Le déchaî­nement des mafias israé­liennes empoi­sonne les pri­maires du parti Kadima

Serge Dumont, lundi 15 septembre 2008

Les ven­dettas entre clans cra­puleux se sont mul­ti­pliées, relé­guant les négo­cia­tions avec la Palestine à l’arrière dans la cam­pagne pour la suc­cession d’Ehoud Olmert au poste de premier ministre de l’Etat hébreu.

A quelques jours de l’élection du nouveau leader du parti Kadima, et donc du nouveau chef du gou­ver­nement de l’Etat hébreu, les attentats se sont mul­ti­pliés dans les grandes villes israé­liennes. Cette fois, ils ne sont pas le fait de kami­kazes pales­ti­niens mais de ter­ro­ristes juifs. Des tueurs à gages engagés par des clans mafieux qui règlent quasi quo­ti­dien­nement leurs comptes en pleine rue.

Dans la nuit de jeudi à ven­dredi, Yotam Cohen (28 ans) et son bébé âgé de trois mois ont ainsi été mitraillés alors qu’ils cir­cu­laient en voiture à Natanya, une station bal­néaire située au nord de Tel-​​Aviv. Cette opé­ration était semble-​​t-​​il une riposte aux séides qui avaient, trois jours aupa­ravant, tenté d’abattre Charlie Aboutboul - le chef de la « famille » du même nom - blessé alors qu’il était attablé dans un res­taurant. Ce lundi-​​là, deux tueurs cir­culant à moto sont entrés dans l’établissement où Aboutboul se res­taurait. Ils ont ouvert le feu sur tout le monde, y compris sur les ser­veurs. Outre le « parrain », trois pas­sants ont été blessés.

Quelques heures aupa­ravant, c’est devant l’entrée d’un jardin d’enfants que la police a découvert une bombe censée exploser au passage d’un rival d’Aboutboul. Et le mois dernier, à Bat-​​Yam, une émigrante russe qui bronzait sur la plage a été tuée durant une fusillade visant des membres du clan Aberjil, une famille mafieuse dont les chefs sont recherchés par les jus­tices amé­ri­caine et belge pour trafic d’ecstasy.

Peu connues du public, les « familles » israé­liennes figurent pourtant parmi les mieux orga­nisées et les plus vio­lentes au monde. Leurs « soldats » sont souvent issus des unités d’élite de Tsahal, l’armée d’Israël. Ils connaissent donc leurs tech­niques spéciales.

La police israé­lienne soup­çonne les Aboutboul, les Aberjil et les Alperon (un clan sur le déclin dont les diri­geants sont affiliés au Likoud) de contrôler des casinos en Europe de l’Est grâce aux­quels ils recyclent l’argent pro­venant du trafic de stu­pé­fiants. A ces acti­vités s’ajoutent la pros­ti­tution, le recy­clage des déchets, les salles de jeux clan­des­tines, la « pro­tection » des com­merces et les prêts usuraires.

Depuis le milieu des années 80, ces familles se livrent à une guerre sans merci à coups de ten­ta­tives de voi­tures explo­sives et de mitraillages. Leurs ven­dettas ont d’ailleurs pris un caractère plus violent lorsque Zeev Rozen­stein, un ancien videur de dis­co­thèques, s’est imposé comme le « parrain des par­rains » à la fin des années 90. Récemment condamné à 12 ans de prison par la justice amé­ri­caine pour avoir dirigé « le plus grand trafic d’ecstasy de l’histoire des Etats-​​Unis », il purge sa peine en Israël. Dans une cellule de haute sécurité puisqu’il a déjà été la cible de onze ten­ta­tives de « liqui­dation ». L’une d’entre elles a été réa­lisée à l’aide d’un missile sol-​​sol tiré sur sa voiture blindée mais le pro­jectile a raté sa cible.

Inca­pable d’assurer le main­tient de l’ordre, la police déplore un « manque chro­nique d’hommes et de moyens ». Quant au ministre de la Sécurité inté­rieure Avi Dichter, il se dit « déterminé à lutter contre le crime organisé ». Le pro­blème pour le ministre c’est qu’il brigue également la pré­si­dence de « Kadima » et que les évène­ments de ces der­niers jours ont ruiné ses chances de réa­liser un résultat hono­rable à l’occasion des pri­maires de son parti.

Quoi qu’il en soit, cette recru­des­cence de vio­lence israélo-​​israélienne a relégué à l’arrière-plan de l’actualité les négo­cia­tions de paix avec l’Autorité pales­ti­nienne ainsi que les contacts informels entre l’Etat hébreu et la Syrie. Consi­dérés comme les deux can­didats les plus sérieux à la suc­cession d’Olmert, la ministre des Affaires étran­gères Tzipi Livni et le ministre des Trans­ports Shaoul Mofhaz ont d’ailleurs changé de dis­cours. Désormais, leur leit­motiv c’est « le droit de chaque citoyen de se pro­mener en rue sans risquer de prendre une balle perdue ».