Le crime de Gaza et le Tribunal Russell sur la Palestine

Brahim Senouci, vendredi 11 juin 2010

Il est facile de condamner Israël. Incon­tes­ta­blement, c’est lui qui a le doigt à la détente. Mais ceux, Euro­péens, Etat­su­niens, ainsi que leurs valets arabes chargés de les relayer, qui lui assurent l’impunité sont aussi cou­pables que lui.

L’attaque menée par des com­mandos israé­liens contre des huma­ni­taires révulse le monde entier. L’indignation n’a qu’un temps, mal­heu­reu­sement. Le mas­sacre métho­dique mené par l’armée israé­lienne en décembre 2008 et janvier 2009 semble bien loin. Depuis ce mas­sacre, Israël a intégré l’OCDE et mène des négo­cia­tions avec l’Union Euro­péenne pour mettre en œuvre le pro­cessus de rehaus­sement de l’Accord d’Association qui lie déjà les deux parties.

Il faut noter que cet Accord avait fait l’objet d’une réso­lution du Par­lement Européen en avril 2002, réso­lution qui appelait à sa sus­pension pour cause de non respect par la partie israé­lienne de son article 2, relatif au respect des droits de l’homme. Cette réso­lution a été ignorée par le Conseil de l’Union Euro­péenne, ins­tance qui ras­semble les repré­sen­tants des gou­ver­ne­ments nationaux. De la même manière, le Par­lement a voté en octobre 2008, soit avant l’attaque de Gaza, une réso­lution appelant à l’ajournement du rehaus­sement de l’Accord. Cette réso­lution a subi le même sort que celle de 2002. Il aura fallu la tra­gédie du mas­sacre de 1500 per­sonnes, dont des cen­taines d’enfants, pour que les gou­ver­ne­ments de l’Europe consentent à dif­férer la procédure.

La liste des vio­la­tions com­mises par Israël est bien trop longue pour être rap­pelée ici. L’Avis de la Cour Inter­na­tionale de Justice, émis le 9 juillet 2004 après son adoption par 14 des 15 juges qui la com­posent, réca­pitule l’essentiel de ces vio­la­tions et appelle notamment à la des­truction du Mur et au dédom­ma­gement des popu­la­tions qui en ont subi les effets funestes. Le 20 juillet 2004, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la réso­lution ES-​​10/​15, après avoir pris acte de l’avis consul­tatif de la Cour inter­na­tionale de justice. La réso­lution « exige qu’Israël, puis­sance occu­pante, s’acquitte de ses obli­ga­tions juri­diques telles qu’elles sont énoncées dans l’avis consul­tatif ». Il faut noter que la réso­lution a été votée par les pays membres de l’Union Euro­péenne, ce qui leur faisait théo­ri­quement obli­gation d’agir pour faire cesser les violations.

On connait la suite… Plutôt que de sanc­tionner, l’Union Euro­péenne et ses Etats membres n’ont cessé de dis­penser des récom­penses à l’Etat d’Israël.

Que dire de la poli­tique des Etats-​​Unis, de son ali­gnement sur leur allié, de son achar­nement à peser de tout le poids de la puis­sance état­su­nienne sur les Pales­ti­niens pour leur demander des conces­sions, sans cesse ? Ce n’était donc pas suf­fisant d’accepter que leur patrie his­to­rique soit perdue à près de 80 %. Ce n’était donc pas suf­fisant qu’ils acceptent de négocier le sort des mil­lions de réfugiés qui crou­pissent dans les camps. Ils n’auront donc jamais avalé suf­fi­samment de cou­leuvres pour trouver grâce aux yeux de l’Europe et des Etats-​​Unis.

Il est facile de condamner Israël. Incon­tes­ta­blement, c’est lui qui a le doigt à la détente. Mais ceux, Euro­péens, Etat­su­niens, ainsi que leurs valets arabes chargés de les relayer, qui lui assurent l’impunité sont aussi cou­pables que lui. Ils par­ti­cipent de manière égale à la des­truction de la société pales­ti­nienne. Ils en sont comptables.

C’est à ce titre que le Tri­bunal Russell sur la Palestine a choisi de juger les com­plices de la poli­tique israé­lienne. Ses membres consi­dèrent en effet que la culpa­bilité israé­lienne est établie sur la base d’une lit­té­rature abon­dante dont le morceau de choix est l’Avis de la Cour Inter­na­tionale de Justice. Le vrai pro­blème est donc, non pas d’identifier l’auteur des vio­la­tions mais d’examiner les raisons pour les­quelles il n’encourt aucune sanction.

La pre­mière session du Tri­bunal Russell sur la Palestine s’est tenue à Bar­celone. Elle avait pour objet l’examen des res­pon­sa­bi­lités de l’Union Euro­péenne et des Etats membres dans la per­ma­nence de la tra­gédie pales­ti­nienne. Elle s’est ouverte par un rappel des vio­la­tions israé­liennes. Le jury a ensuite écouté des experts et des témoins de haut rang, connus pour leurs com­pé­tences et leur probité. Il a considéré dans ses conclu­sions comme étant établies les res­pon­sa­bi­lités des ins­ti­tu­tions incriminées.

Trois autres ses­sions sont pro­grammées. La pro­chaine aura lieu à Londres en octobre 2010. Elle se pen­chera sur les res­pon­sa­bi­lités des sociétés mul­ti­na­tio­nales. Les sui­vantes se tien­dront aux Etats-​​Unis et en Afrique du Sud dans le courant de l’année 2011.

Nous avons expé­ri­menté très lar­gement durant des décennies l’incurie de la bien mal nommée "com­mu­nauté inter­na­tionale". Elle s’est révélée non seulement inca­pable de contraindre Israël à se plier au droit mais encore elle l’a arrosé de ses bien­faits. Il n’y a donc pas d’issue ins­ti­tu­tion­nelle à la tra­gédie que vivent les Pales­ti­niens. Nous savons tou­tefois que l’opinion inter­na­tionale est en leur faveur, parce que la justice est de leur côté. C’est ce levier qu’il faut actionner et c’est ce que s’efforce de faire le Tri­bunal Russel. Ses conclu­sions seront régu­liè­rement livrées aux peuples afin qu’ils astreignent leurs gou­ver­ne­ments à les entendre et à les mettre en application.

Voilà pourquoi il faut rejoindre le Tri­bunal Russell sur la Palestine et le sou­tenir, mora­lement et financièrement !

comité d’organisation international

comité français de soutien au Tribunal