Les Palestiniens brouillent les cartes israéliennes

Mohammed Larbi, vendredi 6 mai 2011

Les Pales­ti­niens ont laissé les Israé­liens sans voix, ou encore pris dans leur propre logique basée sur des oppo­si­tions entre orga­ni­sa­tions pales­ti­niennes, comme si celles réelles il est vrai devaient être inso­lubles et marquer à jamais les rela­tions entre Palestiniens.

Sur ce terrain, les Pales­ti­niens ont offert au monde une image déplo­rable en étalant leurs diver­gences, que les uns et les autres croyaient pouvoir sur­monter à coups de canon. Il était donc temps de dépasser cette situation, mais les Pales­ti­niens savent que le monde les attend aussi sur leur capacité à res­pecter leurs propres enga­ge­ments. Il reste que cela per­turbe for­tement les Israé­liens qui exercent sur les Pales­ti­niens un incroyable chantage les sommant de choisir entre eux et le Hamas. Ils ont pour cela bloqué les avoirs pales­ti­niens, une pression de trop que ces der­niers jugent inac­cep­table, appelant le Premier ministre israélien à « res­pecter la volonté du peuple pales­tinien et cesser son ingé­rence inac­cep­table dans les affaires internes pales­ti­niennes », et à « cesser de mettre des obs­tacles sur le chemin de la paix, en par­ti­culier avec la construction de colonies ».

Il s’est pourtant trouvé un ministre israélien pour remettre en cause une telle agi­tation en consi­dérant, pour sa part, que « rien ne va changer, car tout cela c’est de la poudre aux yeux, le Hamas et le Fatah ne s’entendent sur rien ». C’est un défi lancé à ces deux for­ma­tions qui doivent prouver leur sérieux vis-​​à-​​vis de ce pro­gramme minimum dont l’objectif est d’assurer une tran­sition en attendant que soient orga­nisées des élec­tions à dif­fé­rents niveaux. En réponse à ces attaques, le chef de l’Autorité pales­ti­nienne Mahmoud Abbas a affirmé que les Pales­ti­niens ont décidé de « tourner pour l’éternité la page noire de la division », et que le Premier ministre israélien Ben­jamin Neta­nyahu, fer­mement opposé à cet accord, devait « choisir entre la colo­ni­sation et la paix ». Quant au Hamas, il a démonté en quelques mots toute la théorie israé­lienne et rassuré ceux qui ont décidé d’en faire une orga­ni­sation ter­ro­riste. Son leader Khaled Mechaal a en effet affirmé que son mou­vement va œuvrer pour par­venir à atteindre « l’objectif national pales­tinien » qui est d’établir un Etat sou­verain à Ghaza et en Cis­jor­danie. Ce qui cor­respond en tous points aux dif­fé­rents pro­cessus de paix basés jusque-​​là sur les réso­lu­tions de l’ONU, mais sera-​​t-​​il cette fois encore entendu ?

L’accord en question solen­nel­lement paraphé hier au Caire par Mahmoud Abbas et Khaled Mechaal, en pré­sence du secré­taire général de la Ligue arabe et d’un repré­sentant du secré­taire général de l’ONU, avait été signé la veille, en vérité par 13 groupes ainsi que des per­son­na­lités indé­pen­dantes. Outre le Fatah et le Hamas, le Jihad isla­mique, le Front popu­laire de libé­ration de la Palestine (FPLP), le Front démo­cra­tique de libé­ration de la Palestine (FDLP) et le Parti du peuple pales­tinien (ex-​​communiste) l’ont également ratifié. En ce qui concerne sa portée, un haut res­pon­sable du Fatah a assuré que le futur gou­ver­nement serait avant tout chargé de la gestion de la Cis­jor­danie et de Ghaza, et que M. Abbas et l’Organisation de libé­ration de la Palestine (OLP) conti­nue­raient de suivre le dossier des négo­cia­tions de paix pour le moment dans l’impasse. Ou encore, que « le rôle du gou­ver­nement se limitera aux ques­tions admi­nis­tra­tives concernant la vie des Pales­ti­niens à Ghaza et en Cis­jor­danie », et que « les ques­tions poli­tiques, y compris les négo­cia­tions du pro­cessus de paix, res­teront de la res­pon­sa­bilité de l’OLP ». Le texte est d’une extrême clarté. Les Pales­ti­niens ont jugé utile de le faire.