Leïla Shahid : petits pas et lourdes menaces sur la Palestine

Françoise Germain-​​Robin, mardi 15 décembre 2009

La repré­sen­tante de l’Autorité pales­ti­nienne à Bruxelles, invitée d’un débat à l’Institut 
du monde arabe à Paris, fait un tour d’horizon de la situation au Proche-​​Orient.

C’est une soirée de retrou­vailles qu’avait orga­nisée, jeudi, le CJPP5 (comité justice et paix en Palestine et au Proche-​​Orient, du 5e arron­dis­sement) en invitant Leïla Shahid à parler de la poli­tique de l’Union euro­péenne face au conflit israélo-​​palestinien. Quatre jour­na­listes [1] étaient là pour la questionner.

La repré­sen­tante de la Palestine auprès de Bruxelles a d’abord dit le mal qu’elle avait eu à se repérer dans « le maquis des ins­ti­tu­tions de l’UE », décrite comme « un monstre à trois têtes » qui « avance par mil­li­mètres et à tout petits pas ». L’un de ces pas, c’est le texte adopté le 8 décembre par les ministres des Affaires étran­gères de l’UE qui affirme que Jéru­salem doit être la capitale de deux États, Israël et la Palestine, et que les colonies construites dans les ter­ri­toires conquis par Israël en 1967 sont illé­gales, y compris celle de Jérusalem-​​Est. Preuve de son impor­tance, « jamais, dit Leïla Shahid, les Euro­péens n’ont subi autant de pres­sions de la part d’Israël ». Elle salue « le courage » de la pré­si­dence sué­doise, faisant un parallèle avec la pré­si­dence fran­çaise qui avait tenté d’imposer un rehaus­sement des rela­tions avec Israël en en faisant un quasi-​​membre de l’UE, décision que « le Par­lement européen a heu­reu­sement bloquée ». C’est la seule bonne nouvelle.

Pour le reste, elle voit surtout des raisons d’inquiétude  : la division inter­pa­les­ti­nienne, constitue, dit-​​elle, « le défi le plus grave que nous ayons eu en soixante ans ». Il y a aussi « le risque d’une attaque contre l’Iran, qu’Israël utilise pour occulter le pro­blème pales­tinien ». « Ce serait la fin du monde car Israël a 200 têtes nucléaires et l’Iran, des mis­siles qu’il enverrait sur Dimona. »

Son espoir réside non dans les États arabes « coupés en trois mondes – Machrek, Maghreb, Golfe – et en proie à une crise d’identité réelle, et pas fictive comme en France », ni dans les États-​​Unis, où « le pré­sident a changé, mais pas les ins­ti­tu­tions », mais dans « la Turquie, qui constitue un pont et une vraie aubaine pour l’Union européenne ».

[1] René Backman, du Nouvel Obser­vateur, Domi­nique Vidal, du Monde diplo­ma­tique, 
Denis Siffert, de Politis, et Hassane Zer­rouky, 
de l’Humanité