Le rabbin Lynn Got­tlieb répond à une lettre de membres du Jewish Council for Public Affairs

Rabbi Lynn Gottlieb, samedi 21 juillet 2012

A la fin juin-​​début juille, l’Eglise Pres­by­té­rienne des Etats-​​Unis, réunie en congrès, s’est pro­noncée par une très large majorité en faveur d’une pro­po­sition de boycott des pro­duits des colonies. Cependant, la vente des actions détenues au travers d’un fonds de pension dans trois com­pa­gnies amé­ri­caines sou­tenant la colo­ni­sation - Car­ter­pillar, Hewlett Packard et Motorala - a été repoussée à l’issue d’un vote très serré. Dans le cadre de la cam­pagne menée pour empêcher l’adoption de ces deux pro­po­si­tions, 1200 rabbins amé­ri­cains ont publié une lettre qui a reçu l’appui de membres de l’organisation amé­ri­caine pro-​​israélienne Jewish Council for Public Affairs. Nous publions ci dessous la lettre que le Rabbi Lynn Got­tlieb a diffusé pour réfuter les argu­ments du JCPA.

8 juin 2012

Cher Eryn,

J’apprécie votre travail en faveur de la paix. Il m’est tou­tefois impos­sible de signer cette lettre qui s’oppose aux efforts déployés par PCUSA en vue d’adopter une poli­tique offi­cielle de dés­in­ves­tis­sement sélectif, option que j’ai sou­tenue de manière détaillée dans de nom­breuses décla­ra­tions, de même que celle du BDS. Vous pouvez trouver ces décla­ra­tions sur les sites du JVP et du F.O.R.

Eryn, votre lettre, comme la lettre signée par 1200 rabbins, pré­sente un profond vice de rai­son­nement. Ce sont les Pales­ti­niens et non les Juifs qui sont les cibles de la vio­lence sys­té­ma­tique per­pétrée par Israël. De fait, votre lettre ne par­vient pas à saisir ou à recon­naître la réalité sui­vante : la vio­lence sys­té­ma­tique de l’occupation mili­taire israé­lienne est le moteur du conflit.

Il est naïf de penser que toute lutte sérieuse contre la vio­lence sys­té­ma­tique d’un Etat et une occu­pation mili­taire peut être gagnée uni­quement en mettant sur pied des projets de co-​​existence. Pre­miè­rement, de tels projets sont limités par les pro­blèmes struc­turels aux­quels l’ensemble de la popu­lation pales­ti­nienne est confrontée du fait de l’occupation. Je me bor­nerai à citer ; à titre d’exemple, l’absence de liberté de cir­cu­lation, l’impossibilité d’exporter ainsi que le système de permis. Deuxiè­mement, les per­sonnes qui sont vic­times de vio­lences sys­té­ma­tiques ont le droit de déter­miner leurs propres méthodes de résis­tance. Celles prônées par Gandhi pour faire évoluer les conflits asso­cient la non-​​coopération et des méthodes posi­tives de construction de la paix. Les Pales­ti­niens sont engagés dans les deux, comme le sont les Pres­by­té­riens qui s’intéressent au conflit. Le dés­in­ves­tis­sement sélectif est une forme de non-​​coopération qui vise le système d’occupation. Les Pales­ti­niens ont choisi cette méthode de lutte non-​​violente. C’est une évidence.

La plupart des juifs et des chré­tiens ne désirent pas aller en Palestine pour résister en per­sonne et en adoptant des méthodes non vio­lentes aux poli­tiques israé­liennes de confis­cation des terres, démo­lition de maisons, des­truction des arbres et des biens , à l’invasion mili­taire, au déni de la liberté de cir­cu­lation, à la détention admi­nis­trative ou à l’arrestation d’enfants. La plupart des juifs et des chré­tiens ne se rendent pas en Israël pour mettre fin au blocus de Gaza et ne sont pas tués quand ils tentent de récolter leur blé ou de pêcher en Médi­ter­ranée. Les Gazaouis ne dis­posent que de 6 heures d’électricité par jour, ce qui signifie qu’il n’y a pra­ti­quement pas de réfri­gé­ration. Ce qui m’amène à vous demander si vous estimez que l’aide huma­ni­taire constitue une solution à la poli­tique israé­lienne d’occupation. L’occupation est une forme de vio­lence struc­tu­relle. L’une des parties peut accéder à l’eau, l’autre non, cela en raison de la poli­tique d’occupation. Si vous sou­tenez un projet visant à creuser des puits, par exemple, sa réa­li­sation sera sévè­rement limitée par l’incapacité des Pales­ti­niens à creuser un puits assez profond pour accéder à l’eau, même si vous payez la pompe. La vio­lence struc­tu­relle de l’occupation : c’est ce que vise le dés­in­ves­tis­sement sélectif. Le dés­in­ves­tis­sement fait pression sur les entre­prises qui font des affaires avec Israël pour qu’elles plaident en faveur de chan­gement ou qu’elles mettent fin à ces relations.

J’ai connu l’époque du mou­vement des droits civiques en Amé­rique. J’ai pu ainsi constater que la non-​​coopération, tra­duite en action directe, a fourni l’impulsion réelle pour un chan­gement. Les Blancs qui sont montés dans le Bus de la Liberté, qui ont par­ticipé à l’enregistrement des élec­teurs, aux marches orga­nisées pour mettre fin à la ségré­gation et qui ont été empri­sonnés aux côtés de membres de la com­mu­nauté afro-​​américaine ont contribué à mettre fin au système violent de la ségré­gation léga­lisée. Nous n’avons qu’à lire la lettre que MLK (Martin Luther King) a écrit au clergé dis­sident alors qu’il était détenu dans la prison de Bir­mingham pour le com­prendre. À l’époque, la pro­motion de la paix et de la justice impli­quait, pour ceux qui sou­hai­taient par­ti­ciper au combat contre la ségré­gation, l’acceptation de la pers­pective d’être empri­sonné ; adopter cette méthode de lutte col­lective consti­tuait un authen­tique acte d’amour. De la même façon, sou­tenir aujourd’hui le dés­in­ves­tis­sement sélectif est un acte d’amour, de foi et d’espérance. Cet acte ne me choque pas et ne m’incite pas à penser que je suis injus­tement visé en tant que Juif. Au contraire. Le dés­in­ves­tis­sement sélectif est une forme d’action directe non-​​violente qui cor­respond à mes valeurs en tant que per­sonne sou­tenant la non-​​violence juive ainsi qu’à ma manière de com­prendre ma tra­dition. On ne devrait pas tirer profit de ce qui a été obtenu par l’application de moyens vio­lents . Si votre fonds de pension grossit parce qu’une part a été investie en actions Cater­pillar, vous devriez vendre ces actions. Ne pas le faire constitue une vio­lation de la loi juive. Pourquoi ne pouvez-​​vous pas investir dans la paix et dés­in­vestir dans la vio­lence simultanément ?

Ceux qui, au sein de la com­mu­nauté juive, croient en la coexis­tence ne par­tagent pas l’idée qu’un dés­in­ves­tis­sement sélectif nuit aux rela­tions judéo-​​chrétiennes. Mon expé­rience per­son­nelle est tota­lement dif­fé­rente. Les efforts déployés col­lec­ti­vement en ce sens – par delà les fron­tières reli­gieuses, cultu­relles et raciales – par des juifs, des musulmans et des chré­tiens a ren­forcé nos rela­tions au lieu de les affaiblir. Je félicite le PCUSA pour ses efforts en faveur de l’instauration d’une poli­tique de dés­in­ves­tis­sement sélectif.

Puissions-​​nous nous aimer les uns les autres en nous diri­geant vers la fin de l’occupation et établir de bonnes rela­tions. Je prie pour qu’une paix durable advienne rapi­dement de nos jours.

Respectueusement,

Rabbi Lynn Gottlieb

Traduction O pour l’AFPS

Lettre JPCA (anglais)

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