Le projet d’Israël d’attaquer l’Iran se confirme

Jean Shaoul, mardi 21 octobre 2008

Il ne fait pas de doute qu’il y a des indi­vidus au sein de la classe diri­geante israé­lienne et amé­ri­caine qui font pression pour une escalade du mili­ta­risme dans cette région, tandis que la question ira­nienne est l’un des sujets les plus polé­miques des élec­tions pré­si­den­tielles américaines.

La semaine der­nière, le Guardian a confirmé qu’Israël envi­sa­geait sérieu­sement une attaque mili­taire contre les ins­tal­la­tions nucléaires ira­niennes au prin­temps dernier. Le journal a rap­porté que lorsque le premier ministre israélien d’alors, Ehoud Olmert, avait soulevé la question en mai dernier lors de la visite du pré­sident amé­ricain, George W Bush, en Israël, Bush avait opposé son veto.

Le spé­cia­liste du Guardian pour le Moyen-​​Orient, Jonathan Steele, cite du per­sonnel diplo­ma­tique de haut rang tra­vaillant pour un chef de gou­ver­nement européen et qui a ren­contré Olmert quelque temps après la visite de Bush.

Selon les sources du Guardian, les dis­cus­sions étaient tel­lement sen­sibles qu’elles avaient dû être menées en privé et en l’absence de secré­taires. Ces sources disent qu’Olmert « a reçu (le refus du feu vert amé­ricain) comme étant la situation du moment et que la position amé­ri­caine ne chan­gerait vrai­sem­bla­blement pas tant que Bush serait aux affaires ».

Il semble que le refus de Bush de cau­tionner une attaque contre l’Iran se fonde sur plu­sieurs fac­teurs. Tout d’abord les Etats-​​Unis crai­gnaient qu’une telle attaque ne pro­voque une réplique de l’Iran, ce qui signi­fierait cer­tai­nement une vague d’attaques contre le per­sonnel mili­taire et civil en Irak, en Afgha­nistan et contre la flotte amé­ri­caine basée dans le Golfe per­sique. Le gou­ver­nement irakien à domi­nante chiite mis en place par les Etats-​​Unis, entre­tient des liens étroits avec Téhéran dont il dépend largement.

Deuxiè­mement, il est peu pro­bable qu’une attaque aérienne israé­lienne, même avec des dizaines d’avions, réus­sisse à anéantir les ins­tal­la­tions nucléaires ira­niennes, qui sont lar­gement dis­persées dans plu­sieurs lieux sou­ter­rains for­tifiés qui sont dis­persés de par le pays.

En plus, le chemin le plus court pour se rendre à Natanz, l’usine ira­nienne d’enrichissement d’uranium, est à plus de 1000 kilo­mètres d’Israël et impli­querait le survol de l’espace aérien irakien, contrôlé par les Amé­ri­cains. Il ne serait pas pos­sible pour Israël de déclencher une telle attaque sans l’accord explicite des Américains.

Ceci met­trait les Amé­ri­cains dans l’impossibilité de démentir offi­ciel­lement avoir eu connais­sance de l’attaque. L’Iran aurait toutes les raisons de déduire la par­ti­ci­pation de Bush à un tel acte de guerre et cela conduirait l’Iran à riposter.

L’Iran a plu­sieurs fois déclaré que le pays se défen­drait contre toute attaque sur ses ins­tal­la­tions nucléaires (dont elle continue à main­tenir le caractère civil). Une attaque aérienne accé­lé­rerait le déclen­chement d’une guerre à grande échelle, sortant lar­gement du cadre de l’Iran et sou­li­gnant l’isolement croissant des Etats-​​Unis dans la région. Cela entraî­nerait des attaques du Hez­bollah contre Israël et même des attaques ter­ro­ristes sur le sol américain.

Un res­pon­sable a déclaré « Plus de dix années se sont écoulées depuis la der­nière attaque ter­ro­riste du Hez­bollah en dehors d’Israël, pro­vo­quant la mort de 85 per­sonnes lors de l’attaque d’un bâtiment de l’association Argentine-​​Israël ». Il a ajouté : « Il y a une dia­spora liba­naise impor­tante au Canada, au sein de laquelle il doit y avoir des sym­pa­thi­sants du Hez­bollah. Il pourrait s’introduire aux Etats-​​Unis et y mener des actions. »

En niant que Bush ait refusé de donner son feu vert à Israël pour attaquer l’Iran lors de toutes leurs ren­contres, l’attaché de presse d’Olmert n’a fait que confirmer ce que le Guardian avait avancé.

Le porte-​​parole du Conseil national de sécurité amé­ricain, Gordon Johndroe, a refusé de faire le moindre com­men­taire sur la teneur d’une conver­sation privée entre Bush et Olmert et il a précisé : « La position du pré­sident est qu’aucune option n’est à exclure, mais la diplo­matie demeure notre priorité. »

Même s’il apparaît que Bush a mis son veto en privé aux inten­tions d’Israël d’attaquer l’Iran, il continue publi­quement d’afficher une attitude bel­li­queuse envers l’Iran et rien n’indique qu’au moins pour le moment il ait exclu l’option militaire.

Le len­demain, dans son dis­cours à la Knesset, Bush a dit aux députés : « L’Amérique se tient à vos côtés pour s’opposer fer­mement aux ambi­tions ira­niennes d’acquérir l’arme nucléaire. Auto­riser les prin­cipaux pro­mo­teurs du ter­ro­risme mondial à pos­séder les armes les plus meur­trières au monde serait une tra­hison impar­don­nable envers les futures géné­ra­tions. Dans l’intérêt de la paix, le monde ne doit pas per­mettre à l’Iran d’avoir l’arme nucléaire. »

Les inten­tions israé­liennes d’attaquer les ins­tal­la­tions nucléaires ira­niennes n’ont pas du tout cessé, et ceci malgré le fait que 16 agences amé­ri­caines de ren­sei­gnement aient publié en décembre dernier un NIE (Esti­mation nationale de ren­sei­gnement) long­temps ajourné qui concluait que Téhéran a mis fin depuis décembre 2003 à son pro­gramme d’armement atomique.

Les diri­geants poli­tiques et mili­taires israé­liens, qui consi­dèrent l’Iran comme le prin­cipal rival d’Israël dans la région, ont rejeté le rapport du NIE et ont à plu­sieurs reprises voulu s’assurer que l’administration Bush « s’occuperait » de l’Iran avant de quitter le pouvoir.

Ces diri­geants veulent abso­lument garder leur supré­matie mili­taire au Moyen-​​Orient et empêcher que l’Iran ou tout autre voisin n’ait la pos­si­bilité de maî­triser la tech­no­logie nucléaire leur per­mettant de pro­duire des armes nucléaires. Ce n’est un secret pour per­sonne qu’Israël possède un arsenal de plus de 200 mis­siles nucléaires. Afin de garder son monopole nucléaire, la classe diri­geante israé­lienne est tout à fait dis­posée à plonger toute la région dans la guerre par l’intermédiaire d’une attaque sans pro­vo­cation préa­lable et cri­mi­nelle contre l’Iran.

Des ministres che­vronnés, dont Olmert en per­sonne, en novembre dernier ont averti qu’Israël enga­gerait seul des actions mili­taires pour sup­primer la « menace » posée par les ins­tal­la­tions nucléaires ira­niennes. En sep­tembre dernier, Israël avait détruit une cible syrienne désertée que Washington et Tel-​​Aviv pré­ten­daient être une ins­tal­lation nucléaire construite par la Corée du Nord. Cette attaque n’avait pas suscité de condam­nation inter­na­tionale sérieuse et est consi­dérée comme pré­curseur d’une attaque à venir contre l’Iran.

En avril dernier, le ministre de l’Aménagement du ter­ri­toire, Ben­jamin Ben-​​Eliezer a menacé l’Iran de des­truction com­plète si ce pays s’attaquait à Israël. Cette menace a été for­mulée lors d’un exercice mili­taire de 5 jours et d’indications conti­nuelles d’une attaque israé­lienne pré­ventive contre les ins­tal­la­tions nucléaires iraniennes.

Même après l’apparent veto de Bush, les menaces ver­bales et les spé­cu­la­tions quant à une attaque aérienne immi­nente contre l’Iran n’ont pas cessé. En juin, Israël a effectué des manœuvres à grande échelle au dessus de la Médi­ter­ranée occi­dentale avec 100 avions de combat F-​​15 et F-​​16, avec des avions de ravi­taillement et des héli­co­ptères de sau­vetage. S’appuyant sur des sources ano­nymes, le New York Times a annoncé que l’opération était une répé­tition d’une attaque contre l’Iran.

Quelques semaines plus tard, Shaul Mofaz, vice premier ministre et ancien ministre de la Défense, a prévenu que, comme les sanc­tions inter­na­tio­nales avaient été inef­fi­caces, une attaque uni­la­térale contre l’Iran était inévitable.

La position offi­cielle de Washington et Tel-​​Aviv consiste à dire que la diplo­matie est la voie qu’ils pré­fèrent pour les rela­tions avec l’Iran. Et beaucoup consi­dèrent ces menaces et ces jeux guer­riers comme par­ti­cipant d’une cam­pagne de pression orchestrée contre l’Iran pour que ce dernier obéisse aux exi­gences amé­ri­caines d’arrêt de son pro­gramme d’enrichissement nucléaire. Mais, comme Israël n’est pas en mesure de mener seul une attaque réussie contre les ins­tal­la­tions nucléaires ira­niennes, le but final de telles menaces, en ce qui concerne des per­son­na­lités influentes de Tel-​​Aviv et de Washington, est d’attirer les Etats-​​Unis dans une telle attaque.

Récemment Israël a conclu un marché avec Washington en vue de l’achat de bom­bar­diers furtifs F-​​22 qui conviennent par­fai­tement pour le type de bom­bar­dement ciblé pla­nifié le com­man­dement mili­taire aérien israélien. La flotte exis­tante d’avions de combat F-​​15 pourrait également être uti­lisée pour lancer une attaque sur l’Iran.

L’armée israé­lienne a acheté 90 chas­seurs bom­bar­diers F-​​161 qui peuvent atteindre l’Iran et en recevra 11 de plus d’ici la fin de l’année pro­chaine. Elle a également acheté à l’Allemagne deux nou­veaux sous-​​marins de type Dolphin qui s’ajoutent aux trois sous-​​marins déjà en sa pos­session. Ces sous-​​marins sont déclarés capables de lancer des mis­siles nucléaires.

Début sep­tembre, le ministère amé­ricain de la Défense a déclaré au Congrès qu’ils avaient l’intention de vendre à Israël 1000 bombes intel­li­gentes assez puis­santes pour pénétrer 90cm de béton armé.

Dimanche, il a été annoncé que les Etats-​​Unis avaient fourni à Israël un système de radar supé­rieur qui pourra fournir une alerte précoce dans le cas d’une attaque de mis­siles ira­niens. Du nom de FBX-​​T, il sera relié à la Station ter­restre tac­tique prin­cipale amé­ri­caine et sera géré par 120 mili­taires amé­ri­cains. Actuel­lement, le bou­clier anti­mis­siles israélien Arrow II fonc­tionne avec un système de radar moins perfectionné.

Alors qu’en mai dernier, Bush a refusé à Israël son accord pour attaquer l’Iran car il pensait que c’était là un pas trop abrupt, l’intensification mili­taire dans la région montre clai­rement qu’une telle attaque est loin d’être défi­ni­ti­vement écartée. En effet, cer­tains éléments au sein de l’Administration Bush n’ont pas encore exclu une attaque non pro­voquée contre l’Iran avant les élec­tions pré­si­den­tielles de novembre prochain.