Le socialiste français Frèche en flèche pour Israël

M. Saâdoune, mercredi 24 juin 2009

La der­nière ini­tiative du très ara­bo­phobe pré­sident de la région Languedoc-​​Roussillon, une région fran­çaise du sud de la France, George Frèche, membre éminent du parti socia­liste, crée des remous.

Le pré­sident de cette région, qui a pour capitale Mont­pellier, a annoncé le 5 mai dernier dans une interview au journal régional le Midi Libre, la mise en appli­cation d’une convention avec la cen­trale agroa­li­men­taire israé­lienne Agrexco qui prévoit l’installation d’un ter­minal au port de Sète destiné à recevoir des fruits et légumes en pro­ve­nance d’Israël. Il s’agit, pour ce militant sio­niste de longue date, de faire, selon ses propres termes, de ce pays un « allié com­mercial pour la région ». L’élu socia­liste, qui peut compter sur le vote massif des pieds-​​noirs très pré­sents dans cette partie méri­dionale de la France, met en avant les béné­fices, en termes de création d’emplois et d’impulsion de l’activité dans un contexte de crise. En inves­tissant 200 mil­lions d’euros, la région espère créer 200 emplois dans le cadre d’un projet plus vaste de coopé­ration avec Israël qui concède notamment à ce pays une pré­sence sur le marché européen de Per­pignan. Le projet a pour ambition de faire de la ville Mont­pellier, un des pôles mon­diaux de l’eau en s’appuyant sur les tech­no­logies israé­liennes et de per­mettre l’installation en Languedoc-​​Roussillon de l’Institut inter­na­tional de recherche agro­no­mique, dont le siège est actuel­lement à Washington, avec l’aide de l’Etat israélien.

Le choix d’AGREXCO est loin d’être innocent. Cette entre­prise spé­cia­lisée dans les fruits, les légumes et les fleurs, est l’un des ins­tru­ments de la poli­tique sio­niste de colo­ni­sation. Direc­tement rat­tachée au ministère israélien de l’Agriculture qui la contrôle à 50 %, AGREXCO met en oeuvre les poli­tiques de spo­liation du gou­ver­nement de Tel Aviv. Le directeur-​​général de cette entre­prise a reconnu, lors d’un procès à Londres en 2006, que 70 % de ses expor­ta­tions pro­viennent des colonies, en par­ti­culier de celles de la vallée du Jourdain. Dans ces colonies, 7.000 colons se sont appro­priés 95 % des terres et contrôlent 98 % de l’eau, contrai­gnant à l’exil ou à la misère les agri­cul­teurs pales­ti­niens des zones où sévit cette entreprise.

Scandale

La décision de George Frèche fait scandale quelques mois à peine après l’agression contre la ville de Ghaza, tou­jours soumise à un blocus cri­minel. La coopé­ration avec Israël, au moment ou l’Union euro­péenne a décidé le gel du « rehaus­sement » de ses rela­tions, est l’expression claire d’un soutien poli­tique incon­di­tionnel à un pays qui ne res­pecte aucune règle et qui continue son pro­cessus de colo­ni­sation de la Cisjordanie.

Dans une lettre ouverte, l’Association France-​​Palestine Soli­darité (AFPS) de la région Alès-​​Cévennes reconnaît la légi­timité de l’action pour le déve­lop­pement écono­mique, mais s’indigne qu’elle se fasse « au prix de la vio­lation du droit inter­na­tional et des textes qui régissent les accords entre l’UE et Israël, en par­ti­culier ceux qui ont trait au respect des droits de l’Homme (art. 2, 76 et 79) et à la règle d’origine qui proscrit les pro­duits des colonies ».

Plu­sieurs asso­cia­tions ont appelé à une mani­fes­tation le 25 juin à Mont­pellier contre le projet de Georges Frèche qui s’inscrit à contre-​​courant de la cam­pagne mon­diale de boycott des pro­duits israé­liens. Le soutien affiché à un Etat res­pon­sable de la mort de 1.300 per­sonnes à Ghaza est révé­lateur du tro­pisme anti-​​Arabe d’un parti socia­liste qui est lar­gement l’héritier de la SFIO de sinistre mémoire.

L’idéologie raciste et néo­co­lo­niale qui imprègne de larges sec­teurs d’un parti « de gauche » trouve son expression achevée dans un pré­sident de région qui n’a jamais caché ses incli­na­tions revan­chardes et sa nos­talgie de l’Algérie colo­niale. George Frèche et consorts ont trouvé en Israël une terre d’élections - à tous les sens du mot - à la mesure de leur échec his­to­rique. Le déve­lop­pement de la coopé­ration avec Israël, à contre-​​courant de l’Histoire et du Droit, se heurte à la déter­mi­nation des nom­breux mili­tants pro­gres­sistes - authen­tiques ceux-​​là - français, ceux qui défendent les droits de l’Homme et ceux qui ont pris le parti de la justice pour le peuple palestinien.