à résister au partage.

Les Etats-​​Unis annoncent un embargo sur les armes vers la Palestine et les pays arabes.

La Grande-​​Bretagne déclare la fin de son mandat sur la Palestine pour le 15 mai 1948.

La Haganah attaque le village de Khisas et tue 10 pales­ti­niens puis celui de Qazaza.

1948

Janvier : Le premier contingent formé de 330 volon­taires arabes arrive en Palestine.

Février : Ben Gourion donne l’ordre à la Haganah à Jéru­salem de s’emparer de l’ensemble de la Ville sainte.

L’immigration illégale com­mence. Le navire Inde­pen­dence arrive à Tel-​​Aviv avec 280 volon­taires qui rejoignent la Haganah.

Mars : La Haganah déclare la mobi­li­sation générale et com­mence à exé­cuter le plan Dalet destiné à expulser les Palestiniens.

Avril : Arrivée de la pre­mière car­gaison d’armes tchèques à Haifa. La Haganah s’empare du village pales­tinien de Castel. Abdel-​​Qader Al-​​Husseini, le chef mili­taire pales­tinien à Jeru­salem Dis­trict, est tué.

L’Irgoun, la bande para­mi­li­taire sio­niste, mas­sacre la popu­lation du village de Deir Yassin. Les vil­lages sur la route vers Jéru­salem en sont attaqués et détruits.

Les Bri­tan­niques évacuent subi­tement la ville de Safed puis Haifa. Le Conseil de sécurité appelle à un cessez-​​le-​​feu.

Mai : Entre 175 000 et 200 000 Pales­ti­niens sont chassés de leurs maisons par les sionistes.

Le Liban et la Syrie décident d’envoyer des troupes en Palestine avec la fin du mandat bri­tan­nique. L’Iraq suivra puis l’Egypte. Trois car­gaisons d’armes à la Haganah arrivent de France.

Le 14 mai : L’Etat d’Israël est proclamé à Tel-​​Aviv.

Le 15 mai : Fin du mandat bri­tan­nique. Le pré­sident Truman reconnaît l’Etat d’Israël. Les troupes égyp­tiennes fran­chissent la fron­tières avec la Palestine. La brigade arabe tra­verse le Jourdain.

[1] dans de nom­breux pays les mou­ve­ments de soli­darité aavec le peuple pales­tinien ont mani­festé ou vont le faire. Ainsi au Canada : voir les photos et articles sur http://​www​.cpcml​.ca/​f​r​a​n​c​a​i​s​/​i​n​d​e​x​.html . En France le 17 mai à Paris, une Marche pour le Retour des réfugiés aura lieu à 13 heures (partira de Barbès à l’appel de nom­breuses orga­ni­sa­tions dont la GUPS) et un grand événement concert sera organisé au Parc des Expo­si­tions (hall 8) de 16 à 23 heures, pour les droits du peuple palestinien :

[2] Article publié le 15/​​05/​​2008 Der­nière mise à jour le 15/​​05/​​2008 http://​www​.rfi​.fr/​a​c​t​u​f​r​/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​101​/​​a​r​t​i​c​l​e​_​​66238.asp

[3] http://​hebdo​.ahram​.org​.eg/​a​r​a​b​/​a​h​r​a​m​/​2008​/​​5​/​​14​/​​d​o​s​s​2.htm