Le sort du village des Collines d’Hébron sera probablement décidé par le Ministre israélien de la Défense

Ma’an News, mardi 9 août 2016

Un Palestinien assis à l'extérieur de sa tente dans le village de Susiya au Sud de la Cisjordanie. (AFP/Hazem Bader)

BETHLEHEM (Ma’an) — Dans l’évolution de la bataille juridique menée pendant des décennies par les habitants palestiniens du village de Susiya au Sud des collines d’Hébron pour rester sur leurs terres ancestrales, une audience de la Cour suprême israélienne a confirmé lundi qu’une décision relative au sort du village menacé devrait probablement être prise par le Ministre israélien de la Défense d’extrême-droite, Avigdor Lieberman.

L’audience a été fixée pour décider si devait être acceptée la demande de l’état d’Israël de démolir immédiatement et sans préavis 40 % du village en Cisjordanie occupée où vivent environ 100 personnes, selon l’ONG israélienne des Rabbins pour les Droits de l’Homme (RDH).

Il y a deux semaines, les autorités israéliennes ont brutalement mis fin à des mois de dialogue avec les habitants de Susiya, qui ont fait appel devant le tribunal, avec le soutien des RDH, en présentant un plan directeur sur la possibilité de légaliser le village.

Tout accord futur sur la légalité du village devrait être maintenant de la responsabilité du ministre de la défense, ont dit les autorités israéliennes aux habitants.

L’audience de la Cour Suprême israélienne a décidé que Lieberman déterminerait sa position dans un délai de deux semaines.

Pendant l’audience, Ia Présidente de la Cour Suprême d’Israël, Miriam Naor, a exprimé sa frustration devant le manque de clarté du gouvernement israélien en ce qui concerne sa position dans ce cas, ainsi que la position des habitants de Susiya et de leurs avocats s’étant pourvu en appel.

“Je ne comprends pas les demandeurs. Je ne comprends pas l’état. Je ne comprend rien ,” aurait déclaré Naor selon l’association israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem, qui a envoyé un Tweet en direct du tribunal.

“La position de l’état n’est pas claire. J’ai du mal à comprendre le fait que l’état vienne devant le tribunal avec un dossier après l’autre dire nous n’avons pas décidé ,” a-t-elle continué.

Dans un communiqué de presse mardi, les RDH ont déclaré que avant que le dialogue ne soit rompu, “les discussions avec les dirigeants de l’Administration (Civile Israélienne) ont donné lieu à des soupçons que le village était sous la menace croissante de démolitions immédiates.”

“Ces indications , en plus de la démolition de constructions dans la région de Susiya pendant les vacances du Ramadan — une rare initiative prise par l’armée — crée un précédent dangereux et suscite l’inquiétude que des considérations politiques n’aient été introduites dans un processus professionnel d’aménagement,” ont ajouté les RDH.

“Tout cela se fait au détriment de la population palestinienne locale, qui souffre déjà d’un système d’aménagement discriminatoire."

Depuis que l’Administration Civile Israélienne [1] a déclaré « site archéologiques » les terres du village en 1986, ses habitants palestiniens ont été plusieurs fois expulsés de leurs maisons, étant relogés à proximité dans des grottes, des tentes, ou des abris en bois temporaires, selon B’Tselem.

Depuis que les autorités israéliennes ont régulièrement déclaré que les habitants de Susiya étaient dépourvus de permis pour habiter là, les autorités ont, selon les villageois, systématiquement nié pendant des années leur droit à construire.

Au fil des ans, “Les habitants ont recueilli des fonds importants, engagé des experts, et soumis des plans d’ensemble à l’armée, » qui ont tous, au cours de tentatives pendant des années d’obtenir des permis de construire, été rejetés par Israël, selon les RDH.

L’Administration Civile israélienne a rejeté en 2013 une pétition des RDH en faveur d’un plan directeur, aux motifs qu’il ne répondaient pas aux critères nécessaires, et a recommandé que la communauté villageoise déménage de la Zone C — entièrement sous le contrôle de l’armée israélienne et où sont construites la plupart des colonies israéliennes illégales — à Yatta sous le contrôle de l’Autorité Palestinienne, dans la zone A.

RDH et B’Tselem ont critiqué le rejet par l’Administration Civile, comme étant discriminatoire, en remarquant que de nombreux avant-postes et colonies israéliens illégaux en Cisjordanie ne répondent pas à ces mêmes critères, mais ne sont pas confrontés à des démolitions.

En mai 2015, la Cour Suprême Israélienne a refusé de « geler » les ordres de démolition menaçant the village, en signifiant que les habitants de Susiya étaient confrontés à la "démolition imminente de leurs maisons, des constructions d’utilité publique, et des installations agricoles,” selon B’Tselem.

La décision a déclenché une indignation internationale, dont l’avertissement du Département d’Etat des USA selon lequel les démolitions dans le village seraient "néfastes et provocantes. » Plusieurs législateurs des USA ont depuis exprimé leur soutien au village.

Les habitants de Susiya et les RDH ont pu prouver les liens des habitants du village à la terre à l’aide de documents fonciers remontant à l’époque ottomane.

Ils allèguent que les motivations d’Israël pour détruire le village, bien qu’il soit clairement situé sur des terres privées palestiniennes, sont dues au fait qu’il représente le seul obstacle entre deux zones sous contrôle israélien Israeli — une colonie israélienne portant le même nom, Susiya, et un site archéologique au Nord du village palestinien.

Le tout dernier revers dans la bataille de Susiya en vue de sa reconnaissance légale intervient après que B’Tselem a publié la semaine dernière un rapport révélant que les autorités israéliennes ont démoli davantage de maisons palestiniennes en Cisjordanie occupée dans les six premiers mois de 2016 que dans l’ensemble de l’année 2015, dans lequel les associations de défense des droits soutiennent que c’est un signe inquiétant de l’intention d’Israël d’annexer entièrement la Zone C.

Traduit de l’anglais par Yves Jardin, membre du GT de l’AFPS sur les prisonniers

[1NDLR : Contrairement à ce que le nom laisse croire, l’Administration Civile est une administration militaire qui régit la vie des civils palestiniens dans les territoires occupés par l’armée israélienne.