Le plus grand atout de la Palestine : son peuple

Arjan El Fassed, mardi 25 novembre 2008

La plus impor­tante ins­ti­tution du peuple pales­tinien doit être refondée. L’OLP n’est main­tenant plus qu’une coquille vide, et ne peut pas pré­tendre repré­senter fidè­lement les Palestiniens.

Cette semaine, au Caire, en Egypte, plu­sieurs fac­tions pales­ti­niennes étaient censées démarrer un dia­logue inter-​​palestinien attendu depuis fort long­temps. En octobre dernier, après des dis­cus­sions avec les prin­cipaux mou­ve­ments poli­tiques, dont le Fatah et le Hamas, l’Egypte a proposé un plan pour mettre fin aux luttes intes­tines, appelant de ces vœux l’élaboration d’un gou­ver­nement d’unité nationale, la réforme de l’Organisation de Libé­ration de la Palestine (OLP) et des ser­vices de sécurité de l’Autorité Pales­ti­nienne (AP) et la pré­pa­ration d’élections en Cis­jor­danie et dans la Bande de Gaza. Le Hamas avait appa­remment prévenu les offi­ciels égyp­tiens qu’il ne par­ti­ci­perait pas à cette ren­contre. Il avait envisagé ce boycott en raison de réserves sur le projet d’accord, de diver­gences quant à l’extension du mandat pré­si­dentiel du pré­sident de l’Autorité Pales­ti­nienne Mahmoud Abbas et d’une ven­detta en cours menée par les ser­vices de Abbas contre les membres du Hamas en Cisjordanie.

En janvier, le président-​​élu Barack Obama sera intronisé nouveau chef de l’état amé­ricain. Le mandat de Abbas se ter­minera quelques jours aupa­ravant, et en février auront lieu des élec­tions en Israël. En 2010, le mandat du Conseil Légis­latif Pales­tinien prendra également fin.

Avec la fin de l’ère George W. Bush à la pré­si­dence amé­ri­caine, l’échec du pro­cessus d’Annapolis mon­trera une fois pour toute que depuis la guerre de 1967, Israël a fait tout ce qui était en son pouvoir pour s’assurer que la solution à deux états ne verrait pas le jour. Toute une série de décla­ra­tions émanant du Quartet pour le Moyen-​​Orient et appelant Israël à « geler » la construction et l’extension des colonies sur des ter­ri­toires pales­ti­niens occupés et à faci­liter la libre cir­cu­lation des Pales­ti­niens ont été ignorées par Tel-​​Aviv en toute impunité.

Lorsque ces négo­cia­tions de façade se ter­mi­neront sans résultats, le régime de Abbas et l’Autorité Pales­ti­nienne per­dront les der­niers restes de leur légitimité.

A l’origine, l’Autorité Pales­ti­nienne avait été créée pour mettre en oeuvre les Accords d’Oslo de 1993. Cet intérim devait en théorie prendre fin avant 1999 avec la création d’un état pales­tinien tota­lement indé­pendant – même si cela ne fut jamais affiché ainsi. Mais l’échec des négo­cia­tions de Camp David en 2000, la ren­contre de Taba qui suivit, la mori­bonde « feuille de route » et le pro­cessus bloqué d’Annapolis ont pro­longé cette période « tampon » indé­fi­niment et sans qu’on en voie la fin. Il nous faire face à la réalité : c’est la fin de la solution à deux états. L’Autorité Pales­ti­nienne, sans autre raison d’être que de servir les intérêts d’Israël en tant que sous-​​traitant de l’occupant, ne doit pas être main­tenue en vie. Son exis­tence ne fait que pro­longer l’injustice au lieu de pré­ci­piter sa disparition.

En 1988, le Conseil National Pales­tinien (CNP), le par­lement de l’OLP, a approuvé la solution à deux états, acceptant la création d’un état pales­tinien sur à peine 22% du ter­ri­toire his­to­rique de la Palestine (la Cis­jor­danie et la Bande de Gaza). Israël ayant tou­jours rejeté cette offre de paix aux impli­ca­tions impor­tantes, le CNP peut main­tenant la retirer. Mais pour être en mesure de le faire, la plus impor­tante ins­ti­tution du peuple pales­tinien doit être refondée. L’OLP n’est main­tenant plus qu’une coquille vide, et ne peut pas pré­tendre repré­senter fidè­lement les Pales­ti­niens. Il pourrait y avoir de nou­velles élec­tions pour les 700 sièges ou presque du CNP et un nouvel exé­cutif de l’OLP pourrait être formé.

Plu­sieurs réseaux évoquent main­tenant la solution consistant à refonder le CNP. Plus d’un millier de Pales­ti­niens vivant en exil ont lancé un appel pour la réno­vation du CNP dans un com­mu­niqué adressé à Abbas et publié par le quo­tidien jor­danien al-​​Dustour en juillet dernier. Le com­mu­niqué demandait à Abbas de mettre en œuvre « les accords du Caire de 2005 qui pré­voyaient la tenue d’une réunion du comité pré­pa­ra­toire à l’élection d’un nouveau CNP ». Les accords du Caire pour la réforme et la démo­cra­ti­sation de l’OLP ont été signés par le Fatah de Abbas, la faction domi­nante, et par d’autres fac­tions pales­ti­niennes dont le Hamas, qui ne fait pas partie de l’OLP. Jusqu’à présent, rien n’a été entrepris pour faire avancer le pro­cessus. Les signa­taires ont mis en garde contre « ceux qui igno­re­raient les demandes du peuple pales­tinien de désigner le nouveau CNP par un pro­cessus élec­toral » et ont sou­ligné « que ceux qui ne cherchent pas à défendre la par­faite repré­sen­ta­tivité de l’OLP s’isoleront du peuple pales­tinien et seront tenus pour res­pon­sables de la division de l’unité de son peuple et de sa lutte, construite dans le sang et la sueur, et grâce à un effort col­lectif de tout le peuple palestinien ».

Des repor­tages récents ont fait état que le chef du bureau poli­tique du Hamas, Khalid Meshal, exilé à Damas, envi­sa­geait de rénover l’OLP avec Bassam Abu Sharif, membre du CNP et cacique du canal his­to­rique de l’OLP. La réforme de l’OLP est un sujet majeur des négo­cia­tions entre fac­tions pales­ti­niennes qui doivent reprendre ce mois-​​ci au Caire et qui visent à res­taurer « un gou­ver­nement d’unité nationale » en Cis­jor­danie et dans la Bande de Gaza.

Dès que tout le monde se sera accordé sur la tenue d’élections pour renou­veler le CNP, le Comité Central Elec­toral Pales­tinien doit enclencher le pro­cessus et pourrait demander à l’Organisation Inter­na­tionale des Migra­tions (OIM) de mettre sur pied un pro­cessus élec­toral « déter­ri­to­rialisé ». L’OIM a beaucoup d’expérience en ce domaine et a mené de telles élec­tions en Bosnie Her­zé­govine, au Kosovo, au Timor oriental et en 2004 a organisé les deux plus impor­tantes consul­ta­tions « déter­ri­to­ria­lisées » - avec ins­cription et vote des réfugiés de l’étranger, ce qui a donné l’opportunité aux Afghans et aux Ira­kiens de l’étranger, dont les réfugiés, de par­ti­ciper à des élec­tions dans leur pays res­pectif. Aucune raison tech­nique ou logis­tique n’empêche la tenue d’élections simi­laires pour les Palestiniens.

Non seulement les Pales­ti­niens doivent reprendre l’initiative, mais ils doivent la conserver. Les diri­geants pales­ti­niens ont besoin de légi­timité, et les Pales­ti­niens de tous horizons, où qu’ils vivent, doivent pouvoir faire rendre des comptes à ces diri­geants. Une vraie consul­tation ne devrait pas seulement impliquer des groupes ad-​​hoc mais tous les Pales­ti­niens. Pla­nifier des élec­tions pour le CNP en est le moyen. Les Pales­ti­niens ne devraient pas se bercer d’illusions à propos du « gou­ver­nement » pro-​​américain de Ramallah. D’un autre côté, le Hamas ne repré­sente pas tous les Pales­ti­niens. En fait, la majorité des Pales­ti­niens ne vivent ni en Cis­jor­danie ni dans la Bande de Gaza et n’ont jamais eu leur mot à dire quant au choix de leurs diri­geants. Ce dont les Pales­ti­niens ont besoin, c’est d’un pro­cessus global, avec des moyens de rendre des comptes. Le plus grand atout des Pales­ti­niens, c’est eux-​​mêmes – le peuple, mais à moins qu’on per­mette au peuple d’être impliqué, sa capacité à œuvrer pour sa libé­ration est gâchée.