Le plan français pour la paix au Proche-​​Orient

Georges Malbrunot, vendredi 19 décembre 2008

Paris propose la création d’une agence inter­na­tionale pour dédom­mager les réfugiés, ainsi qu’une police tou­ris­tique inter­na­tionale pour garantir l’accès aux lieux saints de Jérusalem.

Le 2 décembre, la France a pré­senté à ses par­te­naires euro­péens ses « idées créa­tives » pour accom­pagner un traité de paix israélo-​​palestinien. Les 27 ministres des Affaires étran­gères de l’Union euro­péenne ont discuté du plan français, sans l’endosser, en raison, notamment, de réserves alle­mandes. Paris compte remettre cette feuille de route aux Tchèques, qui vont lui suc­céder à la tête de l’UE. « Obama ne sera pas seul, si les Amé­ri­cains décident de se réen­gager », affirme une source diplo­ma­tique à Bruxelles, qui a révélé au Figaro la teneur de ce plan. Paris a volon­tai­rement laissé Israé­liens et Pales­ti­niens négocier la déli­mi­tation du futur État pales­tinien, pré­férant concentrer ses efforts sur les autres litiges de leur vieux contentieux.

Le statut de Jéru­salem.  La France garantit l’accès aux lieux saints, grâce au déploiement d’une police tou­ris­tique inter­na­tionale, dans la vieille ville, siège de la mos­quée al-​​Aqsa (musulmans), du Saint Sépulcre (chré­tiens), et du mur des Lamen­ta­tions (juifs). Pour que Jéru­salem devienne « la capitale de deux États », comme l’a réclamé Nicolas Sarkozy en juin devant la Knesset, Paris avait le choix entre deux concep­tions : « une capitale coupée en deux » (comme c’était le cas avant la guerre des Six Jours en 1967) ; mais la construction de mul­tiples colonies israé­liennes autour de sa partie orientale pales­ti­nienne rendait cette option impra­ti­cable. D’où cette seconde idée consistant à faire de Jéru­salem « une capitale ouverte », avec deux pou­voirs sou­ve­rains et deux admi­nis­tra­tions muni­ci­pales. Mais « si on laisse Israé­liens et Pales­ti­niens en face à face à Jéru­salem, cela ne mar­chera pas », reconnaît le diplomate européen. Pour con­tourner l’obstacle, Paris propose la création d’un comité de liaison inter­na­tional, pour traiter des ques­tions d’infrastructures (élec­tricité, eau, télé­phone) dans les sec­teurs pales­ti­niens de Jérusalem-​​Est, qui res­teront enclavés, après la signature d’un accord de paix. L’Autorité pales­ti­nienne est, pour l’instant, opposée à une telle assis­tance muni­cipale, qui la dépos­sé­derait d’une partie de sa sou­ve­raineté sur Jérusalem-​​Est. Paris veut également ren­forcer la pré­sence pales­ti­nienne à Jérusalem-​​Est, en rou­vrant la Maison de l’Orient, le siège offi­cieux de l’OLP, fermé par Israël en 2001, au début de la seconde intifada.

Les réfugiés.  Paris propose la création d’une agence inter­na­tionale, chargée d’indemniser les Pales­ti­niens de la Dia­spora, qui ne ren­tre­raient, ni en Israël ni dans la future Palestine. Ils consti­tuent la majorité des 4 mil­lions de réfugiés (ou de leurs des­cen­dants), qui ont quitté la Palestine his­to­rique en 1948, à la création d’Israël. Le coût d’une telle mesure est énorme : entre 80 et 200 mil­liards de dollars, selon les pre­mières évalua­tions. Qui paierait ? Les pays du Golfe, mais aussi l’UE, qui a donné son accord à ce « méca­nisme », y compris dans ses « dimen­sions logis­tiques et finan­cières ». Sur cette question sen­sible, Paris estime que « tout accord de paix se fera avec un retour minimal de réfugiés en Israël ». Olmert était prêt à en accepter 5 000 environ, mais ses suc­ces­seurs poten­tiels, Tzipi Livni ou Benyamin Néta­nyaou, n’en veulent aucun. Petite astuce, des réfugiés pour­raient être relogés dans les ter­ri­toires qu’Israël est prêt à échanger avec les Pales­ti­niens, dans le Néguev ou au nord près de Bet­shean. Un retour déguisé en Palestine.

Une force inter­na­tionale.  L’Autorité pales­ti­nienne n’étant pas encore en mesure d’assurer la sécurité à la fron­tière d’Israël, cette tâche incombera à la com­mu­nauté inter­na­tionale, sin­gu­liè­rement à l’UE, sous la forme d’un déploiement de quelques mil­liers de soldats ou de gen­darmes. « Contrai­rement au Liban-​​Sud en 2000, un retrait israélien de Cis­jor­danie ne va pas se faire en une journée », dit-​​on à Bruxelles. Cette force serait d’abord déployée dans les sec­teurs évacués par Tsahal. Les Vingt-​​Sept ont signalé leur dis­po­ni­bilité. Mais les Alle­mands ne veulent pas envoyer de troupes, qui pour­raient se retrouver face à des soldats israé­liens. L’Autorité pales­ti­nienne, elle, n’est pas contre. Ehoud Barak, le ministre israélien de la Défense, montre de « l’intérêt », Livni, aussi. Tout comme, pour la pre­mière fois, cer­tains Amé­ri­cains, en par­ti­culier, le nouveau patron du Conseil national de sécurité, le général James Jones. L’ex-coordinateur, chargé de la sécurité au Proche-​​Orient, a conseillé aux Israé­liens d’accepter un tel déploiement de forces étran­gères en Cisjordanie.