Le rejet des droits civils aux réfugiés pales­ti­niens est un danger pour le Liban

entretien avec Paul Salem, mardi 27 juillet 2010

Une fois de plus, l’affaire des droits à accorder aux réfugiés pales­ti­niens fait la Une de l’actualité et engendre toute une série de réac­tions variant entre soutien et oppo­sition. Pour sa part, le Par­lement libanais s’est fixé, le mois pro­chain, une séance dédiée au vote sur l’octroi de droits civils aux réfugiés. Au début de cette semaine, l’ambassadeur pales­tinien pour le Liban Abdallah Abdallah a appelé à un consensus entre les Libanais pour régler l’affaire. Retour sur l’enjeu que cette question repré­sente pour le Liban, avec le poli­to­logue Paul Salem interrogé par Nayla Chahla.

iloubnan​.info : Quelle est votre lecture de la décision du Palr­lement libanais de voter sur les droits civils des réfugiés pales­ti­niens le mois prochain ? [1]

La question de l’octroi de droits civils aux réfugiés pales­ti­niens est une affaire très impor­tante à aborder, surtout durant la période en cours. La pré­sence, depuis très long­temps, des Pales­ti­niens au Liban exige de leur accorder des droits socio-​​économiques afin qu’ils puissent jouir d’une vie digne et non pas d’une situation décrépite. C’est une question huma­ni­taire par excel­lence qui est sti­pulée et approuvée par la Consti­tution liba­naise depuis plu­sieurs années. Cette question doit être séparée du côté poli­tique qui porte sur la pré­sence mili­taire des groupes armés pales­ti­niens à l’intérieur et à l’extérieur des camps de réfugiés. Les condi­tions de vie actuelles des Pales­ti­niens fait penser à une punition alors qu’il n’est question ici offi­ciel­lement ni de blocus ni de sanction comme dans le cas de la Bande de Gaza. Nous ne pouvons pas punir les civils pales­ti­niens pour des raisons poli­tiques et sécu­ri­taires. D’un point de vue humain, interdire aux Pales­ti­niens leurs droits civils est injuste.

Que pensez-​​vous des voix qui évoquent des brèches sécu­ri­taires si les droits civils sont approuvés ?

La Consti­tution s’est clai­rement pro­noncée à ce sujet : elle a caté­go­ri­quement rejeté la natu­ra­li­sation des réfugiés pales­ti­niens sous toutes ses formes. Donc, nous n’avons pas à redouter de leur accorder des droits, qui ne sont pas poli­tiques, mais civils et sociaux. Tou­tefois, nous ne pouvons pas exclure la pré­sence de Pales­ti­niens armés en dehors des camps de réfugiés et qui constitue un obs­tacle majeur face à tout progrès en ce sens.sans parler des groupes armés exis­tants réper­toriés tant dans les ter­ri­toires pales­ti­niens qu’en Syrie. Cependant, je pense que l’octroi de droits sociaux aux civils leur per­met­trait d’accéder à l’emploi et au capital, et que ce serait béné­fique tant pour eux que pour le Liban. D’un point de vue écono­mique, de tels droits vont dyna­miser l’économie locale car l’activité com­mer­ciale serait basée au Liban, alors qu’aujourd’hui des mil­liers de tra­vailleurs étrangers actifs au Liban trans­fèrent l’argent ailleurs. Une fois que les réfugiés pales­ti­niens entreront sur le marché du travail, ils feront avancer notre secteur écono­mique libanais.

L’ambassadeur pales­tinien pour le Liban Abdallah Abdallah a appelé à un consensus libanais sur la question. Comment interprétez-​​vous sa position ?

Je suis tout à fait d’accord avec la position du res­pon­sable pales­tinien. Mal­heu­reu­sement, un consensus libanais à ce sujet est loin d’être réa­li­sable. A mon avis, le fait de rejeter les droits civils à accorder aux réfugiés pales­ti­niens serait très dan­gereux pour le Liban et mena­cerait la sécurité du pays. Si cer­tains redoutent une flambée de ten­sions, je dirais que cette crainte se confir­merait d’autant plus par ce rejet, car les mil­liers de Pales­ti­niens en plus des exclus parmi eux vont se révolter partout où ils se trouvent au Liban, entraînant ainsi le pays vers un l’insécurité et l’inconnu. Alors que si les députés libanais votent pour ces droits, à mon avis ils pro­tè­geront le Liban de pas mal de ten­sions. Octroyer des droits de base aux Pales­ti­niens et amé­liorer leurs condi­tions de vie, c’est contribuer à « désa­morcer » le contexte explosif de la pré­sence des Pales­ti­niens au Liban. Et ainsi servir au mieux le ren­for­cement et la construction de notre pays.

[1] la décision a été reportée depuis