Le har­cè­lement des colons israé­liens plonge les Pales­ti­niens du centre d’Hébron dans la pauvreté

Michel Bôle-​​Richard, mercredi 22 octobre 2008

Le res­pon­sable du CICR dans les ter­ri­toires occupés, est inquiet. "Il y a un lien direct entre le blocus de H2 et le sévère niveau de pauvreté."

Assad Nour Munshar se fait un point d’honneur de venir tous les jours dans sa bou­tique de la vieille rue Sha­laleh. Il y a bien long­temps qu’il ne vend pra­ti­quement plus rien. Sa quin­caillerie est tota­lement dévastée, pous­sié­reuse. Les murs suintent l’humidité et le plafond est pourri. Son vrai travail consiste à sur­veiller les colons israé­liens ins­tallés juste de l’autre côté de ses portes métal­liques afin que son magasin ne soit pas tota­lement ruiné puis occupé par ces voisins, de plus en plus agressifs.

Cet homme de 68 ans a perdu une grande partie de ses pro­duits à la suite d’une inon­dation pro­voquée par les colons. D’autres ont été volés après qu’une porte a été frac­turée. Depuis quelques mois, c’est avec de l’acide que des trous sont pra­tiqués dans les portes métal­liques. La bou­tique empeste l’urine déversée par les colons dont les habi­ta­tions sur­plombent cette rue com­mer­çante, autrefois poumon de la ville d’Hébron. Les grillages métal­liques ins­tallés au-​​dessus de la rue sont remplis de détritus de toute nature que les colons jettent de leurs fenêtres. Des rou­leaux de fil de fer bar­belés séparent les deux mondes. Le secteur est dominé par un mirador.

Portes soudées

Der­rière la bou­tique d’Assad Nour Munshar, la ruelle qui était celle des bijou­tiers est vide. Elle est devenue un dépotoir. Les portes métal­liques des magasins ont été soudées par l’armée. Pas question de céder face à "l’occupant", pro­teste le quin­caillier. "Je préfère être égorgé sur place." Aupa­ravant, il avait six employés et, aujourd’hui, il gagne 100 shekels par mois (20 euros). Il survit grâce à l’aide ali­men­taire que lui donne chaque mois le Comité Inter­na­tional de la Croix-​​Rouge (CICR).

Il fait partie des 8 643 per­sonnes aux­quelles sont dis­tribués des colis de nour­riture dans cette ville qui fut, par le passé, le prin­cipal centre com­mercial du sud de la Palestine. Toutes habitent dans le secteur H2 (31 000 Pales­ti­niens) qui, du fait de la pré­sence de colons, a été placé sous le contrôle de l’armée israé­lienne (alors que la majorité de la ville, H1, est contrôlée par l’Autorité pales­ti­nienne). Les colons sou­haitent faire main basse sur la totalité de cette zone, consi­dérant qu’elle leur revient pour des raisons reli­gieuses et historiques.

Pour le moment, ils ne sont qu’environ six cents mais leur pré­sence rend la vie impos­sible à leurs voisins arabes, en dépit de la pré­sence d’observateurs civils inter­na­tionaux. Depuis le début de la deuxième Intifada en sep­tembre 2000, la situation dans la zone H2 s’est consi­dé­ra­blement dégradée. Couvre-​​feu, res­tric­tions de cir­cu­lation, fer­me­tures des com­merces ont trans­formé le coeur d’Hébron en une ville fantôme, selon le titre d’une étude de l’organisation de défense des droits de l’homme B’Tselem qui, en mai 2007, a établi que 58 % des appar­te­ments sont inha­bités en raison des dif­fi­cultés à vivre dans un état de siège per­manent, et que 77 % des com­merces (1 829 au total) ont été fermés sur ordre de l’armée.

Après huit années pendant les­quelles la situation n’a cessé de se dégrader, le constat est aujourd’hui alarmant pour le CICR. A la suite d’une enquête réa­lisée en juin auprès de 1 038 familles dans la zone H2, soit 6 000 à 7 000 per­sonnes, il ressort que 86,7 % d’entre elles vivent au-​​dessous du seuil de pau­vreté (388 shekels, soit près de 78 euros par mois par per­sonne, selon les cri­tères de la Banque mon­diale), et 71,1 % sous le seuil d’extrême pau­vreté (60 euros par mois). Seulement 14 % des per­sonnes inter­rogées ont un travail et 73 % sont employées au jour le jour. 23 % des hommes n’avaient pas pu tra­vailler au cours des trois der­niers mois.

Christoph Har­nisch, res­pon­sable du CICR dans les ter­ri­toires occupés, est inquiet. "Il y a un lien direct entre le blocus de H2 et le sévère niveau de pau­vreté." Désormais, dans les rues d’Hébron, on peut voir des por­teurs de réci­pients en plas­tique contenant la soupe popu­laire. D’autres orga­ni­sa­tions cari­ta­tives, même si cer­taines liées au Hamas ont été inter­dites, tentent de sub­venir aux besoins élémen­taires de la popu­lation. Le CICR a calculé que sans ses appro­vi­sion­ne­ments en pro­duits de base, le seuil de pau­vreté aug­men­terait de 14 %.