Le siège de Gaza : "intenable" ? Non, catastrophique !

Miko Peled, lundi 5 juillet 2010

Etant moi même juif et israélien, ayant un père qui fut général dans l’armée israé­lienne et y ayant moi même servi, je dis ceci : nier ou jus­tifier les actions israé­liennes équivaut à nier ou défendre tous les crimes contre l’humanité

Il sub­siste un doute dans l’esprit de gens sérieux quant à l’attaque israé­lienne contre la flot­tille de Free Gaza et les événe­ments qui ont entraîné la mort de 9 des mili­tants qui se trou­vaient à bord. Ce n’est pas vraiment sur­prenant puisque le com­mandant de la marine israé­lienne, l’Amiral Eliezer Marom, affirme que la mission a plei­nement réussi.

Selon lui, grâce à la retenue dont ont fait preuve les soldats israé­liens, aucun civil innocent n’a été blessé, les soldats sont rentrés à leur base sains et saufs et "9 ter­ro­ristes ont été tués." Aussi y a-​​t-​​il des gens -vous en connaissez peut-​​être - qui pensent que l’on devrait « lâcher un peu Israël ». Eh bien, je dis non !

Les gens qui étaient à bord de la Flot­tille de Free Gaza étaient des mili­tants paci­fistes cou­rageux et si je n’en avais pas été empêché par mon travail, j’aurais été parmi eux sur cette flot­tille. Les affir­ma­tions selon les­quelles ils sont liés à des orga­ni­sa­tions ter­ro­ristes ne valent pas un clou.

Ils avaient trois objectifs : amener à Gaza l’aide huma­ni­taire dont elle a gran­dement besoin, pro­voquer et embar­rasser Israël, et attirer l’attention du monde sur la crise huma­ni­taire à Gaza. Neuf de ces mili­tants ont donné leur vie pour par­venir à ce but.

Que des com­mandos israé­liens armés aient attaqué la flot­tille dans des eaux inter­na­tio­nales est un acte de pira­terie. Les gens qui étaient à bord du vaisseau ont fait ce que tout officier de marine vous dirait avoir été leur devoir : ils ont défendu héroï­quement leur navire et sa car­gaison et, comme nous le savons, neuf d’entre eux ont laissé la vie dans cet action héroïque. Les com­mandos israé­liens, paniqués, ont par lâcheté tiré sur une foule sans armes, tuant neuf per­sonnes et trans­formant ainsi une opé­ration ratée en une tra­gédie innommable.

Si j’avais pu me joindre à la Flot­tille de Free Gaza cela aurait été ma troi­sième ten­tative pour pénétrer dans la bande de Gaza assiégée où Israël empri­sonne et affame len­tement 1.4 million de civils dont 800 000 enfants.

Les Pales­ti­niens n’ont jamais eu d’armée, de chars, d’avions, et pourtant ils sont soumis à un blocus et à des attaques constantes qui entraînent des vic­times civiles innom­brables, des maladies hor­ribles et un malheur inexcusable.

Cer­tains disent que les mili­tants de la Flot­tille de Free Gaza vou­laient pro­voquer Israël et qu’ils n’étaient pas de simples mili­tants paci­fiques inno­cents. Mais, le mili­tan­tisme c’est fait pour pro­voquer. Un militant ne reste pas tran­quillement assis à regarder le monde avancer autour de lui. Contrai­rement au mythe auquel beaucoup d’Américains blancs vou­draient croire, quand Rosa Parks est montée dans un bus et s’est assise à une place réservée à des blancs, elle n’était pas qu’une Afro-​​américaine fatiguée. Elle était une mili­tante en mission : elle était là pour pro­voquer un système qui avait ses racines dans le crime de ségré­gation raciste sys­té­mique dont des parties de ce pays étaient coupables.

Quand quatre étudiants afro-​​américains orga­ni­sèrent l’action de Greensboro en février1960, ils ne se sont pas assis pour déjeuner au comptoir réservé aux Blancs sim­plement parce qu’ils avaient faim. Si on se rap­pelle MLK Jr., Mahatma Gandhi ou Nelson Mandela, on voit clai­rement que le mili­tan­tisme a pour but de pro­voquer, de révéler le mal, d’y attirer l’attention et puis de s’en débar­rasser. Le blocus de Gaza est l’un de ces maux. Les gens qui étaient à bord de la flot­tille fai­saient ce qui est juste.

On doit se demander ce qui est pire, com­mettre un crime ou le jus­tifier ? Qui sont les plus mauvais ? Ceux qui ont commis l’holocauste juif, le génocide arménien ou l’asservissement et les mas­sacres des Afri­cains ? Ou ceux qui pro­fitent, qui jus­ti­fient ces hor­reurs ou nient qu’elles aient eu lieu ? Etant moi même juif et israélien, ayant un père qui fut général dans l’armée israé­lienne et y ayant moi même servi, je dis ceci : nier ou jus­tifier les actions israé­liennes équivaut à nier ou défendre tous les crimes contre l’humanité.

Mal­heu­reu­sement, tout ce qu’on entend dire en pro­ve­nance des Etats-​​Unis, c’est que la situation à Gaza est « inte­nable ». On ne peut que se demander combien de son­dages d’opinion ont été faits, combien de brillants experts en com­mu­ni­cation il a fallu pour pro­duire cette expression vide de sens et réchauffée.

Je suis sûr qu’ils ont eu besoin de l’aval du Dépar­tement d’Etat, de l’ambassade d’Israël et de l’ AIPAC avant que le Pré­sident pro­nonce cet insup­por­table mot sans vie. La situation à Gaza n’est pas inte­nable, la situation à Gaza et dans toute la Palestine est catastrophique.