Les ONG dans le viseur de Netanyahou

L’organisation Breaking the Silence, qui publie les témoignages de soldats, est attaquée pour révéler ses sources.

Pierre Barbancey, l’Humanité, jeudi 21 juillet 2016

DES SOLDATS ISRAÉLIENS À SDÉROT, NON LOIN DE LA BANDE DE GAZA. PHOTO : REUTERS

Breaking the Silence (« Briser le silence ») est une ONG israélienne qui recueille et publie les témoignages de soldats engagés dans la répression dans les Territoires palestiniens. Un travail qui n’est pas du goût des autorités, qui, plutôt que briser le silence, préférerait briser la parole. Depuis deux mois maintenant, Breaking the Silence est citée à comparaître dans un procès visant à obtenir qu’elle divulgue ses sources. Or elle est reconnue comme offrant une plateforme aux soldats pour dénoncer sous couvert de l’anonymat les agissements condamnables de l’armée dans les Territoires.

« Si vous voyez quelqu’un, tirez ! » C’est l’ordre qu’ont ainsi reçu des soldats israéliens envoyés dans la bande de Gaza, durant la guerre menée à l’été 2014, selon plusieurs témoignages recueillis par Breaking the Silence. « Les ordres étaient de tirer pour tuer, même si la personne n’était pas identifiée », rapporte par exemple un sergent. « Vous ne trouverez pas de civils dans les zones d’intervention. Si c’est le cas, ils sont forcément suspects », a-t-il également été asséné aux militaires. L’un d’entre eux se souvient de deux Palestiniennes qui marchaient dans un verger lorsqu’elles ont été repérées par un drone. Elles ont été tuées. Aucune arme n’a pourtant été retrouvée sur elles. C’est également dans les documents de Breaking the Silence que l’on trouve ceci : « Le discours était vraiment d’extrême droite, un discours raciste et nationaliste », selon un lieutenant. « (Nos supérieurs) nous ont dit : si vous tuez quelqu’un à Gaza, c’est cool, ce n’est pas grave », rapporte un sous-officier.

Le procureur estime que les témoignages anonymes favorisent la diffusion de mensonges sans permettre d’enquêter sur les méfaits éventuels. Breaking the Silence invoque en revanche la nécessité de protéger ses sources et accuse l’État d’essayer de faire taire les voix discordantes.

Pour Yehuda Shaul, cofondateur de l’ONG, « plus aucun soldat ne parlera s’il sait qu’il risque d’aller en prison ». Breaking the Silence et d’autres ONG comme la Paix maintenant ou B’Tselem, critiques opiniâtres de l’occupation et de la colonisation israéliennes, font face à de dures attaques de l’un des gouvernements les plus à droite de l’histoire d’Israël et d’une partie de la classe politique qui voient en elles une « cinquième colonne » agissant pour les ennemis d’Israël.

La semaine dernière, sous prétexte de transparence, la Knesset a approuvé une loi très controversée sur le financement des ONG, précisément sur des aides de gouvernements étrangers. Une loi qui, selon un député de l’opposition, porte « les bourgeons du fascisme qui fleurit en Israël ».