Le parti centriste israélien Kadima se cherche un avenir

Michel Bôle Richard, mardi 16 septembre 2008

La partie est ter­minée pour le premier ministre israélien Ehoud Olmert. La semaine der­nière, il a annoncé qu’il démis­sionnera de ses fonc­tions jeudi 18 sep­tembre, au len­demain des pri­maires du parti Kadima (En avant) qu’il dirige depuis l’accident cérébral qui avait frappé Ariel Sharon en janvier 2006.

Ehoud Olmert ne se pré­sente pas à ce scrutin interne qui dési­gnera son suc­cesseur et il a promis qu’il faci­litera la tran­sition avec le vain­queur de cette consul­tation. Reste à savoir si le nouveau patron de Kadima pourra constituer une coa­lition solide ou si la chute de M. Olmert va conduire, dans un avenir proche, à des élec­tions anti­cipées. Déjà, le parti reli­gieux Shass a menacé de ne plus par­ti­ciper à l’exécutif si la question du statut de Jéru­salem figure à l’agenda des négo­cia­tions avec les Pales­ti­niens. Ce qui est sûr, en revanche, est que le vain­queur des pri­maires va tenter de retarder au maximum l’échéance afin de faire ses preuves et de conforter son pouvoir.

Quatre can­didats sont en lice pour suc­céder à Ehoud Olmert : Tzipi Livni, ministre des affaires étran­gères, Shaul Mofaz, ministre des trans­ports, Avi Dichter, ministre de la sécurité inté­rieure, et Meir Sheetrit, ministre de l’intérieur. Selon les son­dages, seuls les deux pre­miers ont véri­ta­blement des chances et Tzipi Livni est consi­dérée comme la favorite. Elle est beaucoup mieux placée que son adver­saire direct, Shaul Mofaz, ancien chef d’état-major de l’armée, en cas de scrutin anticipé pour battre le leader du Likoud, Benyamin Néta­nyahou, tou­jours considéré par les enquêtes d’opinion comme un vain­queur potentiel [1].

Pour l’emporter au premier tour le 17 sep­tembre, le can­didat le mieux placé devra franchir la barre des 40 %. Sinon, un deuxième tour aura lieu le 24 sep­tembre entre les deux pre­miers pré­ten­dants. En cas de deuxième tour, la lutte peut s’annoncer très serrée, car Shaul Mofaz a, depuis plu­sieurs mois, fait une cam­pagne incisive sur le terrain et a mani­fes­tement refait une grande partie de son retard sur son adver­saire direct qu’il accuse de "manquer de courage et de lea­dership, ce qui l’empêche de cla­rifier ses posi­tions face au public". Tzipi Livni a choisi de ne pas répondre aux attaques per­son­nelles et de se concentrer sur le message selon lequel elle est, à la dif­fé­rence d’Ehoud Olmert, une can­didate "propre" et qu’elle pour­suivra la poli­tique de Kadima, notamment les négo­cia­tions avec les Pales­ti­niens dont elle est en charge dans le gou­ver­nement Olmert [2].

Environ 70 000 adhé­rents de Kadima devront donc choisir entre la conti­nuité et un retour vers les thèses du Likoud puisque Shaul Mofaz risque de trans­former Kadima en une réplique du parti natio­na­liste. En effet, lors de la création de cette for­mation cen­triste par Ariel Sharon en novembre 2005, après les tur­bu­lences pro­vo­quées par le retrait israélien de la bande de Gaza, Shaul Mofaz avait espéré prendre le contrôle du Likoud mais, constatant que ses chances étaient faibles, il avait fina­lement rejoint Kadima tout en gardant des posi­tions souvent proches de celle de Benyamin Néta­nyahou. Le choix est donc assez clair pour les membres de Kadima.

Les ana­lystes poli­tiques estiment que le coeur idéo­lo­gique de Kadima est constitué de 20 000 per­sonnes, que 40 000 autres ont adhéré par le biais d’un lob­bying muni­cipal ou syn­dical et que le reste consiste en de nou­veaux ins­crits dont les convic­tions ne sont pas tou­jours bien affirmées. Il y a seulement quelques mois, Kadima ne comptait que 30 000 adhé­rents. Ces der­niers jours, il a fallu pro­céder à un net­toyage des listes : cer­tains nou­veaux venus étaient déjà ins­crits au Likoud et d’autres adhé­sions étaient tota­lement fic­tives. C’est pourquoi l’issue du scrutin peut réserver des surprises.

Ce qui est sûr, en revanche, est que la légi­timité du vain­queur ne man­quera pas d’être contestée au motif que ce ne sont que quelques dizaines de mil­liers d’Israéliens qui auront désigné le futur premier ministre et que donc une consul­tation générale est néces­saire. Elle est réclamée avec insis­tance par le Likoud. La période de tran­sition qui s’ouvre risque donc d’être mouvementée.

[1] Quatre can­didats :

Selon l’enquête de l’institut Dahaf publié le 12 sep­tembre par Yediot Aha­ronot, Tzipi Livni obtien­drait : 47 % ; Shaul Mofaz : 32 % ; Meir Shetrit : 8 % ; Avi Dichter : 6 %.

Tzipi Livni : née en 1958 en Israël, membre du Mossad pendant quatre ans, ministre des affaires étrangères.

Shaul Mofaz : né en 1948 en Iran, ancien chef d’état-major (19982002), ministre des transports.

Meir Shetrit : né en 1948 au Maroc, ministre de l’intérieur.

Avi Dichter : né en 1952 en Israël, ancien res­pon­sable du Shin Beth (sécurité inté­rieure israé­lienne, 2000-​​2005), ministre de la sécurité publique.

[2] voir l’article de Benjamin Barthe :

Tzipi Livni en campagne, la détermination sans l’émotion

Regard bleu laser, lèvres serrées et tailleur noir sur che­misier blanc : le por­trait officiel de la cam­pagne de Tzipi Livni est à l’image du per­sonnage : chic et sévère. Dimanche 14 sep­tembre, pour son ultime meeting avant les pri­maires de Kadima, prévues ce mer­credi, la ministre des affaires étran­gères d’Israël a conforté cette répu­tation par un dis­cours dépourvu de fio­ri­tures et d’émotion.

Face à cinq cents de ses par­tisans réunis dans une salle du parc des expo­si­tions de Tel-​​​​Aviv, la favorite des son­dages a pris soin d’ignorer les pro­vo­ca­tions de ses adver­saires et s’est gardée de toute envolée pour mieux pro­mouvoir sa "vision" et son "sens des res­pon­sa­bi­lités". A deux jours d’un scrutin sus­cep­tible de la pro­pulser dans le fau­teuil de premier ministre, elle a réca­pitulé les grandes lignes de son pro­gramme, axé sur un balan­cement par­fai­tement cen­triste entre "sécurité" et "conces­sions". "Il n’y a plus de droite et de gauche, il n’y a plus de camp de la terre d’Israël et de camp de la paix, a déclaré Tzipi Livni à la tribune. Pour conserver un Etat juif et démo­cra­tique, il nous faudra créer un Etat pales­tinien. Nous ren­for­cerons la sécurité tout en avançant vers la paix".

La nou­veauté dans le dis­cours est venue de l’appel insistant à la mobi­li­sation des élec­teurs. Bien que les enquêtes d’opinion lui accordent une dizaine de points d’avance sur son prin­cipal concurrent, le ministre des trans­ports Shaul Mofaz, Tzipi Livni a sommé ses par­tisans d’aller voter en masse. "N’écoutez pas les son­dages qui vous disent que je vais gagner. Mer­credi, nous aurons besoin de chaque vote. Il faut que vous tra­vailliez comme si tout dépendait de vous." Der­rière cette injonction, flotte l’impression, dépeinte dans plu­sieurs articles de presse, que M. Mofaz dispose d’une orga­ni­sation de terrain plus per­for­mante que celle de Livni. Un avantage qui pourrait lui per­mettre, le jour du scrutin, de com­penser son déficit de popu­larité par une par­ti­ci­pation accrue de ses sympathisants.

Les com­men­ta­teurs israé­liens n’ont pas oublié la décon­venue de Shimon Pérès, l’actuel chef de l’Etat, lors des pri­maires du Parti tra­vailliste en novembre 2005. Donné gagnant par les son­dages, le vétéran s’était fait battre sur le fil par l’ancien leader syn­dical Amir Péretz, dont l’équipe de cam­pagne avait su conduire aux urnes un nombre supé­rieur de votants. Autre motif d’inquiétude pour Tzipi Livni, le risque d’une désaf­fection de l’électorat de Kadima du fait de l’avalanche de scan­dales impli­quant le premier ministre Ehoud Olmert. "Je prou­verai à ceux qui le veulent que l’on peut se conduire autrement", a assuré la candidate.

Le public, composé des cadres de terrain du parti, a accueilli ces décla­ra­tions par des applau­dis­se­ments mesurés. Les slogans mar­telés par une poignée de jeunes mili­tants dressés sur leurs chaises au fond de la salle n’ont pas fait boule de neige. Les dis­cours une fois ter­minés, Tzipi Livni et ses lieu­te­nants ont écouté l’hymne national israélien, la Hatikva, au garde-​​​​à-​​​​vous. Puis la ministre a serré quelques poi­gnées de mains, avant d’être promp­tement évacuée vers sa voiture par ses gardes du corps.

"Elle a parlé avec tout son coeur, assure Eli Aflalo, un colosse mous­tachu, ministre de l’absorption des immi­grants. Pas de doute, le pro­chain chef du gou­ver­nement, c’est elle." Mer­credi, néan­moins, il sillonnera sa cir­cons­cription, à Afula, dans le nord du pays. Il promet de "mettre de l’adrénaline dans tous les coins". Pour parer toute mau­vaise surprise. http://​www​.lemonde​.fr/​p​r​o​c​h​e​-​o​r​i​e​n​t​/​a​r​t​i​c​l​e​/​2008​/​​09​/​​15​/​​t​z​i​p​i​-​​​l​i​v​n​i​-​​​e​n​-​​​c​a​m​p​a​g​n​e-​​la-​​ determination-​​sans-​​l-​​emotion_​1095285_​3218.html#ens_id=1092502