Le mur égyptien et israélien

Abdallah Al-​​Achaal, vendredi 15 janvier 2010

Les Amé­ri­cains et les Israé­liens au moins ont affirmé que l’Egypte, avec l’assistance de la partie amé­ri­caine, érige une bar­rière sou­ter­raine le long de la fron­tière avec Gaza, s’étendant sur plu­sieurs kilo­mètres et de 18 mètres de profondeur.

Les spé­cia­listes en droit inter­na­tional seront certes épris par la com­pa­raison intel­li­gente qu’ils effec­tueront entre la bar­rière que l’Egypte est en train d’ériger à la fron­tière avec Gaza et le mur d’Israël. Si le mur d’Israël était construit pour son propre profit, la bar­rière de l’Egypte est censée également être des­tinée à servir ses intérêts. Si celui d’Israël était condamné par la Cour de justice inter­na­tionale parce qu’il repré­sente une vio­lation aux enga­ge­ments pris par le pays colo­ni­sateur sur les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés, celui de l’Egypte l’incrimine lui aussi juri­di­quement et c’est ce que nous débat­trons dans cet article.

Les Amé­ri­cains et les Israé­liens au moins ont affirmé que l’Egypte, avec l’assistance de la partie amé­ri­caine, érige une bar­rière sou­ter­raine le long de la fron­tière avec Gaza, s’étendant sur plu­sieurs kilo­mètres et de 18 mètres de profondeur.

Les causes de l’édification d’une telle bar­rière, telles qu’évoquées par les Egyp­tiens, étaient de stopper la contre­bande à travers les tunnels creusés entre l’Egypte et Gaza. Quant au droit de l’Egypte d’ériger une telle bar­rière à l’intérieur de ses ter­ri­toires relève d’une décision sou­ve­raine relative à la sécurité nationale, comme l’a signalé le ministre des Affaires étrangères.

Chaque pays détient le droit d’agir comme il veut à l’intérieur de ses fron­tières pour plus de sécurité avec ses voisins. Mais la base affirmée en droit inter­na­tional dit que le droit du pays en question doit tenir compte de ne pas porter pré­judice au pays ou à la région voisine. Dans cette analyse, je mettrai de côté tous les propos qui sont adressés à l’Egypte sur la soli­darité arabe. Je ne dirai pas non plus que la Palestine est une partie inhé­rente de l’Egypte ou bien que les Pales­ti­niens sont des musulmans qu’il faut sauver. Car tous ces propos n’ont plus de sens aujourd’hui et sont loin de la réalité, voire ils pro­voquent le lecteur. Ceci afin de foca­liser sur le droit de l’Egypte qu’elle a affirmé dans son dis­cours à propos de la barrière.

Lorsque la question se rap­porte à Gaza, qui est entourée au nord par la Médi­ter­ranée et Israël qui longe ses fron­tières à l’est et au sud et qui véhicule un projet sio­niste ayant pour objectif l’extermination du peuple pales­tinien et guettant en per­ma­nence Gaza qu’il pro­clame comme un ennemi sur lequel doit s’appliquer tout ce qui a été interdit par le droit inter­na­tional, le côté ouest de Gaza, qui est l’Egypte, est l’unique lueur d’espoir psy­cho­lo­gi­quement parlant. Non seulement pour sauver Gaza du monstre sio­niste, mais également pour lui pro­curer toutes les néces­sités de survie. Dans des condi­tions nor­males, il s’agit d’une question d’ordre purement écono­mique si les inten­tions sont bonnes et un moyen de gain pour la partie égyptienne.

Mais pour maintes raisons, qu’il n’est pas néces­saire d’évoquer dans ce contexte, l’Egypte a estimé que la construction d’une bar­rière entre elle et ces « ennemis » qui l’embarrassent avec Israël est indis­pen­sable. L’Egypte, quant à elle, estime que le sen­timent égyptien uni­quement sans aucune autre influence est à l’origine de cette décision.

Mais d’un autre côté, le droit inter­na­tional considère Gaza comme une terre occupée et son blocus un crime contre l’humanité et une exter­mi­nation contre ses habi­tants, outre le fait que le cas Gaza est classé crime de guerre en vertu de la 4e convention de Genève. Partant, le droit inter­na­tional oblige les pays qui sont des parties dans les accords et qui incri­minent cet acte œuvrent à casser le blocus, à sauver le peuple et à garantir les moindres néces­sités humaines de survie. Pour ce qui est de l’Egypte en sa qualité d’unique accès de l’autre côté de Gaza, le droit inter­na­tional lui dicte des enga­ge­ments plus intran­si­geants, comme l’ouverture du point de passage de Rafah et les autres points de passage afin de la sauver des plans d’extermination israé­liens. Pour ce qui est du res­ser­rement de l’étau, à travers la fer­meture des points de passage et le refus de faire passer les muni­tions néces­saires, il a été indis­pen­sable de percer des tunnels qui s’avèrent être une bouée de sau­vetage de ce plan. Et donc, il serait question de boucher ces cou­loirs afin d’empêcher l’air d’arriver à Gaza à travers l’édification d’une bar­rière en acier dans laquelle ont excellé Israël et les Etats-​​Unis afin de trans­férer les fron­tières d’Israël avec celles de Gaza à l’est pour être rem­placées par les fron­tières de l’Egypte avec Gaza à l’ouest, par des mains égyp­tiennes et une sécurité égyptienne.

Cet acte, loin des qua­li­fi­catifs qu’on donne à l’Egypte offi­cielle et qui n’ont plus aucun sens à ce stade dan­gereux, fait que la construction d’une telle bar­rière est un crime odieux. L’objectif déclaré est d’étouffer les Gazaouis en les incri­minant pour un crime qu’il n’ont pas commis, tout en les ter­ro­risant jusqu’à la mort, pour leur atta­chement à un régime qu’ils ont aimé ou haï, choisi ou bien qui s’est imposé à eux. Mais en dépit et contre tout, per­sonne n’est en droit d’interférer dans leur choix poli­ti­quement parlant. Dans un tel contexte, l’objectif poli­tique est sans valeur, parce que le droit incrimine l’intention cri­mi­nelle qui est l’extermination des habi­tants quels qu’en soient les motifs.

La bar­rière, en tant que telle, signifie que l’Egypte a renoncé à ses enga­ge­ments juri­diques inter­na­tionaux au profit des habi­tants de Gaza qui vivent sous le blocus et a coopéré avec Israël pour faire aboutir le crime. D’ailleurs, Richard Falk, coor­di­nateur de l’Onu pour les droits de l’homme dans les Ter­ri­toires occupés, a signalé dans son rapport que l’holocauste de Gaza est un crime privant ses habi­tants du droit de fuir l’enfer, à un moment où nous, leurs voisins, agissons pour que cet enfer soit inévitable.

Voilà une vision purement juri­dique où n’interfèrent pas les aspects humains, nationaux, reli­gieux ou ceux relatifs à la sécurité nationale cor­recte. Il suffit de dire qu’un service est rendu au projet sio­niste et que le prix sera payé par les géné­ra­tions futures égyp­tiennes l