Le réengagement américain au Proche-​​Orient débouche sur un fiasco

Laurent Zecchini, mardi 26 janvier 2010

Tout indique que le dou­zième voyage au Proche-​​Orient depuis un an de George Mit­chell, émis­saire amé­ricain pour la région, qui s’est achevé dimanche 24 janvier a été aussi infruc­tueux que les pré­cé­dents. L’ancien sénateur démo­crate a effectué une série de navettes entre le premier ministre israélien, Benyamin Néta­nyahou, et le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, Mahmoud Abbas. Au terme de celles-​​ci, les deux camps ont continué de s’accuser mutuel­lement d’avancer des "pré-​​conditions" rendant impos­sible une reprise des négo­cia­tions de paix, inter­rompues en décembre 2009.

En évoquant "les com­plexités et dif­fi­cultés" de sa mission, M. Mit­chell a fait écho aux propos du pré­sident Barack Obama, qui, dans un entretien publié jeudi par le magazine amé­ricain Time, avait reconnu l’échec de son admi­nis­tration dans le cadre du pro­cessus de paix israélo-​​palestinien. "Si nous avions anticipé plus tôt cer­tains de ces pro­blèmes poli­tiques des deux côtés (israélien et pales­tinien), nous n’aurions pas suscité des attentes aussi fortes", a indiqué M. Obama.

George Mit­chell n’a pas compris tout de suite que l’arrêt partiel de la colo­ni­sation en Cis­jor­danie consentie par M. Néta­nyahou, qua­lifiée de "sans pré­cédent" par l’administration amé­ri­caine, "n’était pas un progrès suf­fisant pour les Pales­ti­niens", a-​​t-​​il ajouté. Ce mea culpa ne signifie pas que Washington va cesser ses efforts diplo­ma­tiques, mais, un an après que M. Obama a sou­ligné qu’une solution au conflit était dans "l’intérêt stra­té­gique" des Etats-​​Unis, cet objectif semble s’être éloigné davantage.

D’une part parce que la perte de crédit dont pâtit le pré­sident amé­ricain, tant auprès des Pales­ti­niens que des Israé­liens, est à la mesure des espoirs qu’il avait fait naître ; d’autre part, parce que le chef de la Maison Blanche dispose d’une liberté de manoeuvre réduite après la perte d’une majorité qua­lifiée au Sénat.

Depuis son entrée à la Maison Blanche il y a un an, M. Obama n’a pris aucune ini­tiative pour inciter M. Néta­nyahou à faire des conces­sions. Washington s’est refusé à envi­sager une dimi­nution de son aide à l’Etat juif, et lorsque M. Mit­chell a vaguement évoqué une sus­pension de la garantie finan­cière des Etats-​​Unis à Israël, la Maison Blanche a immé­dia­tement démenti toute intention de ce genre.

L’évolution poli­tique aux Etats-​​Unis et la dégra­dation continue de la situation en Afgha­nistan rendent impro­bable un chan­gement d’attitude de l’Amérique vis-​​à-​​vis de son allié israélien. M. Néta­nyahou le sait.

Dimanche, le premier ministre israélien s’est rendu dans les blocs de colonies de Goush Etzion et Maalé Adoumim, pour y déclarer que ces por­tions de ter­ri­toire de la Cis­jor­danie consti­tueront "pour l’éternité une partie insé­pa­rable de l’Etat d’Israël". Mer­credi, M. Néta­nyahou avait indiqué que l’Etat juif conser­verait une "pré­sence" mili­taire dans la vallée du Jourdain. Cette double affir­mation n’est pas sur­pre­nante en soi, mais le choix du moment a été res­senti comme une pro­vo­cation sup­plé­men­taire par les Palestiniens.

L’échec de la médiation amé­ri­caine devrait pro­longer pour une durée indé­ter­minée un statu quo dans lequel M. Néta­nyahou ne voit que des avan­tages. Le calme perdure en Cis­jor­danie, en partie grâce à une crois­sance écono­mique positive, et à la bonne gestion du premier ministre pales­tinien Salam Fayyad, que com­plète la stra­tégie de "paix écono­mique" du gou­ver­nement israélien. A Gaza, le Hamas n’est pas pressé de rompre la trêve qu’il s’est imposée pour recons­tituer ses forces. Sûr que l’administration amé­ri­caine fermera les yeux, le premier ministre israélien peut pour­suivre une poli­tique de colo­ni­sation basée sur le fait accompli, qui sape les fon­da­tions d’un futur Etat palestinien.