Le jeu du dialogue interpalestinien

Salama A. Salama, mercredi 18 juin 2008

On craint que le soi-​​disant dia­logue qui sera cer­tai­nement court-​​circuité par Rice ne se trans­forme en une simple manœuvre.

Les peuples arabes attendent impa­tiemment la fin du mandat Bush et de son Admi­nis­tration. Il ne s’agit pas for­cément de l’espoir de voir appa­raître quelqu’un de mieux, mais de voir la fin d’une série de bêtises, d’échecs et de catas­trophes que la région et le monde entier ont connus à cause de lui.

Partant, on ne s’attend pas à ce que la visite de Condo­leezza Rice dans la région pour assister à la réunion tri­partite avec Olmert et Abbass apporte une quel­conque avancée sur la voie des négo­cia­tions palestino-​​israéliennes. Surtout qu’Israël insiste à garder les deux dos­siers des implan­ta­tions et de Jéru­salem en dehors des négo­cia­tions. L’unique objectif de la visite de Rice est d’entraver l’initiative de Mahmoud Abbass pour un dia­logue et une récon­ci­liation avec Hamas. Rice n’a pas caché son mécon­ten­tement de la pro­ba­bilité d’un rap­pro­chement entre le Fatah et le Hamas, malgré la fai­blesse de cette éven­tualité jusqu’à présent.

Cependant, un dis­cours sur le dia­logue inter­pa­les­tinien s’est renouvelé malgré les menaces israé­liennes de dévaster le secteur de Gaza. Or, les efforts d’accalmie déployés par l’Egypte ont permis de contrer les manœuvres israé­liennes. Ces deux ques­tions ont engendré un satis­fecit dans la rue arabe et auprès des gou­ver­ne­ments arabes. En effet, les posi­tions de ces gou­ver­ne­ments étaient confuses à cause des divi­sions aiguës qui n’en finissent pas entre les deux parties en conflit.

Ce n’est pas la pre­mière fois que Abbass se rend en Arabie saoudite et en Egypte à la recherche d’un soutien arabe pour le dia­logue avec le Hamas. Si ce soutien est pris au sérieux et s’il n’est pas biaisé par les adver­saires comme ceci s’est répété à maintes reprises, l’Egypte peut avancer une nou­velle fois la décla­ration du Caire. Celle-​​ci avait déjà été convenue en mars 2005 pour engager un dia­logue global entre les fac­tions consolidé par un accord d’accalmie avec Israël.

Cependant, de nom­breux doutes entourent ce dia­logue. En effet, au moment où Abbass a annoncé sa pro­po­sition d’engager un dia­logue inter­pa­les­tinien et au moment où il a demandé à l’Egypte de l’accueillir et de le par­rainer, des décla­ra­tions opposées ont fusé du clan même de Abbass. Ces décla­ra­tions ont adopté le même langage qui avait mené à l’échec des pré­cé­dentes ten­ta­tives, à savoir le retour à la situation pré­cédent ce qu’on appelle le ren­ver­sement de Hamas. Par ailleurs, le Hamas a réclamé que le dia­logue soit incon­di­tionné sans perdant ni gagnant.

Par consé­quent, on craint que le soi-​​disant dia­logue qui sera cer­tai­nement court-​​circuité par Rice ne se trans­forme en une simple manœuvre. Une manœuvre avec laquelle pour­raient jouer les deux parties pour que leurs direc­tions restent à l’aise dans leurs sièges, abs­traction faite des souf­frances du peuple palestinien.

Si ce dia­logue se trans­forme en un simple dia­logue de sourds, l’Egypte se retrouvera dans une situation déplo­rable après les efforts acharnés qu’elle a déployés.